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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 15:39

De septembre 1939 au printemps 1940, ont été réalisés sur la commune de Betz, cinq emplacements bétonnés pour canon AC (antichar) de 25 mm, quatre pour mitrailleuses, un emplacement pour canon de marine à l’air libre, 3000 m de fossés antichar faisant partie de la ligne de défense de Paris dite « ligne Chauvineau ». La plupart sont encore visibles. Quatre ont été détruits et l’un d’entre eux a été fortement ébranlé par l’explosion de munitions allemandes par les Américains en 1944.

La construction de la ligne Chauvineau intervient comme prévue une fois la déclaration de guerre proclamée le 2 septembre 1939. Dès le 6 du mois, les généraux en charge du dossier sont à Betz pour étudier la faisabilité du programme de défense et exposer les premiers plans (qui subiront rapidement des modifications) car ce secteur, situé au Nord Est de la ligne de défense et comprenant les groupements de Betz – Macquelines et Antilly, est favorable aux attaques de blindés. C’est pourquoi il retiendra toute l'attention du général Chauvineau qui fera de nombreuses visites sur le terrain en compagnie du général Barthe puis du Gouverneur de Paris, le général Héring. Le mois de septembre est consacré aux travaux préparatoires et à l’étude du fossé antichar. A la fin du mois, des éléments de la main d’œuvre militaire dévolue au creusement arrivent à Betz. Il s’agit de soldats du 222ème Régiment Régional de Travailleurs (22ème régiment de la 2ème région militaire soit celle d’Amiens). Ce régiment restera sur le secteur de Betz jusqu’en mars 1940. En janvier et mars 1940, le 222ème RRT édite un journal humoristique « la Gazelle »[1].

Un exemple: Le blockhaus pour canon antichar de 25 mm  C101 (bloc en partie détruit par les Américains en 1944) : Le25 octobre : Piquetage, le 6 novembre : coulage du radier, le 13 : ferraillage, le 23 : bétonnage par le 217ème en 27 heures non-stop par 3 équipes. Le 3 décembre : le bloc est fini, visite satisfaite des généraux Héring et Chauvineau. Le blockhaus est entièrement fait en un mois et une semaine.

 

Fin septembre et octobre, ont lieu le piquetage de différents ouvrages et l’envoi de deux pelles excavatrices pour le creusement du fossé. Les généraux multiplient les visites sur site. Le général Héring déclare le projet irréalisable, étant donné le temps dont il dispose pour en assurer l’exécution. Toutefois, ordre est donné de maintenir le tracé amorcé qu’il suffira d’orienter vers le mur du parc du château de Betz.

En octobre-novembre les travaux se poursuivent : piquetage, coulage de radiers, ferraillage et bétonnage, creusement des fossés par le 222ème RRT et le 217ème RRT et nouvelles visites d’inspection.

Le 10 novembre : creusement du fossé antichar dit « du hangar » entre la voie ferrée et la Grivette à proximité du PN 41[2].

Les premiers blocs pour canon AC sont terminés début décembre (le bloc situé entre le collège et Macquelines est terminé le 7 comme en témoigne l’inscription gravée dans le béton sur la dalle supérieure) alors que commence la réalisation, route de Macquelines, des blocs pour mitrailleuses. Au moment où le 217ème RRT est affecté ailleurs, le creusement des fossés se poursuit.

Début 1940 : arrivée et mise en place des tétraèdres, clayonnage des fossés, implantation des positions pour canons de marine en plein air et nouvelles inspections. En mars, départ du 222ème remplacé par une compagnie du 223ème RRT.

Le printemps 1940 arrive, la ligne Chauvineau n’est pas encore opérationnelle et le temps presse. En avril sont mises en place les plateformes derrière le mur du château, le réseau de barbelés, de nouveaux tétraèdres arrivent en gare de Betz et début du camouflage. Début mai, voit l’installation des premières portes (sur le bloc C101) alors que l’attaque allemande est imminente. Le 15 mai, soit cinq jours après le début de la campagne de France, les travaux sont arrêtés. S’ensuit alors la mise en place du dispositif de destruction des ponts. Deux ponceaux sur la Grivette sont concernés.

