Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 17:15

Jeudi après-midi, c'était ciné-débat au collège avec la venue à Betz du réalisateur Olivier FELY-BIOLET pour présenter à l'AEC et au club d'Histoire du collège Guillaume Cale de Nanteuil, son deuxième court-métrage intitulé "Ces Traces qui restent". Un grand moment dans la vie de l'AEC que d'accueillir un professionnel du cinéma qui a bien voulu consacré un peu de son temps à cette projection-rencontre. Il s'agit d'un film documentaire de 52 mn tourné en 2018 et diffusé sur France Télévisions en 2019, présenté dans plusieurs festivals et salles dont voici le synopsis:

" 14 février 1942. Jacques, 15 ans, est arrêté par la Feldgendarmerie à Choisy-au-Bac pour détention d’armes. Il est successivement emprisonné à Compiègne, Amiens et La Santé à Paris. Puis, personne ne sait ce qu’il devient : il disparaît. Jacques ne rentre pas à la Libération. Sa mère, Emilia, recherche sa trace pendant plus de 30 ans, en vain. Elle apprend seulement qu’il a été déporté depuis La Santé vers le camp de concentration d’Hinzert, en Allemagne, le 18 juin 1942. En 2015, Olivier Fély-Biolet s’est plongé dans les archives nationales et internationales, en quête du sort de son cousin. Il découvre son terrible parcours et pourquoi personne ne pouvait savoir ce qu’il était devenu. L’histoire de sa disparition, comme celles de milliers d’opposants au IIIe Reich, révèle un aspect méconnu du régime de terreur mis en place par Hitler, entre 1941 et 1944 : celui des “prisonniers NN". Extrait de la jaquette du DVD

Ce film a une place particulière dans le cœur d'Olivier, puisqu'il raconte l'histoire de Jacques, un membre de sa famille et de son copain Maurice, dans un lieu qu'il connaît bien, à savoir Compiègne et ses environs. Il s'agit donc d'un enquête historique pour retrouver la trace de deux adolescents qui, ayant le statut NN, ne devaient donc pas en laisser. Cette enquête l'a emmené dans de nombreux centres d'archives en France, en Allemagne, en Pologne, à visiter des camps, hôpitaux et maisons d'arrêt et à faire de belles rencontres, à tisser des liens. Un travail admirable qu'Olivier a bien voulu partager avec nos élèves qui ont été séduit par cette histoire d'ado dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale. A l'issue de la projection, Olivier a raconté la génèse du projet, le sens donné à sa démarche à la fois mémorielle, familiale et citoyenne par le biais de cet outil qu'il maîtrise avec brio; le cinéma. Les élèves ont pu lui poser des questions auxquelles il a répondu de bonne grâce. Un moment privilégié d'Histoire et de cinéma et une belle rencontre.

Un grand merci à toi Olivier.

L'Equipe AEC

"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
La traditionnelle photo de groupe avec Olivier, les profs de Nanteuil: M.Tandé, M.Le Masson et Mme la CPE. Photo prise par M.Moreau.

La traditionnelle photo de groupe avec Olivier, les profs de Nanteuil: M.Tandé, M.Le Masson et Mme la CPE. Photo prise par M.Moreau.

Partager cet article
Repost0
1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 16:55
La ligne Chauvineau dans la presse régionale.

La ligne Chauvineau est à l'honneur de la presse régionale! En effet, vient de sortir en ce début d'année 2020 le hors-série du Courrier Picard consacré à l'année 1939 ("Les Picards racontent 1939") dans le cadre du cycle commémoratif sur la Seconde Guerre Mondiale. Ce ne sont pas moins de trois double-pages ( p.14 à 19) qui sont consacrées à la ligne de défense dont une dévolue à l'action de l'AEC dans le secteur de Betz. C'est donc pour nos élèves, qui œuvrent depuis 14 années à la mise en valeur de ce petit patrimoine militaire, une grande fierté. Jamais dans la presse écrite, un tel article y a été consacré. Nous le devons au travail du journaliste Pascal Mureau, venu spécialement enquêter sur le sujet à Betz et en particulier à Macquelines. La zone de diffusion du Courrier Picard étant importante, nul doute que cet article va, nous l'espérons, faire connaître davantage la ligne et l'action des élèves du Collège Marcel Pagnol au-delà des frontières valoisiennes et isariennes.

