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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 17:45

Après le témoignage de Maître VERON, nous vous proposons celui de M.André CANTIN demeurant à Crouy S/Ourcq et qui était enfant pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1999, André Cantin a rédigé ses souvenirs de 2 épisodes vécus  Neufchelles. Nous vous proposons le premier avec son aimable autorisation.

                                                        UN DROLE DE TRAIN.

Cette histoire se situe entre le 20 et le 28 Août 1944, avec mes deux camarades Bernard SIRE et Denis GODE , nous regardons passer un convoi de véhicules allemands qui se dirige vers Meaux, via la direction du front de Normandie, il fait très chaud, les camions sont camouflés avec des feuillages, les Allemands regardent le ciel et sont inquiets, ils redoutent une attaque aérienne de la chasse anglaise et américaine. Soudain, nous restons pantois et ébahis du spectacle que nous avons sous les yeux, du jamais vu jusqu’à ce jour. Des voitures munies de câbles tirent des cyclistes, des soldats allemands, environ vingt par voitures, harnachés avec des musettes, sac à dos, bardés de grenades à manche et le fusil en travers de la taille et beaucoup de vocifération des soldats de la Wehrmacht, le défilé se poursuit à vive allure, mais soudain c’est la chute d’un groupe en bas de la côte, une véritable « fricassée de vert de gris », la suite du convoi se trouve arrêtée et paralysée, chacun récupère son matériel et remonte sur sa bicyclette. C’est reparti malgré les blessures de quelques uns, cela va durer encore une demi-heure, le décor va changer maintenant ce sont des autos mitrailleuses et quelques canons tirés par de gros camions, quelques motos ferment la marche de ce convoi, « c’est fini »
La matinée s’avance et il fait très chaud, Bernard, Denis et moi-même, regardons une fumée qui s’élève derrière le rideau de peupliers, vers la voie ferrée et de temps à autre le sifflement d’une locomotive, cela nous intrigue !! Nous nous dirigeons vers le pont du canal, et là nous voyons arriver un groupe de soldats allemands. Nous restons sur le pont, sans bouger et les soldats se dirigent vers le village sans toutefois nous adresser la parole. Ils sont environ une dizaine.
La maison du garde-barrière n’est pas très éloignée, c’est la famille TROLE qui est là depuis plusieurs années, on connaît bien les enfants, Maurice et Raymond, et la rivière de l’Ourcq est à côté.
On entend toujours le bruit de la locomotive, mais que peut-il se passer au passage à niveau de Neufchelles ?
La curiosité l’emporte sur la prudence, on décide d’aller voir ce qui se passe là-bas !!Nous voilà partis en direction de la voie ferrée. Nous croisons encore un autre groupe de soldats, une demi-douzaine, leurs regards ne sont pas très encourageants, plutôt hostiles. A mi-chemin, notre camarade Denis décide de rebrousser chemin. Il n’est pas très rassuré, nous non plus d’ailleurs, mais on continue notre aventure.
Soudain, le mystère est levé, nous voyons un train, très long avec sur les toits des wagons des croix rouges. Des soldats allemands sont sur le côté de la voie, certains sont couverts de pansement. A travers les vitres, on distingue des grands blessés (on l’apprendra plus tard) ; c’est un train-hôpital qui vient du front de Normandie. Les médecins opéraient les blessés (amputations des bras, des jambes pour éviter la gangrène).