Les 17 et 18 mai ont lieu deux bombardements sur la gare de Betz[3] durant lequel un civil est tué : Ernest Lacorne : Né le 2 février 1870 à Betz, Ernest Lacorne a effectué son service militaire au 67e R.I. du 14/11/1891 au 25/09/1894, il devient sapeur pompier en 1902. Durant la Grande Guerre, il est affecté à la 9e Cie du 13e R.I.T. le 01/08/1914. Il est par la suite affecté au G.V.C. (Garde des Voies de Communication) et renvoyé dans ses foyers le 14/01/1915 étant père de 7 enfants. Il est libéré de toute obligation militaire le 10/12/1918[4].

Les travaux reprennent dans la deuxième quinzaine de mai avec l’implantation de deux canons de marine notamment à Macquelines et, le 9 juin, avec la mise en place de boucliers mobiles en bois pour arme AC. 

Le 11 Juin 1940 c’est le début de la retraite du secteur.

Cependant, une faible occupation militaire semble avoir eu lieu. René Pénot, fils de Gaston, se souvient : « En 1940, des soldats sont arrivés par le train à la gare de Betz. C’étaient des Sénégalais. Ils tiraient derrière eux un canon de 25 mm et marchaient pieds nus ; les godasses pendues autour du cou. Un spectacle inédit pour les habitants de Betz !».

Les blockhaus n’étaient à priori pas tous terminés au moment de l’attaque allemande dans le secteur le 11 Juin et certainement pas tous armés. Peu de témoignages concernent le rôle joué par la ligne Chauvineau dans le secteur de Betz. D’après un ancien soldat ayant servi sur l’emplacement du canon de marine de Macquelines et revenu dans les années 1980[5], la position aurait été abandonnée par la troupe (« dans laquelle se trouvaient des éléments venus de Belgique »), fuyant par le bois de l’école en direction du sud et laissant derrière elle le canon qui ne tarda pas à être récupéré.

Après la guerre, dans les années 1945-1946, les fossés ont été remblayés et les cultivateurs indemnisés du manque à gagner occasionnés par ces travaux militaires.[6)

 
 

[1] La « Gazelle » est un journal humoristique du 222è RRT dont deux numéros sont sortis en janvier et mars 1940 de l’imprimerie située à l’étage des locaux des Ponts et Chaussées à Betz dans la Grande Rue (de la Libération).

[2] Passage à niveau 41 sur l’ancienne voie ferrée en direction d’Antilly devenue voie verte.

[3] Gaston Pénot prétend qu’il s’agit d’un bombardement d’avions italiens. « On voyait nettement les cocardes  vert, blanc et rouge ». Les historiens démentent ces affirmations récurrentes.

[4] Source Mémorial Genweb.

[5] Témoignage de Joël Deroche de Macquelines qui a rencontré ce monsieur.

[6] Cf documents de la ferme Hamelin à Macquelines. Coll. M.Philippe Hamelin.

La « Gazelle » est un journal humoristique du 222ème RRT dont deux numéros sont sortis en janvier et mars 1940 de l’imprimerie située à l’étage des locaux des Ponts et Chaussées à Betz dans la Grande Rue (de la Libération)

Fondé par le Cdt Bouilhol- qui loge au Château de Mme Vincent-, ce journal dit « humoristique et anecdotique »de 6 feuillets recto-verso est l’œuvre des soldats eux-mêmes. Le rédacteur en chef en est le lieutenant Weber. Le directeur technique : le caporal Pouget. Les dessins sont l’œuvre de Bocciarelli, Graves, Génin, A.Fitte, Marc Rey et les textes du Cdt Palefroid, d’A.Ravier (de la 2ème Cie du 3ème Bataillon), d’Andréano, Jacques Mégret, Janel avec le concours du conteur journaliste Claude Orval, ancien du 222ème. Bonnes histoires, poèmes, caricatures et bandes dessinées sont au menu de ce journal. En outre en quatrième de couverture du n°1, on trouve la liste de 77 soldats quittant le régiment en janvier ou février, affectés ailleurs ou libérés. On y apprend que des conférences étaient organisées comme par exemple celle donnée par le lieutenant Berguin, professeur au lycée Henri IV à Paris sur « l’idéologie naziste ».