Le hors-série est vendu dans les lieux habituels que sont les magasins de la presse ou en le commandant sur le site du journal.

L'Equipe AEC

Pour donner aux lecteurs envie de se le procurer.

Pour donner aux lecteurs envie de se le procurer.

Partager cet article
Repost0
18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 17:50

Il y a maintenant plus de 10 ans que l'AEC était allé visiter l'incroyable site du Ravin du loup (W2) avec son célèbre PC d'Hitler à Margival dans l'Aisne. Un site toujours restauré, entretenu et valorisé par l'association locale créée par Didier Ledé et son équipe.

Le travail de restauration de bunker, bien entendu intéresse l'AEC et les activités menées à Margival lui sont toujours une source d'inspiration, bien que la Ligne Chauvineau soit bien plus modeste. Récemment, un 7ème bunker a été restauré, travail relayé par la presse axonaise. Nous vous en livrons l'article, occasion d'encourager l'association W2 dans sa démarche patrimoniale et historique et d'en saluer amicalement tous les membres. Que 2020 soit une année de projets et de réalisations fructueux pour eux.

Et une occasion pour tous les passionnés de la Seconde Guerre Mondiale d'aller visiter ce site ou à défaut de visionner le reportage en lien.

L'Equipe AEC

Article de l'Union Janvier 2020?            Un grand merci à MCC

Article de l'Union Janvier 2020? Un grand merci à MCC

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 21:19

Lundi 12 Janvier, par un temps gris, pluvieux et venteux, l'AEC a repris le chemin des sorties scolaires. Cette année, nous proposons aux élèves la visite du Musée Franco-Américain installé au château de Blérancourt dans l'Aisne. Cette sortie axée sur la Grande Guerre était prévue comme un prolongement de la projection en classe du film "L'autre Chemin des Dames" évoquant l'action des dames américaines du CARD sous l'égide d'Anne Morgan et Anne Murray Dike pour redonner vie aux régions dévastées situées dans le Soissonnais.

A 10h30, après un petit voyage en car qui amena le groupe à traverser la ligne de front dans le secteur de Nampcel, le groupe se rendit au château où il était attendu par l'équipe du musée et en particulier par un jeune guide très sympathique qui communiqua aux élèves sa passion pour l'histoire et l'Art. Durant une heure et demie, le groupe a visité les collections concernant les premiers liens franco-américains du XVIIIè s au temps de La Fayette, B. Franklin et G.Washington, ainsi que quelques documents évoquant les Amérindiens. Puis, au sous-sol du musée, le groupe a pu découvrir les collections d'objets et de documents inhérents à la Grande Guerre, le sujet central de notre visite. Les élèves ont pu voir une authentique ambulance de l'A.F.S., des affiches, mobilier, photos et autres documents relatant l'aide américaine aux populations civiles. La visite se termina par un coup d'oeil furtif aux collections de peintures et sculptures d'artistes américains et par le pavillon d'entrée, aménagé en résidence d'Anne Morgan avec son mobilier.

Après la visite, le pique-nique est consommé sous la halle de la mairie de Blérancourt, dans un relatif confort et un froid assez vif.

