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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 21:10

Aujourd'hui, l'AEC a reçu en prêt un objet fraîchement sorti de terre: un éclat d'obus. Celui-ci dormait depuis plus de cent ans sous le jardin de Mme Cassagne, nouvelle enseignante de Français du collège. En effet, c'est en retournant la terre de son jardin situé dans une commune de la périphérie de Soissons, que cet éclat est apparu. Sa forme ne laisse aucun doute sur son identité. Mme Cassagne l'a apporté pour en faire profiter les élèves de l'AEC et leur envoyer un message concernant les éventuelles trouvailles de la sorte. Elle les met en garde sur les objets que l'on peut encore trouver dans le sol qui peuvent, le cas échéant être dangereux. Ce n'est pas le cas de cet éclat, mais de nombreuses munitions non éclatées peuvent s'avérer un réel danger si on les manipule. Un conseil donc, si jamais vous trouvez un objet suspect, n'y touchez pas et alertez un adulte. De nombreux accidents ont encore lieu à cause de ces engins. En outre, les élèves ont pu sous-peser l'objet et constater son poids non négligeable. Cela leur a donné une idée des dégâts qu'un tel éclat pouvait faire sur les soldats qui les prenaient dans le corps ou le visage.

Un grand merci à Mme Cassagne pour l'objet et pour ses conseils avisés.

L'Equipe AEC

Eclat d'obus trouvé en 2019 dans la périphérie de Soissons. Coll. A.Cassagne
Eclat d'obus trouvé en 2019 dans la périphérie de Soissons. Coll. A.Cassagne

Eclat d'obus trouvé en 2019 dans la périphérie de Soissons. Coll. A.Cassagne

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 20:45

Aujourd'hui, les élèves de l'AEC ont pu visionner le film "L'autre Chemin des Dames" , un documentaire signé Pierre Verdez et réalisé en 2017 pour le Centenaire de la bataille. De cette bataille, il n'en est d'ailleurs pas question dans le film. En effet, le film évoque l'aide des "dames" américaines, qui, sous l'impulsion d'Anne Morgan ont oeuvré, sept ans durant, pour aider la population axonaise de la région de Blérancourt entre 1917 et 1924. Un sujet méconnu très intéressant que les élèves ont apprécié et qui illustre la thématique de la reconstruction et la revitalisation des régions dévastée dans l'immédiat après-guerre. Une séance, prélude à une prochaine sortie à Blérancourt.

Un très bon documentaire à voir et une histoire à connaître.

L'Equipe AEC

De 1917 à 1924, Anne Morgan, fille d’un milliardaire new-yorkais, s’installe avec 350 américaines sur le sol français et crée le CARD (Comité Américain pour les Régions Dévastées). Leur but : venir en aide aux habitants survivant depuis 4 ans dans d’effroyables conditions, au plus près de la ligne de front. L’étendue de cette action, la nouveauté des méthodes humanitaires mises en place par le CARD sont d’une telle importance qu’elles feront grandement avancer la cause des femmes dans la France d’après-guerre. Correspondances, archives photos et films d’époque inédits, se mêlent aux témoignages pour retracer cet épisode incroyable et méconnu de l’Histoire.

"Avec la création du CARD, nous sommes en présence de la première manifestation d’une aide humanitaire au sens moderne de la notion." Jean-Pierre Laurent Historien et auteur de Anne Morgan, une américaine en Soissonnais

www.film-documentaire.fr

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 19:21

C'est désormais une tradition, chaque année, ce sont les élèves de l'AEC qui commémorent l'Armistice dans l'enceinte du collège. Bien sûr, l'événement n'avait pas la stature de la commémoration de l'an dernier pour les cent ans de l'Armistice, mais nos chers élèves ont relevé le défi d'une prestation orale publique devant la Direction du collège, leurs camarades délégués de classe et quelques enseignants. La cérémonie a eu lieu de 10h30 à 11h dans le forum. Après avoir pavoisé le forum et respecté une minute de silence, les élèves ont lu un texte sur l'année 1919. Leur recherche leur a permis de découvrir que 4 soldats inscrits sur les monuments aux morts de l'ex-canton de Betz sont morts en 1919. Preuve s'il en est que la guerre a tué bien après l'arrêt des combats du 11 Novembre 1918.

Un grand bravo à tous.

L'Equipe AEC

Le 12 Novembre au collège de Betz
Le 12 Novembre au collège de Betz
Le 12 Novembre au collège de Betz
Le 12 Novembre au collège de Betz

Discours prononcé par les élèves de l'AEC pour le 11 Novembre 2019 au collège.

Il y a cent ans en 1919, la Première Guerre Mondiale venait de se terminer et la signature du Traité de Versailles laissait espérer une paix durable. Déjà, dès l’Armistice signé le 11 Novembre 1918 en forêt de Compiègne, les canons s’étaient tus.

Les soldats rescapés de l’enfer des tranchées étaient presque tous rentrés dans leur foyer, sans joie, épuisés physiquement et moralement par 4 années de combat. Ils retrouvaient leur femme et leurs enfants, leur fiancée, leurs parents, leurs amis, leurs villages et leurs activités. Mais, rien ne sera plus comme avant, leur jeunesse, leur enthousiasme étaient restés là-bas sur le front des armées. D’autres, qui n’étaient pas encore démobilisés, s’impatientaient dans les casernes à l’idée de rentrer.

En cette année 1919, c’est une Europe meurtrie, comptant ses morts qui vit au milieu des décombres. Villes et villages du quart Nord-Est de la France ne sont que tas de ruines et de gravas. Il va falloir une sacrée dose de courage pour reconstruire tout ça. Les champs sont peu à peu nettoyés d’obus non éclatés, de mines, de pièges et autres tas de ferraille. Il faut vider la terre de cet océan de poison. Quant à la population, elle vit dans la famine et la précarité dans les régions dévastées et compte sur la solidarité du pays tout entier.

Et puis, il y avait la foule de ceux qui peuplaient les hôpitaux, les blessés, les invalides et autres « Gueules Cassées », les gazés, les amputés et tous ceux qui furent victimes de l’épidémie de la « grippe espagnole » qui fit tant de ravage à partir de 1918. Beaucoup meurent encore en cette année 1919, d’autres mourront encore tout au long des années 1920 des séquelles de la guerre.

Dans le canton de Betz, nous avons retrouvé la trace de 4 soldats décédés après la fin de la guerre, en tout cas après l’Armistice.