Au milieu de ce train ; une plate-forme avec une pièce d’artillerie et ses servants. Bernard et moi, nous ne bougeons plus. Que faire ? Notre embarras ne va pas durer longtemps. L’apparition d’un avion et c’est le branle-bas de combat, les soldats allemands les plus valides se cachent sous le train, tandis que les servants des camions jumelés s’orientent vers l’avion. Il s’agit d’un chasseur bombardier, mais , soulagement pour les Allemands, c’est un des leurs, qui survole le train au complet et qui s’éloigne vers Mareuil-Sur-Ourcq. Après la peur, c’est la colère qui prend le dessus chez les soldats allemands. Bernard et moi sommes paralysés sur place, comme des gosses de dix ans. A l’instant où on allait repartir, un officier allemand, tout vêtu de noir(c’était un officier SS panzer d’une compagnie de chars) nous abordait, nous invitant à déguerpir le plus vite possible, que nous n’avions rien à faire dans  cet endroit, et tout cela dans un français parfait. Nous n’avons pas demandé notre reste (je devais le revoir).Le retour vers le pont du canal s’est effectué plus vite qu’à l’aller !!Nous avons retrouvé notre camarade Denis et son frère Maurice sur le pont et là un autre spectacle s’offrait à nos yeux, les groupes d’Allemands que nous avions croisés, étaient en train de se baigner tout nu dans le canal, à part quelques uns qui avaient des caleçons. En rentrant à la maison, je racontai à mes grands-parents cette histoire du train et les remontrances de l’officier.
Le lendemain matin vers 10H, on frappait à la porte de la maison. Ma grand-mère ouvrait la porte et, stupéfaction, c’était l’officier allemand du train.Il expliqua à ma grand-mère qu’il lui serait très reconnaissant si elle voulait bien lui confectionner un bouquet de fleurs pour deux soldats allemands qui étaient décédés dans la nuit. Durant cette conversation, l’officier me regardait avec beaucoup d’insistance, il m’avait probablement reconnu !! Cela ne faisait aucun doute. Il expliqua qu’il avait vu en passant, que nous avions de très jolies fleurs. Ma grand-mère lui répondit qu’elle allait lui préparer un bouquet. Il semblait très satisfait et lui expliqua qu’il allait repasser dans 20 minutes pour prendre le bouquet, il tourna les talons et partit en direction de Mareuil avec un soldat qui l’attendait dehors (par la suite nous avons appris qu’il avait demandé également à Mme Alice DELAPORTE de lui faire un second bouquet, elle avait toujours de très beaux dahlias, c’était la grand-mère de Marcel DELAPORTE)
Un quart d’heure après ; notre officier revenait chercher son bouquet que ma grand-mère avait eu le temps de faire et demandait combien il devait, elle lui répondit qu’elle ne faisait pas payer de fleurs pour les morts quelle que soit leur nationalité !!  il accusa le coup et sembla reconnaissant de cette répartie.
Il prit la direction de la porte, donna le second bouquet au soldat qui l’accompagnait, puis me tapota amicalement sur la joue, m’expliqua que ce n’était pas un endroit pour les enfants d’aller voir le train et que c’était dangereux (c’était lui le responsable du train, il était chirurgien). Nous l’avons appris par la suite par Mme TROLE.
Dans la  même matinée, vers 11H30  un cortège se rendait vers le cimetière et enterrait les deux militaires allemands qui devaient rester un certain nombre d’années à Neufchelles. Quant au train, après avoir réparé les avaries de la locomotive, il repartait le lendemain dans la matinée.
Pour l’histoire, ce train n’est jamais arrivé en Allemagne et beaucoup de soldats sont morts tout au long du parcours. Les valides ont été faits prisonniers.
A la Libération, quelques jours plus tard, Mme Trole expliqua qu’il avait été contraint de creuser le long du ballast des trous pour ensevelir des membres « jambes, bras, pieds…. » que les médecins étaient dans l’obligation  d’amputer à cause de la gangrène : Il faut ajouter qu’il faisait très chaud !!
De cette aventure du train, mes copains Bernard SIRE et Denis GODE sont décédés depuis. Le 1er en 1976 et le second en 1988 , ils reposent tous les deux au cimetière de Neufchelles. Le frère de Denis, Maurice est également décédé en 1992 et repose au cimetière de Villenoy.
La Libération de NEUFCHELLES par la 1ère armée américaine se produisait le 28 Août 1944 mais cela est une autre histoire.
                                                                        André CANTIN  Crouy Sur Ourcq  Le 13 Novembre 1999
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