Les collections relatives au XVIIIè s.    Photos AEC
Les collections relatives au XVIIIè s.    Photos AEC

Les collections relatives au XVIIIè s. Photos AEC

Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Une ambulance américaine de l'American Field Service
Une ambulance américaine de l'American Field Service

Une ambulance américaine de l'American Field Service

Anne Morgan et Anne Murray-Dike. Billet d'entrée du musée

Anne Morgan et Anne Murray-Dike. Billet d'entrée du musée

Les élèves devant le tableau de John Singer Sergeant:"la vicomtesse de Poilloue de Saint-Périer" 1883
Les élèves devant le tableau de John Singer Sergeant:"la vicomtesse de Poilloue de Saint-Périer" 1883

Les élèves devant le tableau de John Singer Sergeant:"la vicomtesse de Poilloue de Saint-Périer" 1883

Château de Blérancourt. Architecte: Simon de la Brosse. Billet d'entrée

Château de Blérancourt. Architecte: Simon de la Brosse. Billet d'entrée

Parure d'Indien et biscuit de porcelaine représentant "Louis XVI remettant à B.Franklin le traité d'amitié et de commerce
Parure d'Indien et biscuit de porcelaine représentant "Louis XVI remettant à B.Franklin le traité d'amitié et de commerce

Parure d'Indien et biscuit de porcelaine représentant "Louis XVI remettant à B.Franklin le traité d'amitié et de commerce

Après le pique-nique, le groupe se dirigea vers CHIRY-OURSCAMP, commune située entre Noyon et Compiègne c'est à dire sur la route de Paris. Un secteur âprement disputé pendant la Grande Guerre. Là, depuis 2018, à l'initiative du maire de la commune, l'historien Jean-Yves Bonnard, se situe un mémorial unique en France: le MEMORIAL AUX VICTIMES CIVILES DE LA GRANDE GUERRE. Il s'agit d'un mémorial de plein air alliant différents espaces commémoratif, mémoriel, du souvenir rendant hommage aux victimes de la guerre suite à des bombardements, des exécutions sommaires, déportations etc... Une très belle initiative.

Le mur des communes martyres de la Grande Guerre où des victimes civiles ont été recensées.
Le mur des communes martyres de la Grande Guerre où des victimes civiles ont été recensées.

Le mur des communes martyres de la Grande Guerre où des victimes civiles ont été recensées.

Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Sortie de l'AEC à BLERANCOURT

Enfin, pour terminer cette sortie thématique, un détour par la CLAIRIERE DE L'ARMISTICE s'imposait. Un lieu hautement symbolique que la plupart des élèves ne connaissaient pas. Le musée-wagon étant fermé en cette période, le groupe s'est contenté de visiter la clairière avec les emplacements des trains des délégations signataires, la statue du Maréchal Foch, la dalle commémorative, l'anneau de la Paix, le FT 17 et le canon de 75 à l'entrée du musée. Un petit rappel historique de rigueur et la traditionnelle photo de groupe devant le monument commémoratif aux Alsaciens-Lorrains ont clôturé notre sortie.

Une belle sortie pédagogique malgré le temps.

L'Equipe AEC

Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Sortie de l'AEC à BLERANCOURT
Prêts pour une autre sortie....

Prêts pour une autre sortie....

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 18:54

C'est avec une grande tristesse et émotion que nous avons appris le décès de Geneviève Le Berre, survenu le 31 Décembre 2019. Elle avait 98 ans. L'AEC avait eu le privilège de sa visite dans les murs du collège de Betz pour une conférence qui restera dans nos mémoires. C'était le 20 Mars 2015 et ce jour là, une grande leçon d'Histoire et d'humilité a été donnée à nos élèves par cette grande dame qu'aujourd'hui nous saluons et à qui nous rendons hommage. Un grand merci Madame!

L'Equipe AEC

Article de Oise-Hebdo du 8 Janvier 2020

Article de Oise-Hebdo du 8 Janvier 2020

Mme Le Berre au collège le 20 Mars 2015. Souvenirs....

Mme Le Berre au collège le 20 Mars 2015. Souvenirs....

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 12:40
Bienvenue dans les années 20!

Toute l'équipe de l'AEC vous souhaite une bonne et heureuse année 2020!

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 17:06
JOYEUX NOEL 2019

A une semaine des vacances de Noel, les élèves de l'AEC ont pu découvrir un reportage sur l'histoire vraie des fraternisations entre soldats ennemis dans les tranchées lors de Noël 1914. Un sujet qui a inspiré en 2014 le réalisateur Christian Carion pour son célèbre long-métrage: "Joyeux Noël".