1 était originaire de Thury-en-Valois, 2 de Lévignen et 1 de Neufchelles. Ils s’appelaient :

-Lucien FARRANT, né à Thury-en-Valois. Il était canonnier au 138ème Régiment d’Artillerie Lourde et est mort à l’hôpital de Montigny-lès-Metz des suites de maladie. Il avait 21 ans.

-Ernest POMMIER, né aussi à Thury-en-Valois est mort le 27 Juillet 1919 des suite de l’explosion d’une mine allemande dans le Nord. Il avait 26 ans.

-Henri QUINTIN, né à Neufchelles est mort le 14 Février 1919 dans un hôpital des suites d’une maladie.

-Henri SUSSET, originaire de Lévignen, meurt le 22 Février 1919 dans un hôpital d’Amiens des suites d’une maladie contractée à la guerre. Il avait 21 ans.

A travers ces 4 Poilus, c’est à tous les oubliés des hôpitaux que nous rendons hommage et à tous ceux qui dont les souffrances se sont perpétuées au-delà de la fin de la guerre.

                                                                                                                L'Equipe AEC

Pour clore le sujet, un petit bonus: Tous les élèves de 3ème du collège Marcel Pagnol de Betz ont eu à écrire une "lettre de Poilu" dans le cadre des EPI comptant pour l'oral du Brevet. Parmi les meilleures productions, nous vous proposons celle de Kayna, élève de l'AEC qui a su mieux que quiconque se mettre dans les pas de Louis, soldat virtuel de la Grande Guerre, tout droit sorti de son imagination.  Bravo Kayna!

 

Lettre de Poilu écrite par Kayna Haddad élève de l'AEC
Lettre de Poilu écrite par Kayna Haddad élève de l'AEC

Lettre de Poilu écrite par Kayna Haddad élève de l'AEC

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 21:07

Une fois n'est pas coutume, il faisait un temps de 11 Novembre à Vaux-Parfond pour les commémorations de l'Armistice 2019. Cette année, l'AEC était conviée à une cérémonie exceptionnelle et unique. Sous l'égide de M.Guy Provost, maire de la commune de Marolles et de Marie-Christine et Jean-Michel Clamour, habitants de Bourneville et historiens, trois plaques étaient inaugurées, deux sur le mur d'une propriété rue de la Ferté, la troisième rebaptisant cette dernière rue du nom du pilote Jean-Toussaint ISTRIA.

Une dizaine d'élèves de l'AEC ont bravé la pluie et sacrifié la grasse matinée de cette journée fériée pour se rendre à Vaux-Parfond rejoints par 5 anciens élèves Matt, Maël, Justine, Marie et Rose. C'est toujours avec plaisir que nous les retrouvons. Une fidélité qui perdure au fil du temps.

La cérémonie a commencé par un discours d'accueil de Monsieur le Maire avec présentation des invités dont des militaires et la famille Istria venue spécialement de Corse tout comme M.et Mme Mattéi (Elu de la commune de Pila Canale d'où était originaire Jean-Toussaint Istria).Ensuite les plaques furent dévoilées, une gerbe déposée avant que Marie-Christine Clamour apporte à la connaissance du public les faits historiques de la journée du 2 Juin 1918 dans le secteur de Vaux-Parfond, du Bois de Borny, la Loge aux Boeufs jusqu'à Mosloy; un territoire surplombant la vallée de l'Ourcq et la Ferté-Milon que le front séparait alors. Cet éclaircissement historique permit aux participants d'appréhender le contexte des combats de cet été 1918. Un cimetière provisoire fut d'ailleurs installé à Vaux-Parfond dans lequel plus de cent soldats furent inhumés. (voir le discours ci-dessous). Ensuite Matt, ancien élève de l'AEC, qui l'an dernier avait choisi comme sujet d'oral de Brevet l'itinéraire de Jean-Toussaint Istria, lut la dernière lettre que celui-ci écrivit à ses parents. Un moment d'émotion pour l'assemblée et en particulier pour M. et Mme Istria. Après la sonnerie aux morts et la minute de silence, les écoliers de Marolles de la classe de Mme Vincent entonnèrent la Marseillaise, accompagnés par les collégiens de l'AEC et les anciens désormais lycéens dont Rose qui joua à la flûte traversière quelques notes de l'hymne national. Pour finir, et avant que le cortège ne se dirige vers le cimetière de Marolles pour honorer les Marollais "Morts pour la France" et les soldats inhumés au carré militaire, la plaque de rue en hommage à Jean-Toussaint ISTRIA fut inaugurée par son petit-neveu ému de l'honneur rendu à son aieul. Désormais, son nom fait partie de l'histoire de la commune. Une belle victoire contre l'oubli.

Les cérémonies s'achevèrent par un vin d'honneur offert par la municipalité à la salle des fêtes.

Un grand merci aux élèves de l'AEC présents, à la Municipalité de Marolles pour son accueil et son invitation. Une mention particulière à Marie-Christine et Jean-Michel Clamour dont l'engagement pour le devoir de mémoire est total.

L'Equipe AEC

Le 11 Novembre à Vaux-Parfond (hameau de Marolles)
Le 11 Novembre à Vaux-Parfond (hameau de Marolles)
Le 11 Novembre à Vaux-Parfond (hameau de Marolles)
Les deux plaques dévoilées à Vaux-Parfond
Les deux plaques dévoilées à Vaux-Parfond

Les deux plaques dévoilées à Vaux-Parfond

Le 11 Novembre à Vaux-Parfond (hameau de Marolles)

DISCOURS DE MARIE-CHRISTINE CLAMOUR

En ce printemps 1918,  la rumeur d’une attaque allemande s’amplifie et gagne nos campagnes. Dès la mi-mai, Marolles et tous les villages alentours se vident de leurs habitants partis sur les routes pour un deuxième exode. La ligne de front de l’ennemi approche dangereusement. Fère-en-Tardenois tombe le 29 mai, Soissons le 30 et Château-Thierry le 1er juin.  L’objectif de l’ennemi : Paris, et la revanche sur la 1ère bataille de la Marne de 1914. Au soir du 1er juin, l’armée allemande, lourdement équipée, passe la rivière de la Savières, et arrive sur Faverolles, Marizy-Sainte-Geneviève, Passy-en-Valois et Dammard.

Alerté, le 2e Corps de Cavalerie se porte dans la région. Certains régiments parcourent en quatre jours plus de 200 kilomètres marchant la nuit entière et une partie de la matinée. La lassitude est extrême, les cavaliers ne pouvant dormir que 2 ou 3 heures par jour. Mais il faut arriver à temps !

Le 1er  juin, le 8e régiment de Hussards, sans avoir laissé en route ni un homme ni un cheval, arrive aux portes de La Ferté-Milon. Le colonel Moineville installe son P.C. à Vaux-Parfond.