La une de la Gazelle n°1 et 2.                                            Coll. AEC
La une de la Gazelle n°1 et 2.                                            Coll. AEC

La une de la Gazelle n°1 et 2. Coll. AEC

Archives personnelles de M.Hamelin
Archives personnelles de M.Hamelin

Archives personnelles de M.Hamelin

Tracé du fossé et des blocs antichar élaborés par Me Auroire, géomètre à Acy.
Tracé du fossé et des blocs antichar élaborés par Me Auroire, géomètre à Acy.
Tracé du fossé et des blocs antichar élaborés par Me Auroire, géomètre à Acy.
Tracé du fossé et des blocs antichar élaborés par Me Auroire, géomètre à Acy.

Tracé du fossé et des blocs antichar élaborés par Me Auroire, géomètre à Acy.

"Les régiments régionaux de protection (R.R.P.) ou de travailleurs (R.R.T.) sont les descendants de l'ancienne armée territoriale supprimée par la loi de recrutement du 1er avril 1923.
A la mobilisation de 1939, chaque région militaire forme, avec les hommes des plus vieilles classes rappelées, plusieurs R.R. dont le numéro est formé par celui de la région suivi d'un chiffre d'ordre. Par exemple, le 28ème R.R. est le 8ème régiment de la 2éme région (Amiens) ou le 143ème R.R. est le 3ème régiment de la 14ème région (Lyon)."

Plus concrètement, il s’agit de soldats ayant pour beaucoup la quarantaine et davantage, autoproclamés les « tordus » et qui ne possédaient pas toujours d’uniforme règlementaire, se contentant d’être vêtus « en complet et pardessus de confection » selon les termes de Gaston Pénot.

TEMOIGNAGE DE M. Robert HENIN, né en 1927 à Betz et décédé en 2018.

-Quels souvenirs vous reste-t-il de la Ligne Chauvineau ?

« Je me souviens qu’au dessus du calvaire il y avait un gros projecteur. Au sommet de la côte (à l’angle du mur de clôture de la propriété actuelle du Roi du Maroc) l’Armée Française avait construit une cabane en flanquement de la portion de fossé antichar qui, de l’autre coté de la route allait jusqu’à celle de Bargny. Je ne sais pas si les blockhaus étaient armés, à mon avis ; je ne pense pas.»

-Où étaient logés les soldats français ?

 « Les Français avaient, les premiers, logé dans le château. Il y avait aussi des officiers chez des particuliers. Par exemple ; chez le percepteur, rue des Jardins ; il y en avait un. Un jour (peut-être un jeudi) j’étais avec des copains et on traînait dans le coin. L’un d’eux nous dit que si on avait faim, on n’avait qu’à se présenter avec une gamelle à la cantine et qu’on nous donnerait à manger. Alors on y est allé. C’était des gars (les territoriaux) qui avaient des enfants. Ils étaient nombreux, il y avait pas moins de deux-cents bonshommes pour finir les tranchées (fossés antichars). Je ne les ai pas vu faire mais quand on allait au jardin (sur les Mortas une pièce de terre et un verger situés sur l’actuel terrain de football), on les voyait avec ma mère et puis c’est tout, on ne traînait pas la journée. Le fossé avait côté parc un plan vertical et coté plaine un plan incliné. Il y avait des poteaux pour retenir la terre. Il y avait beaucoup de main d’oeuvre pour construire les blockhaus. Je ne les ai pas vu construire, mais dans le verger que nous avions avec ma mère route de Macquelines, il y avait des bétonneuses. C’était assez simple, ils mettaient un sac de  ciment et trois sacs de gravillons, ce n’était pas comme aujourd’hui ! Les soldats avaient installé une petite ligne de chemin de fer  (sans doute type Decauville) avec des wagonnets pour transporter les matériaux jusqu’au mur du parc où il y avait un blockhaus. Ce terrain était composé d’un carré de verger et d’un carré de terre. Des tétraèdres avaient également été installés dans la rue pour barrer l’accès.»

Témoignage recueilli en 2013.

TEMOIGNAGE DE René PENOT. Fils de Gaston, René est né le 25 avril 1931 à Betz. Il avait 9 ans au début des hostilités.

« Dès les derniers mois de 1939 en parallèle de la construction des casemates du secteur  de Betz-Macquelines, fut mis en place tout un dispositif en cas d’attaque allemande. Je me souviens qu’il y avait un vieux camion Berliet muni d’un groupe électrogène qui avait été installé à la grille du château (l’actuelle résidence du Roi du Maroc) en face la Mairie.