Occasion pour toute l'équipe de souhaiter à nos lecteurs de bonnes fêtes de fin d'année et un Joyeux Noël 2019 en leur offrant cette carte centenaire.

L'Equipe AEC

Partager cet article
Repost0
10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 17:05

Dans le cadre de nos recherches sur l'histoire du Valois, nous vous présentons dans la rubrique"Témoignages", l'interview de Mme Lucienne Cousin réalisée en 2019 chez elle au Plessis-Belleville. Aujourd'hui âgée de 90 ans, Mme Cousin (née Léocadie Pacesny) enfant arrivée de Pologne en 1930, a vécu son enfance à la ferme de Nogeon où elle subit la guerre, puis le reste de sa vie au Plessis-Belleville où elle travailla un temps chez la famille Bataille, industriels bien connus et créateurs de l'entreprise Poclain. Une page d'histoire qui couvre près d'un siècle du Valois entre agriculture et industrie, une époque entre guerre et grandes mutations économiques et paysagères de notre région.

A noter que certaines affirmations sont sujettes à caution du fait de la mémoire que le temps déforme, que certains noms de famille d'origine polonaise, recueillis oralement n'ont peut-être pas la bonne orthographe. Nous remercions Mesdames Jocelyne Bellouin et Dominique Gibert pour certaines précisions apportées au récit.

Bonne lecture

L'Equipe AEC

Je m’appelle Léocadie COUSIN née PACESNY, mais mon prénom usuel est Lucienne. Je suis née à Dobra en Pologne en 1930.

Mon père, polonais, est venu en France en 1929. Il est venu seul, car ma mère, enceinte de moi, n’avait pas le droit de venir. Il s’est installé à Marly-la-Ville près de Louvres. Ma mère l’a rejoint en mars ou avril 1930 avec moi dans un couffin. Nous avons vécu à Marly-la-Ville puis à Vémars où je suis allée à l’école. Mon père était maréchal-ferrant à la sucrerie de Villeron. Nous étions trois filles ; Irène, Geneviève et moi. Mes sœurs sont aujourd’hui décédées, la dernière au mois de septembre 2018 à l’âge de 85 ans. Mes deux sœurs étaient nées en France à Vémars. Du coup, je suis la seule polonaise. Nous sommes venues Maman et moi en France à Paris en train. C’est mon grand-père qui, avec son cheval, nous avait amené à la gare de Poznan.

Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA
Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA

Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA

En 1936, lors des grèves, mon père a fait grève comme les autres, mais il n’en avait pas le droit. La direction, qui avait fait les papiers pour qu’il vienne en France, l’a convoqué. Le patron lui dit alors : « Jean, tu n’es pas venu ici pour faire la grève mais pour travailler. Je te laisse le temps de trouver un autre travail pour que tu restes en France, si tu n’en trouves pas, tu rentres au pays ». Comme il y avait dans le nord de la France beaucoup de Polonais et en particulier dans notre région, certains se connaissaient un peu. Il a alors demandé à l’un d’eux qui travaillait à la ferme de Nogeon de faire une lettre pour entrer à la ferme de M.Boufflers. Celui-ci accepta d’embaucher mon père et nous déménageâmes en 1937 à Nogeon. C’était un endroit miséreux, avec des paillasses en guise de lits, pas de courant en permanence, juste à certaines heures et à  dix heures du soir, il n’y en avait plus. La maison était à l’extérieur de la ferme, au carrefour de la route descendant à Bouillancy. Un peu plus bas se trouvait la D.C.A. qui donnait sur la plaine. C’est la route que je prenais pour me rendre à l’école. Face à la maison, il y avait une fontaine pour l’alimentation en eau, nous y allions pour tout le monde. Au milieu de ces maisons, il y avait une forge, des cabanes à lapins. Les toilettes étaient à l’arrière, c’était juste un trou et sans eau. Notre maison était située au milieu. Au début, à notre arrivée, nous étions dans une des premières, mais peu de temps. Par la suite, on s’est rapproché de la ferme. On sortait les bancs pour laver le linge. Derrière la maison, nous avions un jardin et maman faisait des lapins, des poules et un cochon. En Pologne, ils avaient une ferme et maman savait traire les vaches, ce qui nous a sauvé.

Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.
Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.

Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.

Pour aller à l’école, il fallait de bonnes chaussures, mais on ne nous les donnait pas ! Moi, j’avais 7 ans et je travaillais bien à l’école. J’avais un paquet d’images ! Au début, j’allais à l’école à  Bouillancy le haut. L’institutrice avait son mari qui était parti à la guerre. Elle était maire de Bouillancy avec M.Haas pour Réez-Fosse-Martin[1]. C’est elle qui distribuait les bons pour les chaussures. Ensuite, je suis allée à l’école du Bas-Bouillancy juste en face du cimetière. Le mercredi, les garçons faisaient le jardin derrière et nous, les filles, faisions de la couture. Je me souviens, il y avait Gachelin ?, elle était un peu plus âgée, au CM2, année qui prépare au certificat d’études, il y avait des filles qui avaient déjà 15 ans, il y avait aussi Jacquet. Les plus petits allaient à l’école de Bouillancy le haut, face à la ferme Vaillant, et, à partir du cours moyen, en 2ème année, on allait à Bas-Bouillancy. Il y avait 3 kms pour y aller par la route de l’aérodrome[i].

Sur cet aérodrome je sais peu de chose car nous n’avions pas le droit d’y aller. Il y avait la troupe sur la route de Réez-Fosse Martin, les champs appartenaient à M.Boufflers ainsi que la forêt où nous allions chercher du bois. On ne voyait pas beaucoup les militaires. Il y avait un bloc en ciment. Tous les soirs les avions passaient au-dessus de nos têtes, on les entendait très bien. A ma connaissance jamais un avion n’a atterri. Sur l’aérodrome, on ne voyait pas d’avion la journée, tout ce qui se passait, c’était la nuit. Nous n’entendions pas, mais nous voyions  des lampes rouges.

Puis la guerre est arrivée et les hommes sont partis. Chez les Polonais de Nogeon, les Jovatski ( ?) père et les deux fils ont été mobilisés. Mon père est parti dans les derniers car il avait trois enfants. Morawski qui en avait quatre (dont Stanislawa et son frère Adam) n’est pas parti. Il habitait la maison individuelle sur la route de Réez-Fosse-Martin.

Nous avons évacué une première fois jusqu’à Montargis[ii] avec des chevaux et des tombereaux que nous utilisions pour la moisson. Tout Nogeon est parti avec, en tête du convoi, M.Boufflers qui, avec sa voiture ouvrait la route et qui s’est toujours occupé de nous. Derrière, il y avait un tracteur, puis les Zowalski, à coté ; les Guévalski, les Pirkowski qui eux, étaient déjà âgés. Lui, était charretier donc il y avait trois ou quatre chevaux. Ils sont partis avec leurs deux filles qui avaient bien 19 ans. Je me souviens que Mme Pirkowski faisait pipi dans le tombereau tandis que son mari buvait. Du coup, les chevaux partaient dans tous les sens !  Nous avons pris des couvertures parce qu’il fallait dormir la nuit. Je suis partie avec maman et mes sœurs.