Les comptes-rendus des officiers en ligne montrent que pendant la nuit l'ennemi a continué à s’infiltrer. Il a organisé un front qui ne laisse aucune place désormais à une contre-infiltration et ne peut être brisé que par un effort violent, une attaque montée.

Le 2 juin, la pression des troupes allemandes augmentant, le 2e Corps de Cavalerie reçoit l’ordre d’attaquer en vue de contenir l’ennemi jusqu’à l’arrivée des renforts de l’infanterie et de l’artillerie française. L’ordre est accompagné de ces quelques mots d’encouragement : « Le sort de la France dépend aujourd'hui du cœur et de la volonté de vaincre des troupes et de leurs chefs.  Les Officiers de Cavalerie sauront montrer l'entrain et l'élégance qui les font tant apprécier de leurs Hommes. »

À 14h30, l’attaque est déclenchée. Le 8e Régiment de Hussards s’élance à la suite de leurs officiers en sortant à découvert du bois de Borny. Il en est de même pour le 21e Régiment de Dragons. Avant que le capitaine ait pu reconnaitre le terrain et faire prendre une formation de combat appropriée, le commandant Le Conte, entraîne les cavaliers en criant : « Il est l’heure, baïonnette au canon ! En avant ! Pour la France ! » Alors, sans hésitation, avec un entrain magnifique et un mépris complet du danger, les compagnies s’élancent sur les traces de leur chef avec la seule préoccupation d’en découdre.

Mais des tirs nourris de mitrailleuses venant de la ferme de La Loge aux Bœufs déciment rapidement les cavaliers qui ne peuvent plus progresser. Parmi les premiers atteints se trouve le commandant Le Conte qui tombe mortellement blessé. Six officiers et 96 cavaliers sont tués, blessés ou disparus lors de cette attaque. Pendant ce temps, d’autres régiments de Dragons, progressent à travers le plateau du Sépulcre et franchissent la crête Est de MOSLOY, ils tombent alors sous le feu des mitrailleuses placées à contre-pente, et sont  arrêtés. Vers 20 heures, l'Artillerie allemande fait un nouveau tir sur le Buisson de BORNY. Sans doute leurs observateurs ont-ils vu arriver les régiments d’infanterie qui viennent en renfort. Rassemblés dans les bois au sud de VAUX-PARFOND, les 3e et 8e régiments de Hussards se réorganisent et ne comptent plus que 267 hommes exténués. Cette attaque fut particulièrement délicate en raison de l'état de fatigue extrême dans lequel se trouvaient les Troupes. Depuis quatre jours les hommes n'avaient pris aucun repas ; ils avaient été engagés après un raid à cheval de près de 200 kilomètres et ils étaient restés deux jours sans pouvoir être ravitaillés. L’audace des Hussards a intimidé les allemands qui se contentent de tirer toute la nuit pour empêcher les brancardiers français de ramener les morts et les blessés qui sont toujours sur le terrain.

Ce n’est que le lendemain, 3 juin, que l’ennemi, remis de sa surprise, se décide à se porter en avant. Mais dans l’intervalle une Division d’Infanterie s’est installée et avec elle de nombreux régiments d’infanterie, d’artillerie et du Génie. En ce qui nous concerne, ici à Vaux-Parfonds, c’est le 208e régiment d’infanterie qui restera jusqu’au 18 juillet, jour de l’offensive Mangin et qui réussira à tenir les positions acquises durant tout ce temps, au prix de lourdes pertes. Pendant cette période, le plateau de Vaux-Parfonds sera la cible de bombardements fréquents, et notamment de bombardements par obus à gaz.

         Mais revenons au 2 juin au soir. Dans les airs durant toute la journée, des avions français venant du terrain d’aviation du Plessis-Belleville volent en direction de Neuilly-Saint-Front, bombarder les lignes allemandes. A 20 heures, l’escadrille de la BR129 achève son dernier bombardement de la journée et rentre au terrain du Plessis-Belleville. Arrivés au-dessus de Marolles, elle est soudainement prise en chasse par plusieurs Fokkers allemands. Le dernier avion de la BR129, piloté par le sous-Lieutenant Jean-Toussaint Istria effectue un demi-tour et courageusement leur fait face.

À l’arrière, le mitrailleur Pierre Charvet fait feu sur l’ennemi. Le combat est dur. Les mitrailleuses crépitent mais brusquement s’arrêtent : les rouleaux sont vides. Tout en pilotant son appareil, J-T Istria attaque avec sa mitrailleuse avant. Le combat continue, acharné. Soudain, l’avion s’enflamme. Les corps des deux hommes tombent au sol, l’avion continue sa trajectoire et s’écrase sur la commune de Troësnes. Jean-Toussaint tombera dans la cour de cette propriété et Pierre dans le champ, juste en face. Son corps ne sera retrouvé que deux semaines plus tard et inhumé dans le cimetière provisoire qui commence à s’étendre, il avait 22 ans. Jean-Toussaint Istria sera enterré sur place par ses camarades de l’escadrille, dans la cour-même de cette propriété, il avait 27 ans.

Parmi les 102 soldats inhumés dans ce cimetière provisoire, il y en avait 60 du 208e Régiment d’Infanterie, 17 du 8e Régiment de Hussards, 11 du 21e Régiment de Dragons ainsi que trois brancardiers. Ce cimetière restera à cet emplacement jusqu’en 1922. Les corps qui n’ont pas été récupérés par leur famille, reposent de nos jours à la nécropole nationale de Villers-Cotterêts. La tombe du mitrailleur Pierre Charvet s’y trouve, au 5e rang à gauche, tombe n° 465.

La dépouille de Jean-Toussaint Istria a été récupérée par sa famille et repose dans son village natal, à Pila-Canale en Corse du Sud.

         Sa famille avait reçu la lettre d’adieu que Jean Toussaint avait écrit, au cas où il ne reviendrait pas de mission. Cette lettre va maintenant vous être lue par Matt…

Dernière petite anecdote de l’Histoire, mais non des moindres, 25 ans après ces faits, dans la nuit du 27 au 28 décembre 1943, il y a eu à cet endroit un parachutage d’armes pour les réseaux de la Résistance locale.

 

 

 

Carte du front réalisée par J.Michel Clamour

Carte du front réalisée par J.Michel Clamour

Matt lisant la dernière lettre de Jean-Toussaint ISTRIA

Matt lisant la dernière lettre de Jean-Toussaint ISTRIA

La dernière lettre de Jean-Toussaint Istria. Avec l'aimable autorisation de M.Istria

La dernière lettre de Jean-Toussaint Istria. Avec l'aimable autorisation de M.Istria

Rose accompagne la Marseillaise à la flûte traversière.
Rose accompagne la Marseillaise à la flûte traversière.