Tout près de là, à la jonction des routes de Bargny et de Crépy (au-dessus du calvaire) ; un char Renault FT17 était positionné à l’arrière du fossé anti-char qui reliait là les 2 routes. Après la campagne de juin 40, les Allemands l’ont récupéré et placé à la gare. Je me souviens que les enfants jouaient dedans !

Au même endroit (où se trouve le nouveau lotissement), l’Armée Française avait placé un projecteur de D.C.A. et une batterie de 75.Le projecteur éclairait jusqu’à Bargny et Antilly .Mais, ils n’avaient pas le droit d’allumer quand un avion allemand volait. Il y avait du matériel américain comme des détecteurs de son. Les mitrailleuses et le projecteur entraient en action ensemble.

Pour barrer les routes de Bargny et de Crépy (comme d’ailleurs toutes celles menant sur Betz) des barrages de tétraèdres avaient été placés et acheminés en train par la gare. Il y en avait deux à Macquelines, un dans Betz devant l’église (face à la pharmacie actuelle), un route d’Etavigny, un au blockhaus entre le collège et Macquelines. Des mines coupaient les routes.

Quant aux fossés anti-char qui couraient dans la plaine ; ils avaient sur un coté (le coté ami) un clayonnage fait avec des poteaux en bois pour éviter les éboulements. Ils ont été creusés par le 222ème Régiment Régional de Travailleurs (et le 217è RRT) ; des gars habillés en civil qui portaient juste un brassard. Ils abattaient des arbres, creusaient les fossés et construisaient les casemates. Ces fossés ont été nivelés en 1945-1946.

Je me souviens aussi qu’à l’emplacement du 1er terrain de football qui jouxte le collège, il y avait un blockhaus camouflé en meule de foin et dans le mur du château ; un créneau de tir ainsi qu’une plate-forme pour canon. A Macquelines, dans un bois de pommiers, en lisière de la plaine, se tenait un canon (de marine) fixé sur une « juppe » (affût) sur rotule. Des éléments venus de Belgique y étaient positionnés. Ce sont les Allemands qui l’ont embarqué. Pas très loin, dans le Bois des Ecoles, en descendant la Grivette, un appentis servait aux soldats pour faire la cuisine. C’est tout ce dont je me souviens car l’autorité militaire a proclamé l’Evacuation et je suis parti. Je n’ai donc pas beaucoup vu ces soldats français. »

L'Equipe AEC

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 11:48

Nous proposons à nos lecteurs la transcription de trois interviewes réalisées par Charles Geurts (de la section des Anciens Combattants d'Acy-en-Multien) au début des années 1980. A cette époque, dans nos campagnes, il y avait encore certains Anciens de 1914-1918, très âgés dont  Charles Geurts a conservé le témoignage. Il s'était alors rendu chez eux pour les interviewer et les filmer au camescope. Ces récits ont aujourd'hui valeur de témoignages précieux pour l'histoire du Valois. Nous remercions Charles pour cette heureuse initiative d'alors et de nous avoir confié les interviewes. Celles-ci transférées sur support numérique ont été transcrites et complétées par des recherches annexes. Nous vous en livrons ici l'essentiel en trois épisodes. Trois itinéraires de Valoisiens dans la Grande Guerre.

                                                                           1. Léon LEMAIRE

 

Léon LEMAIRE chez lui à Bouillancy lors de l'interview réalisée en Novembre 1981

Léon LEMAIRE chez lui à Bouillancy lors de l'interview réalisée en Novembre 1981

Etat civil :

Léon Marie LEMAIRE est né le 29 août 1886 à Bargny d’Antoine Léon LEMAIRE et Victorine FREMONT

Au cours de sa vie, il a  connu plusieurs domiciles : Mouy, Bargny (au recensement de 1911), Mouy à nouveau (Hôtel Châtelain), puis à Vincy-Manœuvre en 1919. Il est  parti s'installer dans le Nord à Mouvaux (rue de Tourcoing) en 1921. Puis, il est de retour à Vincy en mai 1921 et enfin à Bouillancy, d’abord au-dessus du cimetière près de l’église du Bas-Bouillancy, puis à Gueux depuis 1924.

