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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 18:03

Dimanche 31 Mars 2019, La Ferté-Milon a commémoré le sacrifice de quatre Résistants de la région.

A l'initiative du groupe Histoire du "Club Jean Racine" et en particulier de Mme Marie-Christine CLAMOUR et de la municipalité, une matinée a été consacrée à rendre hommage à l'abbé René TOULOUSE, Roger LAURANCE, Gabriel HEBBE et André LANGE, arrêtés le 6 Juin 1944 et déportés à Buchenwald. C'est par une journée ensoleillée quasi estivale que la cérémonie a eu lieu, mobilisant un public nombreux. Celle-ci commença par une messe du souvenir à l'église St Nicolas en présence de l'évêque de Soissons, Mgr Renauld de Dinechin. Puis, le cortège s'est donné rendez-vous au presbytère, situé au 7, rue de la cité, au coeur de la ville. La cour était presque trop étroite pour accueillir tout le monde. C'est là, qu'a été inaugurée la plaque, qui sera par suite apposée sur le mur du presbytère. Religieux, Elus, Anciens Combattants, élèves du Lycée Professionnel Château-Potel et de l'école, milonais ou simples curieux, tous ont assisté à ce moment de recueillement intense sur les lieux mêmes de l'arrestation de l'abbé Toulouse. Les discours prononcés par Madame le Maire Céline Le Frère, puis par Madame Marie-Christine Clamour ont ému l'auditoire tout comme la lecture d'une lettre relatant les derniers instants de l'abbé écrite par un compagnon d'infortune. Moments poignants qui ne doivent pas faire oublier que la bête immonde peut ressurgir du bois et appellent à la vigilance. La cérémonie se termina par le Chant des Partisans et la chanson "Nuit et brouillard" interprêtée par Jean Ferrat, puis une Marseillaise entonnée par les écoliers milonais. Un vin d'honneur offert par le Club Jean Racine a permis d'échanger et de voir l'exposition sur les Résistants également créée par l'association.

L'AEC invitée, a répondu présente et nous remercions Maël d'être venu assister à ce beau moment commémoratif et à cette page d'Histoire.

Un grand bravo à tous les organisateurs de la cérémonie et en particulier à Marie-Christine Clamour dont l'engagement pour la mémoire de celles et ceux qui ont été les acteurs de l'histoire locale est sans faille.

L'Equipe AEC

LA FERTE-MILON REND HOMMAGE A SES RESISTANTS
LA FERTE-MILON REND HOMMAGE A SES RESISTANTS

Commémoration du 31 mars 2019.

Discours écrit et prononcé par Marie-Christine CLAMOUR

 

Ce 6 juin 1944, alors que sur la France soufflait un vent de Liberté,

ici, dans notre région, des hommes furent arrêtés.

 

         Tout commence à la tombée de la nuit. Pierre Bellemère, agriculteur à La Villeneuve-sous-Thury, Raoul Minouflet, boucher-charcutier à Mareuil-sur-Ourcq et Guy Lasnier, son commis, tous membres du réseau Libération-Nord tombent dans les filets de la Gestapo.  Accompagnée de soldats allemands et de dénonciateurs, celle-ci se rend rue de Meaux à La Ferté-Milon, pour arrêter Paul Castié, garagiste mais aussi chef local de ce réseau. Paul Castié et son fils Gérard s’enfuient et trouvent refuge chez des voisins et amis. Ce ne devait, malheureusement pas, être le cas pour ses compagnons de résistance : Gabriel Hebbe, André Lange, Roger Laurance et l’abbé René Toulouse.

 

         Les voitures stationnent devant le domicile de Gabriel Hebbe. La Gestapo ne lui laisse pas le temps de réagir, et l’arrête sans ménagement.

 

         Né en 1896 à Rouvres-en-Multien, Gabriel Hebbe est employé au chemin de fer. Lors de la Première Guerre mondiale, il est incorporé à l’âge de 19 ans dans un régiment d’infanterie. Il reçoit une citation en avril 1917 pour acte de bravoure. Avec son lieutenant et quelques hommes de son bataillon, il s’était emparé d’une tranchée ennemie. Blessé en 1918, il rentre à La Ferté-Milon où il reprend son poste au chemin de fer et occupera, par la suite, les fonctions d’appariteur. C’est à la demande de Paul Castié, qu’il intègre le réseau de  résistance avec un autre Milonais,  André Lange.