Rose accompagne la Marseillaise à la flûte traversière.

Inauguration de la plaque de rue et message de remerciement de M.Istria.
Inauguration de la plaque de rue et message de remerciement de M.Istria.

Inauguration de la plaque de rue et message de remerciement de M.Istria.

Article paru dans le journal Corse-Matin.

Article paru dans le journal Corse-Matin.

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 18:16

Amoureux du patrimoine routier et d'histoire locale, cette vidéo est pour vous. Il s'agit d'une production Sound Fishing tournée de manière très professionnelle par le réalisateur Nicolas Dubois, écrite par Bertrand Hanus. Elle met en valeur le petit patrimoine de nos villages en l'occurrence ici la borne royale de Gondreville, témoignage d'une époque lointaine où la Nationale 2 voyait passer des équipages entre Soissons et Paris. Un beau travail.

L'Equipe AEC adore. Vous allez adorer!

 

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 17:52

Vendredi 20 Septembre, par une belle après-midi de fin d'été, le groupe est descendu dans Betz pour la traditionnelle sortie permettant de parler de Betz dans les deux guerres mondiales. C'est au monument aux morts d'abord que la séance a démarré pour initier les élèves à l'action mémorielle et au devoir de mémoire. Qu'est-ce qu'un monument aux morts? Qui sont les soldats inscrits? Pourquoi l'expression  "Morts pour la France"? Pourquoi ce décor? (croix de guerre, palmes de la victoire...) Les élèves sont invités à aller voir celui de leur commune.

Puis, le groupe est entré dans la cour de la ferme Brisset qui fut incendiée et en partie détruite en 1914. Preuve à l'appui, les cartes postales anciennes montrant la ferme après la bataille de l'Ourcq, ainsi que certains commerces alentours éventrés. Observation des bâtiments actuels liés à la reconstruction d'après-guerre.

A l'occasion des 75 ans de la Libération de Betz (28 Août 1944) , les élèves ont pu avoir une information sur le sujet.

Une sortie instructive visant à montrer que les guerres ont pu aussi impacter nos villages.

La semaine prochaine, les élèves feront connaissance avec ces soldats dont les noms sont gravés dans la pierre du monument grâce aux sites Mémorial Genweb et Mémoire des Hommes.

L'Equipe AEC

 A la découverte du monument aux morts de Betz
 A la découverte du monument aux morts de Betz

A la découverte du monument aux morts de Betz

Destructions dans le village de Betz
Destructions dans le village de Betz
Destructions dans le village de Betz

Destructions dans le village de Betz

La même ferme à 105 ans de distance
La même ferme à 105 ans de distance

La même ferme à 105 ans de distance

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 16:25

C'est déjà la rentrée et pour la 14ème année de l'AEC, un nouveau groupe de 16 élèves de 3ème a répondu présent pour cette nouvelle année d'AEC. Nous les remercions de tout coeur pour leur investissement. Cette année encore, les projets ne manquent pas et seront marqués pour beaucoup par le 80ème anniversaire du début de la Seconde Guerre Mondiale et par conséquent par les 80 ans de la ligne Chauvineau.

Vendredi 6 Septembre, la nouvelle promotion 2019-2020 s'est réunie pour la première fois pour une séance d'informations et, tradition oblige, pour la photo de groupe au blockhaus de la route de Macquelines.

Bienvenue à Adriel, Valentin, Damien,Chloé, Kayna, Marie J., Angélique,Zoé, Julian, Lucas C., Lucas A., Lohann, Enzo, Emma, Marie P-C. et Yohan. 

L'Equipe AEC

AEC "Archéo-blockhaus" Episode 14
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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 16:00

Ce lundi 28 Août 1944 aurait pu être une journée estivale comme celle-ci ; chaude et ensoleillée, un jour de grandes vacances pour les gamins en culottes courtes du canton de Betz et d’ailleurs. Mais l’Histoire en décida autrement. En effet, pour Simon, Anne-Marie, Robert H, Josiane, et bien d’autres encore enfants ou adolescents, cette journée est restée à jamais gravée dans leur mémoire. Aujourd’hui encore, 75 ans après les faits, les souvenirs de ceux qui sont encore parmi nous restent intacts, car il s’agit d’un jour pas ordinaire, un de ceux qui marquent une vie, un jour tant attendu ; celui de la Libération de leur village, de leur canton.

Ils étaient tous là, réunis dans une unité de lieu et de temps ce 28 Août 1944 dans le canton de Betz. Ils ont assisté, excités ou amusés et certainement anxieux, au départ précipité et confus des Allemands et à l’arrivée simultanée des Alliés Américains ; porteurs de Libération, de Victoire et bien sûr de chewing-gums !

Rumeurs et attente.

Depuis déjà trois jours, les rumeurs et les nouvelles venant de Paris libérée vont bon train. L’attente d’une libération que l’on sent imminente, agite les esprits. Les Alliés Anglo-Américains débarqués presque deux mois auparavant en Normandie, progressent vers l’Est et le Nord de la France. Après la Libération de Paris, ils franchissent la Seine à la hauteur de Melun, puis poursuivent  leur route vers la Marne et au-delà. Le 27 Août, les Américains sont à 15 kilomètres de Meaux.

C’est le 7ème US Corps du général Collins qui, le premier pénètre dans le département de l’Oise et en particulier dans son extrémité sud orientale[1]. Dans ce 7ème US Corps, la 3è Division blindée du brigadier général Maurice Rose entre dans les communes du canton en ce petit matin du 28 Août 1944. Dans la matinée le brigadier-général Truman E. Boudinot traverse le coin sud-est de l'Oise, s'emparant de Betz et Vaumoise avant de filer plus à l'est sur Villers-Cotterêts, bientôt suivie par des éléments de la 1 D.I. U.S. (« The Big Red One »). Ceux-ci dirigés par le général Huebner s'installent au sud-est de Betz. Suivant les tanks à quelque distance, les 1 et 9 D.I. U.S. viennent occuper les arrières et les flancs du front américain. L'action a été rapide car aucun élément allemand n'est venu s'interposer. Le 5ème US Corps prend le relais à partir du 31 Août.[2]

Ce sont les différentes ramifications de cette armée américaine qui, une à une, libèrent les communes du canton. Toutes  les colonnes sont au soir du 28 à Soissons après avoir traversé le canton et passé Villers-Cotterêts. Une libération éclair pour ce qui est des avant-postes alliés. Une première colonne passe par Puisieux, Nogeon et Acy-en-Multien avant de rouler sur Betz puis Lévignen. Déjà, depuis quelques jours, de lointaines détonations se font entendre et finissent par se rapprocher : « C’était un lundi et déjà la semaine précédente, on entendait le canon tonner au loin, mais très loin. Le dimanche, on a eu nettement l’impression que le canon s’était rapproché. Après coup, j’ai su qu’il s’était rapproché d’Acy-en-Multien et de la ferme de Nogeon » se souvient Robert Leroux. Puis, au matin de ce jour fatidique, un petit avion américain survole la région ; signe que les troupes n’étaient pas loin.