Il faisait partie d'une famille de 4 enfants. Il ne restait en 1981 que Léon et une sœur âgée de 82 ans vivant à Vincy. (Mme Joany ?). Enfant, Léon était un enfant espiègle d’après Mme Bizet.

Avant la guerre, Léon travaillait chez la Veuve Ducerf à Ormoy-le-Davien. Il changeait souvent de patron, se disputant souvent avec eux.

 

Alexandrine DUCERF, veuve, patronne cultivatrice, née en 1862 à Ormoy-le-Davien a deux fils Gaston et Lucien et un commis. (Recensement 1911)

 

Après la guerre, Léon a travaillé chez Henri Vapaille à la ferme du château, mais peu de temps, puis est allé arracher les betteraves à Fosse-Martin, puis à Bouillancy chez le père Anatole PROFFIT pendant deux ans. Mais, il ne s’entendait pas avec le commis et partit travailler chez DELAITRE patron cultivateur à Bouillancy.

 

Léon s’est marié avec Marguerite PLATEAU, née en 1896 à Kolbeke en Belgique. Il l’a rencontrée dans les champs de Boufflerd (cultivateur à la ferme de Nogeon) où, dit-elle,  elle répandait du fumier ! C’était une immigrée belge. Ils se sont mariés deux mois après la fin de la guerre le 19 juillet 1919 à Vincy-Manoeuvre. Léon avait 33 ans. De cette union sont nées trois filles : Marie-Madeleine née en 1917 à Bailleul, Claire, née en 1920 à Vincy et Christiane née après 1926. Ils ont fêté leurs 60 ans de mariage en 1979 et ont 6 petits-enfants (3 filles et 3 garçons) et 8 arrière-petits-enfants (4 garçons et 4 filles).

Léon a  95 ans au moment de l’interview.

Guerre :

Léon fait partie de la classe 1906 et est soldat au 63ème RAC 

Il est mobilisé le 8 août 1914 à La Fère. Il a alors 28 ans et est célibataire. Il fera la totalité de la guerre jusqu’en 1919.

 Il a participé à la bataille des frontières de Belgique en août notamment à Mangiennes dans les Ardennes avec le 42ème régiment d’artillerie. 

Le 27 Septembre 1914, il est en Argonne.

En 1915 en Champagne puis de mai à septembre aux Eparges. En octobre-novembre : à nouveau en Champagne

En 1916 : il est dans la Somme à la Côte 216, puis à VERDUN deux fois puis la forêt de Parroy (près de Lunéville)

En 1917 : Offensive de Craonne, Cormicy et Verdun 3 mois.

Lors des combats Léon a été blessé deux fois : le 1er avril et le 27 Octobre 1917.

En 1918 : Avocourt (en Argonne)

Démobilisé le 28 mars 1919 à Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne)

A reçu la croix de guerre avec médaille de bronze le 22 Octobre 1918 avec citation : « Conducteur courageux et dévoué, le 27 septembre au passage de la Dormoise sous un bombardement continu, a contribué à dégager un pont encombré par des voitures d’infanterie dont les conducteurs étaient tués ou blessés ».

Pendant la guerre sa femme Marguerite a évacué vers Bayonne et la frontière espagnole. Elle voulait venir à Vincy où elle avait une sœur mais c’était impossible. Elle n’a pu revenir qu’après l’Armistice.

Souvenirs de guerre : Léon livra à Charles quelques souvenirs épars mais encore vivaces:

 Des souvenirs de longues et pénibles marches par exemple, mais aussi:

« On touchait sept sous tous les dix jours et un paquet de tabacs. On avait aussi du vin »

Léon a eu plusieurs permissions : 6 jours en 1915, 6 jours en 1916, 7 jours en 1917 et 2 fois 10 jours en 1918. Il est allé en permission chez sa marraine de guerre à Cherbourg. Visiblement, il a eu plusieurs marraines de guerre. Il logeait chez des gens, un commandant de gendarmerie.

Léon a passé son conseil de révision à Betz en même temps qu’une soixantaine de gars du coin dont Eugène BARLEMONT

Eugène Maurice BARLEMONT dit Lucien né le 2 mai 1899 à Réez-Fosse Martin fils de Louis Albert Barlemont et de Marie Léonie Thioux. Ouvrier agricole à Bouillancy. Il a été ajourné pour soutien de famille. Après la guerre, il fera partie de différentes sections d’infirmiers en Allemagne en 1920-1921, puis dans l’armée d’Orient et débarque à Beyrouth pour servir l’armée du Levant.