 

André Lange est né en 1892 à Saints en Seine-et-Marne. À la mobilisation de la Première guerre, il est incorporé au 60e régiment d’Artillerie. Il est blessé le 15 juillet 1918, à Baconnes dans la Marne. Il sera décoré de la croix de guerre avec cette citation :« Excellent soldat qui a pendant la nuit et la journée du 24 avril, sous un bombardement intense, assuré le service et le renouvellement des munitions ».

 

Dans les années 1930, il s’installe à La Ferté-Milon et devient le gérant du café-hôtel de la gare. Il rejoint ses camarades dans le réseau de résistance Libération-Nord. Lui aussi est arrêté à son domicile dans cette nuit du 6 au 7 juin, devant sa famille terrifiée.

         Puis la terrible rafle continue. Les voitures et leurs occupants s’arrêtent devant le presbytère. Ils viennent arrêter l’abbé René Toulouse.

 

         René Louis Toulouse est né à Saint-Quentin en 1887. Après des études ecclésiastiques, il est ordonné prêtre le 28 mars 1914. Quelques mois plus tard, lors de la mobilisation de la Première Guerre mondiale, il est incorporé dans un régiment d’infanterie. Il reçoit une citation pour son courage et sa dévotion en tant que brancardier. Il était un de ces hommes qui, pour toute arme, n’avaient que leur brassard à croix rouge. Après la guerre, il est nommé professeur à Saint-Joseph de Vervins, puis curé de Chevregny et par la suite curé de Mons-en-Laonnois, avant d’arriver ici, à La Ferté-Milon, en 1942. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, il fait partie du réseau O.C.M. (organisation civile et militaire section Aisne). Il y entraîne  Roger Laurance, arrivé également en 1942 à La Ferté-Milon.

 

         Roger Laurance est né en 1906 à Montreuil. Il fait des études d’ingénieur agronome. Lors de la mobilisation du 2 septembre 1939, il est incorporé  dans un régiment d’artillerie et démobilisé en août 1940. Père de deux jeunes enfants, il décide de venir s’installer à La Ferté-Milon, en 1942, pour raisons familiales. Il est nommé au poste de directeur de la CARN (coopérative agricole). À son tour, il est arrêté sous le regard de sa jeune épouse et de ses jeunes fils effrayés par les cris et les bruits de bottes.

 

         Tous avaient un rôle bien précis dans la résistance. Ils étaient chargés de diffuser des tracts clandestins, de fournir des renseignements sur les mouvements des troupes allemandes, de repérer des terrains pour les parachutages d’armes et des caches pour le stockage de celles-ci et de participer au sauvetage, à l’hébergement et à l'évacuation d'aviateurs alliés. Ici même, où nous nous trouvons réunis, l’abbé Toulouse et Roger Laurance cachèrent, pendant une semaine, trois aviateurs anglais.

 

         C’est au petit matin du 7 juin, que tous ensemble, ils arrivent à la prison de Soissons où ils  restent jusqu’au 16 août, date à laquelle, ils sont dirigés sur le camp de Royallieu à Compiègne. Le lendemain 17 août, mêlés aux 1250 autres résistants détenus, ils sont embarqués dans des wagons à bestiaux en direction de l’Allemagne.

         Ce convoi, dans des conditions horribles et inhumaines, mettra quatre jours et quatre nuits pour atteindre sa destination finale : Buchenwald. Il sera le dernier train à atteindre ce lieu sinistre, le suivant sera stoppé par la résistance et des membres de la Croix-Rouge à Soissons. Voyage au bout de l’enfer, tous ces hommes pensaient l’avoir vécu…, il n’en était rien. Le pire était à venir. Ce qu’ils vont vivre par la suite sera encore plus horrible. Arrivés au camp, ils reçoivent un matricule, un numéro, à coudre sur leur vêtement de détenus, une tenue de bagnard. À partir de ce moment ils ne sont plus des hommes, mais des stücks, comme disent les SS, c’est-à-dire des morceaux, des pièces.