Parallèlement, d’autres signes annonciateurs de la libération étaient visibles. Depuis quelques jours en effet, les Allemands sont sur le qui- vive et commencent à fuir de manière confuse et désordonnée vers le nord et l’est. Simon et ses deux copains Claude et Hubert Duchesne (les fils du maire: Pierre Duchesne) sont à Betz sur les bords de la Grivette. Ils se souviennent avoir vu les Allemands quitter au petit matin, non sans une tension palpable, la propriété du Moulin où certains cantonnaient. Gaston Pénot peintre de métier et jeune FFI est réveillé par des bruits de chenilles dans sa rue (la rue Beauxis-Lagrave) « Il commençait à faire jour, regardant à travers les persiennes, je vois des gros tanks allemands qui montaient la côte devant la maison, ils avaient des canons très longs, des soldats casqués vêtus de noir étaient debout à chaque coupole ouverte, l’un de ces tanks n’arrivaient pas à prendre le virage, son canon est venu buter sur le mur juste sous la fenêtre où je me trouvais » ; un souvenir partagé par son voisin Robert Hénin. Allemands et Américains se  succèdent alors en un laps de temps très court. Certains Allemands, menaçants entrent chez les habitants en quête de nourriture et de bicyclettes.

 
Les mouvements de libération du 28 Août 1944. Carte J.Y.Bonnard

Les mouvements de libération du 28 Août 1944. Carte J.Y.Bonnard

Convois allemands fuyant Betz. Photo Marc Pilot

Convois allemands fuyant Betz. Photo Marc Pilot

L’arrivée des libérateurs entre prudence et circonspection.

A l’arrivée des Américains, dans un premier temps, c’est la prudence qui l’emporte. Prudence du libérateur, circonspection de la part des populations en passe d’être libérées. Ce sont souvent des villages reclus dans le silence que découvrent les soldats alliés. Méfiants, les habitants restent prostrés à leur domicile en attendant une heureuse nouvelle « Vers 9 heures, des chars allemands passèrent en vitesse dans la rue principale où était mon bureau. Chacun disparut des rues et les fenêtres et volets se fermèrent aussitôt » écrit Jean Hermant. Effectivement, la retenue est encore de mise car chacun sait ou se doute que tous les Allemands ne sont pas encore partis et que l’heure n’est pas encore à l’exultation. A Betz « Vers 9 h 30, d’autres bruits de chars dans la rue et nous vîmes, derrière les volets, s’avancer au ralenti, une petite voiture découverte, le pare-brise rabaissé, munie d’une mitrailleuse, conduite par un soldat, les cheveux blonds, la face rougeaude et suivie de trois chars. Nous ne savions pas que cette voiture était une Jeep et que les chars étaient américains. La voiture et les trois chars s’arrêtèrent et le conducteur, de son bras droit, faisait le geste de venir à lui. Aussitôt, les volets de toute la rue s’ouvrirent et tout le monde se retrouva auprès des chars, criant de joie, embrassant les soldats américains, leur offrant des bouquets fleurs » témoigne Jean Hermant.

Scènes de liesse.

Cette prudence bien compréhensible laisse alors vite la place à la joie. Les Américains sont là. S’ensuivent alors dans chacun des villages des moments de liesse, d’euphorie avec leur cortège de vivats, de fenêtres pavoisées, d’applaudissements chaleureux au passage des tanks : Un plus tard poursuit Jean Hermant : « Les chars passèrent dans Bargny en direction d’Ivors sans discontinuer de 9 h 30 à 16 heures. Impressionnant défilé de puissance avec des soldats flegmatiques, décontractés, mâchant leur chewing-gum, tels qu’on les représente maintenant dans les films à la télévision. Comme à Betz, tout Bargny était dehors, criant, hurlant sa joie, courant le long des chars, donnant des fleurs, des pommes, du cidre aux soldats qui eux nous lançaient du chocolat, des cigarettes Camel, des boîtes de conserve (nous n’en avions pas vu depuis quatre ans !). » Des scènes bien connues et abondamment relayées par la presse du moment et qui restent dans l’imaginaire collectif le symbole de la Libération de la France. Certains habitants immortalisent ces scènes en prenant de précieuses photos pour la postérité. C’est le cas à Betz avec M.Grosbois.

Pour les enfants, c’est un moment inoubliable, comme un jeu grandeur nature dépassant l’imaginaire.  Liliane Camus de Lévignen avait huit ans et se souvient de l’anecdote suivante : « Un Américain m’avait hissé sur sa Jeep pour me prendre en photo car j’étais vraisemblablement à leurs yeux l’image de la petite française, blonde…  Alain Rodrigue, connaîtra plus tard en 1945 le même bonheur, immortalisé par la caméra de son papa, le médecin de Betz.

Cet air de fête et cet enthousiasme ne doivent pas faire oublier que la Libération du territoire reste une reconquête. Des accrochages entre Allemands sur le départ et les Américains eurent lieu dans le canton et des scènes de combat et de mort furent aussi le décor de la Libération.

 
Les chars dans Betz, dans ce qui deviendra la rue de la Libération. Photos Coll. D.Grosbois
Les chars dans Betz, dans ce qui deviendra la rue de la Libération. Photos Coll. D.Grosbois

Les chars dans Betz, dans ce qui deviendra la rue de la Libération. Photos Coll. D.Grosbois

La guerre n’est pas tout à fait finie : Accrochages et combats de rue.