Pendant la guerre, il voyait Fernand BERNIER qui était dans l’artillerie lourde.  Pendant un temps il le voyait tous les jours au ravitaillement

 

Fernand BERNIER né le 24 Janvier 1889 à Acy-en-Multien était maréchal-ferrant, charron. Il est mobilisé le 3 août 1914 au 1er régiment d’artillerie lourde. Il passe au 2ème escadron du train des équipages en février 1915 puis au 454ème régiment d’artillerie lourde en 1918. Il fera l’intégralité de la guerre.

A la mémoire de Léon LEMAIRE

Charles GEURTS

L'Equipe AEC

 

 

 

 

Photos Coll. L.Lemaire
Photos Coll. L.Lemaire

Photos Coll. L.Lemaire

Carte du combattant et médailles de Léon LEMAIRE
Carte du combattant et médailles de Léon LEMAIRE

Carte du combattant et médailles de Léon LEMAIRE

Citation de Léon. Coll. Léon Lemaire

Citation de Léon. Coll. Léon Lemaire

Registre matricule de Léon Lemaire. ADO en ligne.

Registre matricule de Léon Lemaire. ADO en ligne.

Léon . Photo Coll. L.Lemaire.  Léon et son épouse Marguerite au moment de l'interview en novembre 1981
Léon . Photo Coll. L.Lemaire.  Léon et son épouse Marguerite au moment de l'interview en novembre 1981

Léon . Photo Coll. L.Lemaire. Léon et son épouse Marguerite au moment de l'interview en novembre 1981

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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 20:15

Jeudi 27 septembre 2018

à 19 heures

 

CONFÉRENCE À CRÉPY-EN-VALOIS

dans le cadre des « jeudis au musée »

Les seigneurs de Crépy-Nanteuil (XIe-XIIIe siècles)

Par Régis MOREAU,

 

Crépy-en-Valois et Nanteuil-le-Haudouin ont été réunis dans un même patronyme durant deux siècles. Les seigneurs de Crépy-Nanteuil ont connu une histoire et un destin surprenants au temps des premiers Capétiens. Tout cela remonte à près d’un millénaire et pourtant leur héritage est encore visible aujourd’hui au cœur de la cité de l’Archerie. Un seul exemple ?Le château de Crépy...devenu Musée de l’Archerie et du Valois.

Régis Moreau vous fera découvrir « in situ » l’histoire d’une famille peu connue et pourtant marquante de l’histoire du Valois. Ce sera également l’occasion de parcourir la surprenante histoire de la seigneurie du « Donjon » de Crépy... dominée par les seigneurs de Nanteuil.

 

L'entrée est toujours libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.
Informations au 03 44 59 21 97

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Venez nombreux!

L'Equipe AEC

 

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8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 16:51

C'est avec émotion que l'AEC a appris le décès de Monsieur Pierre GARNIER, une personne bien connue de Bargny. En début d'année scolaire, M.Garnier était venu au collège témoigner de son enfance à Bargny pendant la Seconde Guerre Mondiale à l'initiative de Laetitia, sa petite-fille et élève de l'AEC. Avec sa disparition ce travail de mémoire prend aujourd'hui tout son sens et son récit restera dans la mémoire familiale mais aussi locale. Laetitia, par son travail a fixé le récit de son grand-père qui, participe à la grande histoire. Un grand bravo à toi Laetitia.

Toute l'Equipe de l'AEC te présente ainsi qu'à toute ta famille ses sincères condoléances.

RECIT DE M.GARNIER. BARGNY

Pierre Garnier est né en 1934 à Lévignen et a dix ans à la Libération. Issu d'une famille d'agriculteurs de 3 enfants, il a un frère et une sœur. Il a gardé en mémoire quelques souvenirs de la guerre à Bargny.