 

         Après un mois à Buchenwald, Roger Laurance, André Lange mais également Raoul Minouflet, Guy Lasnier et Pierre Bellemère sont envoyés dans le kommando de Neu-Stassfurt, situé à 125 km au nord de Buchenwald. Ils effectueront un travail forcé dans les mines de sel durant sept mois. Ce travail consistait à aménager les galeries et les salles des mines afin d’y installer une usine de fabrication d’avions junkers. À 460 mètres sous terre, elle était à l’abri des bombardements alliés. Dans ces kommandos, les conditions de vie pour les détenus se révélèrent extrêmement dures, les gardiens SS, véritables bourreaux  furent sans pitié.

 

         Fin octobre, à son tour, l’Abbé René Toulouse sera envoyé dans les mines de sel de Leau-Plömnitz, au sud de Bernburg, à 19km de Neu-Stassfurt. Il était astreint au même travail, dans des conditions semblables. Exténué par les coups, la malnutrition, le froid extrême et la maladie, il succombe le 23 novembre 1944. Son corps sera jeté dans une fosse commune, sans accompagnement, sans prière … rien !

 

         À Stassfurt, Roger Laurance succombera, lui aussi, suite aux mauvais traitements et au manque de nourriture, le 15 mars 1945, un mois avant la libération du camp par les alliés.

        

         Les troupes américaines et soviétiques étant sur le point de faire leur jonction à proximité de Stassfurt, les bourreaux SS évacuent le camp et poussent les déportés sur les routes sans aucun but précis. C’est ce que l’on a appelé par la suite « les Marches de la Mort ». Tout déporté qui ne pouvait faire un seul pas de plus, était abattu et laissé sur le bord de la route.

         Sur 400 Français au départ de cette marche, seuls 62 atteindront Annaberg où ils furent libérés par l’armée soviétique, le 8 mai 1945. André Lange, Raoul Minouflet, Guy Lasnier et Pierre Bellemère étaient parmi ces 62 survivants. Quel courage, quelle abnégation leur a-t-il fallu pour surmonter cette épreuve surhumaine.

 

         Gabriel Hebbe, resté au camp de Buchenwald, sera libéré à la mi-avril par l’armée américaine, bien secondée et renseignée par la résistance du camp.

 

          André Lange et Gabriel Hebbe rentreront à La Ferté-Milon dans le courant du mois de mai 1945 ... Mais dans un tel état de maigreur que leurs familles, qui les attendent sur le quai de la gare, ne les reconnaîtront pas immédiatement !

 

         La dépouille de Roger Laurance sera restituée à la demande de sa famille et rapatriée en France en juin 1945.

 

Celle de l’abbé Toulouse se trouve toujours en Allemagne, dans un ossuaire à Bernburg.

           

 

         Aujourd’hui, 75 ans après, la ville de La Ferté-Milon rend hommage à ses résistants. Hommage à ces hommes qui ont su dire NON à l’oppression nazie et qui se sont battus pour la grandeur de la France, pour la Liberté et surtout celle des générations futures.

 

« NE LES OUBLIONS JAMAIS. »

 

Je ne voudrais pas terminer, sans avoir une pensée pour la famille WEIL, arrêtée le 4 janvier 1944, à La Ferté-Milon, lors d’une rafle nationale ordonnée par les autorités d’occupation avec la collaboration du régime de Vichy. Ces six membres de cette famille française habitaient au 10 rue de la Cité, juste en face du presbytère. Après avoir été conduits à la prison de Château-Thierry, puis à Drancy, ils partirent, le 20 janvier 1944, par le convoi 66 pour Auschwitz, où ils furent tous exterminés. Leur seule faute…, être de confession juive.

 

Eux aussi, « Ne les oublions pas. »

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux » a écrit Victor Hugo.
« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux » a écrit Victor Hugo.

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux » a écrit Victor Hugo.

Maël "reporter de la mémoire"

Maël "reporter de la mémoire"

LA FERTE-MILON REND HOMMAGE A SES RESISTANTS
Article de l'Union du 5 Avril 2019 consacré à la cérémonie.

Article de l'Union du 5 Avril 2019 consacré à la cérémonie.

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