A Betz, Les Américains arrivent dans la matinée avant midi par la route d’Acy-en-Multien en colonnes « sur trois files ; l’une sur la route et une de chaque coté sur la plaine » précise Gaston Pénot témoin de la scène. Ils entrent par le carrefour des routes d’Acy, Etavigny et Nanteuil. Simon, douze ans à l’époque, témoigne : « Une voiture allemande qui s’était sauvée de Nanteuil arriva au même moment au carrefour. S’en est suivie une fusillade durant laquelle un monsieur ; M.Vernet [3]de Villers-Saint-Genest  qui était à vélo a été abattu d’une balle dans la gorge, de même qu’un soldat allemand tué[4] ainsi que trois ou quatre blessés dans une voiture qui a pris feu. Des religieuses qui habitaient un peu plus bas dans la rue ont soigné les blessés à l’étage. C’étaient elles aussi des Polonaises ! Je me souviens qu’avec mon copain on a été voir les blessés. Après la fusillade le char américain est resté un moment, d’autres arrivèrent qui allaient eux aussi sur Lévignen. Quand le premier char a repris sa route et passa devant chez les religieuses, elles avaient mis un drapeau français et un drapeau polonais à la fenêtre. Le soldat qui était dans la tourelle qui était un Canadien d’origine polonaise les félicita ! » Les habitants découvrent alors une armée américaine cosmopolite composée de Canadiens, de Polonais, mais aussi d’afro-américains…un condensé du melting-pot de la société d’outre-Atlantique.

A Lévignen, même scénario au carrefour de la route Betz-Crépy et de la RN2 devant l’auberge des « Trois Lurons ». Anne-Marie Pardanaud (épouse de Simon), a onze ans au moment des faits et garde un souvenir marquant de la Libération pour la petite fille qu’elle était : « Il y a eu un accrochage au carrefour des « 3 Lurons » et quatre gradés ont été tués… » …" Il y a des gens du village qui les ont dépouillés ! Le lendemain à l’école on a eu de notre maître Monsieur Joly un cours de morale ! Nous, les gosses on est allés voir les cadavres en se faufilant. Je me souviens avoir vu leurs pieds, leurs bottes. » et Josiane son amie de rajouter « un Allemand qui survenait à moto fut tué par une grenade. Je me souviens de cet homme tombé avec son engin dans les jambes. Les habitants venus accueillir nos libérateurs n’ont eu que le temps de se cacher derrière les troènes de la cour de la ferme.» L’heure n’est donc pas aux effusions de joie et ses accrochages rappellent que la guerre n’est pas finie. A Lévignen, la mort d’Alfred Talon ce jour là est encore dans les mémoires. Ce jeune apprenti maçon, appartenant au réseau local de Résistance (le Groupe Ardenois) est tué à bout portant par les Allemands en retraite sur le bord de la route en revenant de  Macquelines où il était allé prévenir le groupe de FFI auquel il appartenait. [5] Son nom est inscrit sur la stèle rendant hommage aux Résistants à Lévignen. Des morts parfois dues à des hasards mais aussi certainement des imprudences.

Les FFI sortent du bois

La libération des villages du canton, a comme partout ailleurs, permis la capture de prisonniers allemands par les Américains mais aussi par les FFI qui sortirent alors de leur tanière pour participer à la Libération. Souvent très jeunes, ils prirent de grands risques à traquer les quelques soldats allemands restés à la traîne. Plusieurs témoignages en attestent. A Betz, celui de Simon Nowakowski  « Le fils du Maire Monsieur Duchesne ; Henri, avait une arme et quelqu’un lui a dit qu’il y avait un Allemand dans le Clos (la prairie derrière l’ancienne gendarmerie rue Beauxis-Lagrave), alors il prit son fusil  et a fait prisonnier l’Allemand qui s’est rendu.  Revenu à la ferme, j’ai vu Henri  faire monter l’Allemand dans un char et il est parti avec les Américains. » Gaston Pénot précise que Henri lui tira dessus et le blessa à la main gauche, à la  suite de quoi l’Allemand se rendit et fut mené à la gendarmerie avant d’être récupéré par les Américains.

Dans les accrochages déjà cités plus haut, quelques FFI s’illustrèrent. Le « groupe de Betz » avec Gaston Pénot[6], artisan-peintre à Betz et futur maire de la commune, Berville, R.Pareau,  le Docteur Rodrigue, Dubois, Neujean, Louvel, Olivier Brisset, L.Lallier, Berches ( ingénieur Travaux Publics), le lieutenant Lesage et le chef de gendarmerie Certain qui, au soir de cette journée , prennent le commandement de toute cette petite troupe dans laquelle certains chefs se disputent la prééminence. Il s’agit du « groupe de Résistants F.N. de Betz » dirigé par le capitaine Gaston Villain dépendant du groupe « Lévignen-Gondreville Boissy-Fresnoy » lui-même affilié au sous -secteur de Crépy. Certains FFI n’hésiteront pas à s’engager auprès des Alliés pour poursuivre la lutte tels Henri DUCHESNE[7] et Emile CLEMENT de Betz.

Beaucoup de ces prisonniers allemands sont effectivement livrés aux Américains et certains connaissent la vindicte populaire. Anne-Marie Pardanaud l’a vécu enfant : « Je me souviens d’un camion non bâché avec des prisonniers allemands dans Lévignen, mais aussi d’une Jeep avec une mitrailleuse dans la petite rue qui descend à la « Sainte Vierge »[8] pendant je ne sais combien de temps. Les gens qui passaient leur crachaient dessus et leur jetaient des pierres. Cela m’avait choqué ! ».

Installation de la troupe

Après le passage rapide des premiers  chars libérateurs américains, la troupe suivit et durant quelques semaines  s’installe dans le canton. Certaines communes ont donc vu successivement s’installer dans leurs murs l’Armée française en 1939-40, puis allemande et enfin américaine. C’est le cas de Betz et de Lévignen courant septembre et octobre 1944.

Comme leurs prédécesseurs, les Américains prennent possession du Château de Betz (l’actuelle propriété de SM Mohammed VI), mais aussi l’autre château appelé le Moulin. D’après les souvenirs de Robert Hénin et de René Pénot, le ravitaillement était fait par voie ferrée et par la route*. A Betz, la halle de la gare avait été réquisitionnée pour stocker, notamment les fameuses Rations K[9]. D’autre part, le ravitaillement des produits de l’agriculture se faisait sur place pour la troupe et certainement aussi pour le Camp de Gondreville : «Du temps des Américains, il y avait à la propriété un jardinier « boche » avec lequel  j’ai travaillé, il faisait des légumes, certainement pour le camp de Gondreville.  M.Clément de la Ferme du Bois Milon donnait de la terre pour la propriété » dit Robert Hénin. On note au passage que les Américains utilisent la main d’œuvre prisonnière pour les tâches de première utilité ; jardinage, réparation, y compris la garde !  «Dans les « boches », il y avait aussi des mécaniciens. Il y avait deux gros camions de prisonniers qui venaient à Betz. Il y avait toujours quelque chose à faire, des camions à réparer. Le plus drôle c’est que certains prisonniers montaient la garde au château avec une matraque ! » ajoute-t-il amusé.