L'EVACUATION :

"A cette époque, j'avais 6-7 ans. On a évacué une première fois entre Meaux et Coulommiers à Bouleurs. Puis, la deuxième fois jusqu'à Giens. On a regroupé les vaches dans une pâture et des soldats français sont passés chez nous et se sont occupés des bêtes. Je ne sais où ils allaient.On est partis avec des chevaux, mon grand-père étant cultivateur. On avait emporté du matériel, des meubles dans des charrettes. Mon grand-père avait fait une cage au-dessous de la charrette pour y mettre des poules. Maman conduisait la C4 et, faute de carburant, on l'a attachée derrière la charrette pour la tracter. En chemin, on a été mitraillé et le pont de Giens a sauté. On a eu juste le temps de passer, sinon on aurait sauté avec. On nous a dit d'aller à Giens car on ne pouvait aller n'importe où. Les Allemands nous doublaient ! Quand j'y pense, c'était incroyable. Mon père était soldat en 1940 dans le Train-Auto à Etain dans la Meuse, mais comme il avait des problèmes au cœur, il a été réformé. Il est donc revenu, sans quoi, il aurait sans doute été fait prisonnier. Il est rentré aux Ponts et Chaussées à Betz situés après le pont SNCF sur la route d'Acy (avant, il était mécanicien à la sucrerie de Vauciennes). Il avait un atelier de réparation, une forge.

L'OCCUPATION :

Les Allemands faisaient des manoeuvres dans les pâtures. Un jour mon père, qui était F.F.I. avec M.Triboulet, avait récupéré des balles et en avait plein les poches. Il n'aurait pas fallu qu'ils se fassent attraper avec ça ! A Bargny, les Allemands ne faisaient que passer, il n' avait pas de cantonnement.

On n'a pas trop manqué durant cette période, comme c'était le cas en ville. Des Parisiens venaient jusqu'ici, en vélo chercher des pommes de terre. Ils nous donnaient de la saccharine contre des pommes de terre, on faisait du troc. On avait des tickets de rationnement pour l'alimentation, les vêtements...

A Bargny, le maire était M.Triboulet, un ancien de 14-18 qui n'aimait pas les « Fridolins ». A la mairie, un panneau en Allemand indiquait « Burgmeister ». Mon grand-père aussi avait fait 14-18, 7 ans d'armée : 3 ans d'active et 4 ans de guerre !. Mon père* quant à lui, n'a pas fait le S.T.O., mais il avait la trouille d'être réquisitionné. Il avait dit aux gendarmes avec qui il était bien, de le prévenir si on venait le chercher. Il se serait alors sauvé par les bois derrière les Ponts et Chaussées. Cependant, on nous a réquisitionné des chevaux, il fallait les amener à Betz à la grille du château. Celui qui en avait 5 ou 6, on lui en prenait 1. Celui qui en avait 10, on lui en prenait 2. Ils étaient ensuite emmenés pour tirer les canons. Mon grand-père n'était pas content, déjà qu'on en avait perdu un durant l'évacuation en forêt de Fontainebleau...

LA LIBERATION (Août 1944-...)

« Quand les Américains sont arrivés, on est descendus sur la place pour les voir passer. C'est Jean Hermant qui nous a prévenu. Les chars arrivaient de Betz et allaient en direction d'Ivors. Olivier Brisset, de Betz était assis sur le devant du char... On a vu passer une vingtaine d'Allemands en vélo. Ils ne savaient plus où aller. Ils se sont arrêtés un moment sous les arbres de la place et sont partis je-ne-sais-où ? Il faisait chaud. Plus tard, il y a eu un capitaine américain qui est resté dans le village de Bargny, il était installé dans une maison de l'actuelle rue de chemin vert chez M.Lavache. Il y avait son bureau. Avant lui, les Américains avaient installé un poste d'observation au sommet du clocher et un bureau dans l'église ! Plusieurs officiers y sont passés. Nous les gamins, on allait les voir et ils nous donnaient des chewing-gums.

Des avions américains mitraillaient des convois allemands sur la RN2. C'étaient des double-queues. Moi, j'avais peur des avions et j'allais me réfugier dans une tranchée derrière la ferme. On avait mis des ballots de paille dessus. Sur la route d'Ivors, il y avait des tas d'obus. Les prisonniers les chargeaient dans des camions américains et allaient les faire sauter dans le blockhaus du Bois de Lévignen. Ça sautait pendant deux ou trois jours. Ils enlevaient les douilles vides et remplissaient. Ces munitions au bord des routes, les Américains n'en avaient plus besoin. C'étaient des gros camions, des semi-remorques.