Au deuxième exode, on est allé à 6 km du front ??? à Orléans. Dans les forêts aux alentours, on abattait des arbres. Je me souviens qu’à un moment, maman et mes sœurs étaient descendues du tombereau et je décidai de m’allonger sur mon oreiller. D’un seul coup, une balle m’est passée devant ! Je suis tout de suite descendue en pleurant. J’avais dix ans et j’avais eu la peur de ma vie. Nous ne sommes pas allés plus loin et avons rebroussé chemin. M.Boufflers nous trouvait du pain tandis que nous faisions du thé dans un faitout. On y ajoutait le pain. Parfois, si on arrivait à voler une poule, on la mettait dans un sac et je la tuais contre un mur ou dans l’eau…Qu’est-ce qu’on s’est fait disputer par les Allemands ! Les filles  descendaient parfois de charrette pour conduire les chevaux. Mais, globalement, ils ne nous ont pas fait de mal. Sur le retour, on s’arrêtait dans les fermes, on dormait dans les ballots récemment moissonnés. On a mangé du pain qui était moisi, ce n’était pas très bon. Nous, les enfants, on jouait à cache-cache. Puis, on est rentré à Nogeon où nous avons retrouvé des chevaux tués et tout le monde a repris ses activités et retrouvé sa maison. Ensuite, ce fut l’Occupation.

 

[1] Il s’agit de Mme Solange BOCQUET dont le mari, Pierre était prisonnier. Ils ont fait tous deux leur carrière d’instituteurs à Bouillancy. Mme Bocquet était en réalité secrétaire de mairie pendant l’absence de son mari. Note de Jocelyne BELLOUIN

 

[i] Il s’agit du terrain militaire de Betz-Bouillancy du GC III/6

[ii] Mme Cousin semble amalgamer les deux évacuations de mai-juin 1940.

Léocadie PACESNY (Lucienne COUSIN), la vie d'une enfant polonaise  entre Nogeon et le Plessis-Belleville. Témoignage.

Quand ils sont arrivés, les Allemands se sont installés au château d’Acy. Ils n’étaient pas méchants avec nous et disaient même qu’on pouvait venir chercher de la soupe et du pain le soir . On y allait avec le pot à lait. Ils avaient des side-cars. Ceci dit, nous ne descendions pas souvent à Acy, juste lorsque nous avions besoin de ravitaillement à l’Union Commerciale ou au Caïffa. Une bouchère, qui venait de Saint-Pathus passait, elle aussi était polonaise. La ferme nous fournissait en blé et je faisais du son, de la semoule et de la farine. M.Boufflers avait des moutons et beaucoup de terres jusqu’à Acy. On ne peut pas dire  que l’on ait souffert. On avait un four dans lequel on mettait sept tourtières. A côté, il y avait Mme Grosbel (Robel ?) et Pierre Koski dont la fille est parte en Angleterre. Nous n’avions pas peur des Allemands. Quand j’allais glaner, les avions passaient au-dessus de ma tête. Les hommes avaient creusé des fossés pour se mettre à l’abri et même des escaliers pour y accéder. Notamment au moment où les Allemands fichaient le camp. Pendant ce temps, mon père était prisonnier en Allemagne, il y est resté cinq ans. D’autres de Nogeon y étaient aussi ou même en Suisse.

Quand les Américains sont arrivés, je me souviens que j’entendais des trompettes et des trompettes ! Je les ai vus descendre sur Acy et on s’est tous mis sur la descente. Ils nous ont donné des chewing-gums. Ils sont arrivés l’après-midi. On disait : «ça y est, on est sauvé, on est sauvé ! ». Tout le monde était heureux. On a vécu longtemps avec les Américains qui habitaient au château de M.Chartier au Plessis-Belleville même après le retour de mon père en 1945 qui y travaillait. Ma mère partait alors de bonne heure « faire les vaches » puis rentrait nous habiller pour aller à l’école. On partait alors à l’école avec Henri Zowalski, Jeanine, Suzanne et d’autres filles.

Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus
Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus

Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus

Mon père est rentré de captivité en mai 1945. Je me souviens que j’étais en train de biner les betteraves et maman me donnait un coup de main. Il est arrivé quand je faisais la « 2ème façon ». Il est venu me voir au champ et j’ai pleuré. Mais, la vérité est que pendant le temps où il n’avait pas été là, j’avais eu la paix. Mon père était très dur avec maman. Toute sa vie, elle a été battue. Je ne sais pas pourquoi. Elle est morte à 86 ans et a emporté son secret avec elle. Je ne comprends pas pourquoi elle est restée avec lui.  Quand il est revenu, je me suis dit : « ça y est ça va recommencer » et c’est vrai. Il est mort à 93 ans. Quand il est revenu, sont revenus aussi René Brouillet, Arnold Berjac ? de Silly le Long. Il y avait aussi les Bankowski, des gens formidables qui avaient une fille prénommée Chénati et deux fils ; Léon et Thomas. Ils vivaient dans le coin où il y a la fontaine. Mme Bankowski savait tout faire, elle remplaçait même le docteur. Elle savait mettre des ventouses, faire des piqûres et toujours au soin des gens. Pendant la guerre, ils avaient une radio et l’on y entendait les discours de De Gaulle et les messages de la Résistance. On n’y comprenait rien, mais on y allait quand même !

A son retour de captivité, mon père a quitté la ferme Boufflers et est venu ici au Plessis-Belleville et on l’a fait rentrer chez M.Paul Bataille en Août 1945. Lorsqu’il a été appelé en 1940, mon père est allé à Coëtquidan, puis il a été fait prisonnier et est parti en Allemagne dans une ferme tenue par une femme qui le logeait dans une pièce à part, qui lavait son linge et le nourrissait. Il n’était pas malheureux. De sa captivité, il en a rapporté des photos. Quant à maman, elle lui envoyait des gâteaux, elle était bonne, mais si malheureuse.

Ce sont les Bataille qui m’ont sauvé, pas mon père lorsque je suis arrivée au Plessis-Belleville. Mon père m’a placée chez eux. Il y avait Georges et Paul qui tenaient une ferme. Puis, Georges a fondé Poclain. Il m’a placée comme cuisinière, mais je n’y connaissais rien du tout, j’avais à peine 17 ans.  J’y suis allée, je n’avais pas le choix et j’y suis restée jusqu’à mon mariage. Mon père y était forgeron pour les paysans qui travaillaient pour les Bataille dans la plaine. Il réparait les socs de charrue, les lames. Mais souvent il fermait, il ne voulait pas réparer, alors, un jour M.Bataille (qui était toujours à cheval et à qui je faisais les bottes) lui dit : « Jean, ici c’est moi qui commande, ce n’est pas toi. Quand les ouvriers viennent et trouvent porte close, comment font-ils pour faire le travail que je leur ai demandé ?  Je ne peux pas te garder. Tu as une maison, (on habitait alors à côté du château-la mairie actuelle-où se trouve l’actuelle épicerie sociale). Alors, ta femme et ta fille je les garde, mais pas toi. Je ne te chasse pas de la maison, mais quand tu en auras trouvé une autre, tu pourras t’en aller». Il avait acheté un terrain pour bâtir au Plessis, rue du parc et l’a revendu. Mais il fallait qu’il trouve une autre place, car il ne s’entendait nulle part. Après Nogeon, il avait trouvé une place en usine au Blanc-Mesnil, il prenait le train tous les jours et mangeait à la cantine. Il a trouvé là-bas une maison rue Bernard Lefebvre dans un coin calme et bien placé. Il est parti dans les années 1952. Moi, je me suis mariée en 1951, puis j‘ai habité trois chez ma belle-mère. Les Bataille étaient des gens très gentils. Paul a eu trois enfants, mais sa femme est décédée au 3ème enfant. Il s’est remarié avec une femme du Havre avec qui il a eu 5 enfants. Cela faisait donc huit ! Mais un des garçons est décédé.

Mme Bataille chez qui j’étais employée était une femme impeccable. Lorsqu’on mettait la table et qu’il y avait du monde, s’il y avait un pli, il fallait prendre le fer à repasser. Mais jamais une histoire. Moi, je faisais la cuisine et servais à table. Il y avait une sonnette. Avant le repas, les convives se lavaient les mains au vestibule, puis on disait le bénédicité. C’était la haute société. Je me faisais des petits plats, les mêmes que les invités, mais que je mangeai en cuisine. Mme Bataille me disait : « Lucienne, prenez toutes les confitures que vous voulez dans l’armoire, mais surtout pas la pêche ; c’est pour monsieur ». En effet, Monsieur était déjà malade et ne tolérait pas l’acidité. Il avait déjà un rein en moins. J’ai beaucoup appris chez les Bataille et suis peu à peu devenue une bonne cuisinière. Le mercredi, je faisais des gâteaux pour la mère de Madame qui les appréciait. On les lui apportait à Paris, rue de Vaugirard. A cette époque, je ne manquais de rien. Un jour, quand je suis retournée à Nogeon voir mes copines, elles ne m’ont pas reconnu !