On imagine l’exaltation des jeunes  garçons du canton à la présence de ces soldats et de leur matériel, ce qu’ils représentaient à leurs yeux  et ce, à l’âge où l’on s’identifie à des héros. Cependant cette promiscuité avec les Américains et les FFI les pousse parfois à avoir des comportements insouciants et des idées dangereuses. Comme beaucoup de gamins de l’époque, Robert Hénin en a eu : « Je me souviens  que sur le bord de la route de Betz à Crépy, il y avait des stocks d’obus disposés là. J’en avais récupéré un ! Il y en avait aussi sur la route de Bargny et de la poudre même. On en a fait sauter un, les flammes ont failli toucher les lignes à haute tension ! Plus loin il y avait une caisse avec des amorces dedans dans des petites boîtes de conserve. Toutes les munitions ; ils en avaient fait un dépôt dans un blockhaus. Des fois le dimanche on y allait traîner. Puis, ils ont fait sauter le blockhaus[10].  C’étaient des prisonniers allemands qui devaient faire ça. » Les routes parsemées de dépôts volants de munitions américaines débarquées des gares de la région (Crouy sur Ourcq, Betz…) ont marqué les esprits surtout lorsque des enfants inconscients sont victimes d’accident. C’est ce que relate Josiane Lambert : « …les Américains entreposent des tas de caisses de munitions tout au long de la route (la RN2) entre chaque peuplier. Un dépôt d’armes se trouve à 500 mètres environ de l’entrée de Boissy-Lévignen, les enfants s’y rendent, s’amusent à désamorcer les munitions et …un obus explose ! L’un d’eux perd la vue, le second a la main gauche coupée et le troisième est gravement blessé… »

Les Américains libérateurs et victorieux ne s’interdisent aucun divertissement et amusement. A Lévignen, Anne-Marie l’assure : « Quand les Américains étaient là, il y avait des bals, des fêtes, mais nous on n’y allait pas. Mon frère [11]était toujours à la guerre, engagé à poursuivre les Allemands. Pas question qu’on fasse la fête ! ». A Betz, Gaston Pénot fait allusion à un bar américain situé dans l’arrière salle de l’hôtel-restaurant « Le Cheval Blanc »orné d’une fresque murale aux motifs de pin up sans équivoque. Les soirées américaines succédèrent aux soirées allemandes…Parfois des liens se tissent entre les habitants et leurs libérateurs. Jean Hermant en fit l’expérience et raconte : « Dans les mois suivants, nous avons sympathisé avec un Américain qui était cantonné à Bargny, le capitaine Charles Rooney, qui était dans le civil attorney-at-law à Topeka (Kansas).Nous l’avons invité à notre mariage le 4 avril 1945, et comme cadeau, au dessert, il nous a apporté quelques oranges, cadeau qui fut très apprécié à l’époque, et, à l’issue du repas, il a rédigé à notre intention, au dos d’une enveloppe que je garde précieusement, le mot suivant (« C’est agréable de voir une telle vraie gaieté. Je peux dire aux amis de la France en Amérique, que la France peut encore être joyeuse et que la France ne mourra jamais ! ») Charles Rooney, Capt. US Army. »

Une épuration administrative en douceur et quelques règlements de compte.

Peu d’actes majeurs d’épuration ont lieu aux lendemains de la Libération dans l’ex- canton de Betz. Comme dans de nombreux cas de communes la volonté d’une épuration administrative se fait jour de la part des Résistants et des Comités Locaux de Libération se mettent en place. Ils sont créés entre septembre et octobre 1944. Dans le canton l’influence communiste est réelle puisque le F.N.[12] préside 7 CLL. Cette prééminence a comme conséquence l’élection de maires communistes aux élections de 1945 dont deux femmes : Marthe Plez à Betz où la transition se fit en douceur. « Pierre Duchesne, le maire…», explique l’historien Eric Dancoisne. «… était maréchaliste, en ce sens que c’est à la personnalité de Pétain, le vainqueur de Verdun, qu’il se réfère. (…) Père de famille nombreuse, ancien de «14-18 », Pierre Duchesne a prêté une attention toute particulière aux prisonniers de guerre retenus en Allemagne (…) Avec ses adjoints, il leur reversait ses indemnités d’élu, il a aussi organisé l’envoi de colis en Allemagne (…) A la Libération, le conseil municipal n’est pas inquiété par les résistants du Comité local de libération (CLL) dont la liste est menée par Gaston Villain et Gaston Pénot. « Après le départ des Allemands, Pierre Duchesne et la plupart des membres du conseil municipal ont été maintenus à leurs postes par arrêté préfectoral »[13].Le cas de Betz n’est pas isolé puisque sur les 25 conseils municipaux du canton 18 sont maintenus notamment les maires cultivateurs qui souvent ont aidé la Résistance locale en fournissant de faux-papiers, en ravitaillant les maquis ou en favorisant les opérations pick up.

Souvenirs personnels, mémoire collective.

La Libération du canton, bien que brève, n’en fut pas moins vécue avec son lot d’émotions partagées entre joie et angoisse. Des moments forts, inoubliables. Parmi ses souvenirs, il y en avait un qui tenait une place de choix dans le cœur de Robert  Michon : « Mon père m’a envoyé avec un jeune voisin de Boissy-Fresnoy voir le Défilé de la Victoire à Paris en 1945. C’était fabuleux. J’ai vu de mes yeux, un régiment de chars de Leclerc et notamment le « Sergent Henri Duchesne ». Le régiment honorait son défunt. Ils avaient baptisé le char à son nom. Je l’ai vu de mes yeux ça. ». Jean Hermant garda à jamais gravé dans sa mémoire ces images de la Libération : « Longtemps après le passage des Américains, le 28 août, jusqu’en octobre, au moment des labours, j’ai eu dans les yeux l’image des traces profondes des chenilles d’un char américain dans un champ, près de la Marnière de Cuvergnon jusqu’à l’orée du bois de la route d’Ivors. Ces traces resteront pour moi les traces de la liberté : nous n’avions plus à craindre le travail forcé en Allemagne, le risque d’être pris en otage à la suite d’un attentat contre les Allemands et nous avions la faculté d’écouter librement Radio-Londres sans se cacher et sans craindre une dénonciation. Nous étions libres, grâce aux Américains.» Quant à Simon et Anne-Marie, ce sont des souvenirs d’enfance indélébiles qu’ils ne manquent pas de partager avec les plus jeunes générations. Des témoignages qui sont aujourd’hui autant de pages d’histoire.