Au Plessis, il y avait de belles fêtes à la Pentecôte. On était très soudé et solidaire à cette époque. Avec Pierre Bataille, on a fait du théâtre, on faisait la Sainte-Catherine avec des chars. Il y avait les bals pour auxquels les mamans accompagnaient leur fille, car ce n’était pas elles qui couraient les garçons ! Il y avait aussi des jalousies. Un jour une fille a dit à mon endroit : « Ah, ces Polaks, elles nous prennent tous nos garçons ! ». On avait appris à danser la valse avec René Brouillet et ce, déjà au temps de Nogeon où on avait un gramophone sur lequel on écoutait « la valse brune », ou « les ponts de Paris ». René jouait aussi de l’accordéon. J’adorais la valse et je valsais bien. J’avais ça dans la peau ! Pour la fête du Plessis, je me faisais une belle robe.

                                                                                                               FIN

Interview publiée avec l'aimable autorisation de Mme Lucienne Cousin et de son fils Christian. Un grand merci à tous deux pour la chaleur de leur accueil et à l'intérêt porté à ce témoignage.

 

[1] Il s’agit du terrain militaire de Betz-Bouillancy du GC III/6

[1] Mme Cousin semble amalgamer les deux évacuations de mai-juin 1940.

La ferme Bataille au Plessis-Belleville. Source: Génération deux

La ferme Bataille au Plessis-Belleville. Source: Génération deux

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 18:26

Voilà une belle initiative que celle de Yohan, élève de l'AEC. En visite chez un oncle dans le village de Cuts entre Noyon et Blérancourt, Yohan en a profité pour se renseigner sur ce village martyr de la Grande Guerre. En effet, il en a rapporté des photos des panneaux explicatifs installés devant l'église. Ceux-ci exposent comment la commune a vécu la guerre et montrent les stigmates des combats, notamment la destruction du château. Des photos à partager avec ses camarades sur cette page du blog. Bravo Yohan!

L'Equipe AEC

Photos Yohan D.
Photos Yohan D.

Photos Yohan D.

Visite de Yohan à CUTS
Visite de Yohan à CUTS
Visite de Yohan à CUTS
Le château de Cuts avant guerre
Le château de Cuts avant guerre

Le château de Cuts avant guerre

Le château de Cuts après les destructions de 1917
Le château de Cuts après les destructions de 1917

Le château de Cuts après les destructions de 1917

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 18:03
Affiche du film

Affiche du film

Cette année encore, l'AEC explore les classiques du cinéma traitant des deux guerres mondiales. Cette année, notre choix s'est porté sur le magnifique film de Bertrand Tavernier: "La Vie et rien d'autre" tourné en 1989 avec Philippe NOIRET et Sabine AZEMA dans les principaux rôles, mais aussi Michel Duchaussoy, François Perrot. Il s'agit d'un film dont l'action se situe aux lendemains de la Première Guerre Mondiale en 1920, ce qui présente un intérêt pour les élèves de l'AEC, cent ans après.

Nous vous en proposons une étude menée dans le cadre de la Mission Centenaire, ainsi que la bande-annonce.

L'Equipe AEC

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de l'AEC"Archéo-Blockhaus" du collège de Betz
  • : Ce blog a pour but de présenter les travaux effectués par un groupe d'élèves volontaires de 3e participant à une Action Educative et Culturelle (AEC) autour de la ligne Chauvineau et plus largement dans le Valois
  • Contact

Texte libre

Recherche