 

Cet évènement, prémice de paix retrouvée, des communes du canton ont eu la volonté d’en garder  la mémoire en donnant à des rues le toponyme « Libération ». Deux communes ;  Acy-en-Multien et Betz  se sont donc dotées d’une Rue de la Libération. A Betz, la décision est prise le 2 Septembre 1945 et la Grande Rue, artère principale du village est rebaptisée. Plus tard, comme partout ailleurs des plaques en l’honneur des victimes-civiles et militaires- sont apposées sur le monument aux morts de la commune.

La vie reprend alors peu à peu son cours, avec les difficultés quotidiennes qui perdurent encore de longs mois. Les cartes d’alimentation sont encore le quotidien des habitants du canton jusqu’en 1949.

 

[1] A noter que le VIIè Corps appartient à la 1ère Armée Américaine du général HODGES faisant partie elle-même du 12ème Groupe Armé du général BRADLEY

 

[2] Benoît COTTEREAU, Les forces alliées libèrent l'Oise (28 août - 2 septembre 1944) in Annales Historiques Compiégnoises, automne 1995, n°61-62, p 21-38

[3] Marcel VERNET : Né le 9 Mars 1904 à Crépy, ouvrier agricole, il a formé un groupe de 8 jeunes et, à leur tête, il rejoint les FFI de Betz (O.C.M.) lorsqu’il est abattu. (Source : Raymond Zerline, Pages de la Résistance n°21 Juin 2014)

 

[4]Soldat autrichien né à Vienne en 1919 reposant au cimetière communal de Betz du nom de Friedrich KRIVANER

[5] ALFRED TALON (FFI-OCM) : Né le 28 Novembre 1876 à Bresles, maçon à Lévignen. (Source : J.Claude Santandréa petit-fils d’Alfred Talon).

[6] Gaston PENOT (1896-1968). Artisan et artiste peintre bessin, Ancien Combattant 1914-1918,  il est maire de la commune de 1959 à 1968 et conseiller municipal depuis 1937.

[7] Henri DUCHESNE (1923-1945). Etudiant à Paris, il s’engage à la Libération et rejoint la première armée deDe Lattre le 25 Septembre 1944. Il est tué à bord de son char le 2 Février 1945 à Schoemstenbach ‘Haut-Rhin).

[8] Actuelle rue du gué à Lévignen.

[9] La ration K est une ration alimentaire de combat américaine apparue durant la Seconde Guerre mondiale. Initialement prévue comme une ration quotidienne, elle est emballée individuellement pour les troupes aéroportées, les tankistes, les courriers de moto, et d'autres forces mobiles pour de courtes durées. La ration K inclut trois repas : le petit-déjeuner, le repas de midi et le souper. (Source article Wikipédia).

[10]  Il s’agit du blockhaus de la Ligne Chauvineau situé dans le Bois de Macquelines (Bois entre Betz et Lévignen) qui a servi de dépôt de munitions allemandes.

[11] Il s’agit de Pierre Pardanaud ; Résistant du Groupe Ardenois de Lévignen.

[12] Le Front national, ou Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, est un mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti communiste français (PCF) vers mai 1941.(Source Wikipédia)

[13] DANCOISNE Eric, «  Les municipalités face au pouvoir résistant à la Libération, l’exemple du Valois, » in Annales historiques compiégnoises, n°121-122, printemps 2011.

Le petit Alain hissé sur une Jeep par un soldat américain devant le monument aux morts de Betz. Capture d'écran. Film tourné par son papa le docteur Rodrigue en 1944-45?

Le petit Alain hissé sur une Jeep par un soldat américain devant le monument aux morts de Betz. Capture d'écran. Film tourné par son papa le docteur Rodrigue en 1944-45?

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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 15:21

C'est par une matinée chaude et ensoleillée que quelques habitants de Betz sont venus à l'appel de la Municipalité pour commémorer le 75ème anniversaire de la Libération de la commune. Un petit comité regroupé autour de Simon et Anne-Marie NOWAKOWSKI derniers témoins oculaires de la libération de Betz et de Lévignen. Parmi la petite assistance, des habitants de longue date, amoureux de l'histoire de leur village qui, pour la circonstance n'ont pas hésité à apporter des documents relatifs à cet événement. Photos et commentaires sont alors échangés à l'ombre du grand mur de la ferme Brisset. La petite cérémonie peut alors commencer sous l'égide de Mme Ragaru et M.Gros, élus de la commune et de M.Pendéria porte-drapeau des Anciens Combattants. Simon Nowakowski, après lecture faite des noms des morts 1939-1945, a  raconté à l'assistance quelques épisodes fameux de la libération à laquelle il a assisté du haut de ses douze ans. Anne-Marie en fait autant, elle était au même moment à Lévignen où elle habitait. Dans son allocution, il n'oublia pas de dire combien le jeune Polonais qu'il était, doit à la France pour ses valeurs d'accueil et d'hospitalité. Des propos, qui, bien sûr, ont un écho important dans la société actuelle... La petite assemblée s'est retrouvée à la fin de la cérémonie, à la mairie (Rue de la Libération!) pour un verre de l'amitié et échanger encore sur cet événement symbole de liberté pour tout un village, tout un peuple.

Un grand merci à Simon et Anne-Marie Nowakowski pour leurs témoignages, à la Municipalité de Betz et aux participants.

L'Equipe AEC

Retrouvez sur ce blog l'interview réalisée par les élèves de l'AEC le 5 Mars 2017 "M.et Mme Nowakowski, deux enfants de Betz et de Lévignen durant la Seconde Guerre Mondiale" dans la rubrique: Témoignages.

 A suivre un extrait de l'article de la revue Hist&A sur la libération du canton de Betz...

28 Août 2019, BETZ commémore sa Libération.
28 Août 2019, BETZ commémore sa Libération.
28 Août 2019, BETZ commémore sa Libération.
28 Août 2019, BETZ commémore sa Libération.
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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 10:29
Il y a 75 ans...la Libération de BETZ

Mercredi 28 Août à 11h, venez commémorer la libération de Betz au monument aux morts. Une occasion pour les anciens de l'AEC de se retrouver autour d'un moment d'histoire et de convivialité.

Bonne fin de vacances et bonne rentrée à tous.

L'Equipe AEC

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  • : Le blog de l'AEC"Archéo-Blockhaus" du collège de Betz
  • : Ce blog a pour but de présenter les travaux effectués par un groupe d'élèves volontaires de 3e participant à une Action Educative et Culturelle (AEC) autour de la ligne Chauvineau et plus largement dans le Valois
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