Des prisonniers allemands sont venus nettoyer le cimetière de Bargny, gardés par d'anciens prisonniers français. A la maison, il y avait une carte au mur que l'on punaisait au fur et à mesure de l'avancée des Américains.

Pas mal de Résistants fabriquaient des pointes pour crever les pneus, c'était pas toujours marrant. Un jour à Gondreville, ils se sont fait attrapés et ont du réparer les pneus. Il y avait pas mal de pseudos FFI..

Les avions américains jetaient des poèmes, des chansons (le Courrier de l'Air), des petits bouquins, ils envoyaient des bandes de papier aluminium pour brouiller les messages. Ils jetaient aussi des réservoirs de 1000 litres lorsqu'ils venaient de bombarder l'Allemagne. Ils se délestaient et ça tombait dans les champs. Certains en ont récupéré, puis découpé pour en faire des barques rondes. Parfois, il y avait une vingtaine d'avions qui passaient, ça faisait un de ces vacarmes, surtout la nuit. Les bombardements de la région parisienne illuminaient le ciel jusqu'ici.

Un avion allemand s'est fait mitraillé et s'est écrasé sur la route d'Ivors, à gauche avant le croisement. Le lendemain, on est allé voir. Il y avait des corps et même que le chien du cousin a bouffé une cervelle !"

Propos recueillis le 20 Octobre 2017.

* Le père de Pierre GARNIER s'appelait aussi Pierre GARNIER. Quelques documents relatifs à sa guerre sont présentés en fin d'article.

 

Un char américain à Bargny. Photo J.Hermant

Un char américain à Bargny. Photo J.Hermant

Documents ayant appartenu à Pierre GARNIER père. Fonds Garnier
Documents ayant appartenu à Pierre GARNIER père. Fonds Garnier

Documents ayant appartenu à Pierre GARNIER père. Fonds Garnier

Un document exceptionnel émanant de l'Ortskommandantur de Lévignen. Coll. famille Garnier

Un document exceptionnel émanant de l'Ortskommandantur de Lévignen. Coll. famille Garnier

Traduction de l'Allemand:

"Le soldat français Garnier, Pierre, né le 10. 01.1909 à Jgny-le-Gard, résidant à Bargny, s'est présenté le 05.07.40 à la "Kommandantur" locale. Il a été renvoyé dans son village d'origine. Il a en effet été renvoyé de l'armée française le 09.01.40 en raison d'un grave problème cardiaque."

Un grand merci à Mme MAUMUS pour la traduction.

L'Equipe AEC

Autre personnalité de Bargny faisant partie de la famille de Laetitia:

Marcel LAMBERT. La famille de Laetitia a conservé de ses ancêtres cultivateurs à Bargny d'autres documents qu'elle propose à l'AEC

Livret militaire et fascicule de mobilisation de Marcel LAMBERT de Bargny
Livret militaire et fascicule de mobilisation de Marcel LAMBERT de Bargny
Livret militaire et fascicule de mobilisation de Marcel LAMBERT de Bargny

Livret militaire et fascicule de mobilisation de Marcel LAMBERT de Bargny

Coll. Famille Garnier

Coll. Famille Garnier

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 20:20

Aujourd'hui,au collège de Betz, c'était un peu le Festival de Cannes! En effet, les élèves de l'AEC accueillaient leurs homologues de Nanteuil, accompagnés de M.Moreau leur professeur d'histoire-géo et de M.Desco leur principal-adjoint.  Une intervention très appréciée pour présenter à  l'AEC le résultat d'un travail de grande qualité, à savoir un docu-fiction sur la Résistance dans le Valois de 19 minutes réalisé dans le cadre du CNRD (Concours National de la Résistance et de la Déportation) intitulé: "Ils se sont engagés, ils étaient de chez nous". En effet, le sujet met en valeur l'engagement et parfois le sacrifice d'hommes et de femmes du Valois durant la Seconde Guerre Mondiale. Ce film, tourné dans des conditions météorologiques parfois difficiles l'hiver dernier met en valeur des personnalités aujourd'hui oubliées telles que Jacques de Kersaint de Versigny, Lucien Vantroys de Nanteuil, le Dr Gilbert de Brégy, Trumel de Silly-le-Long et Patria de la ferme de Fourcheret, le Colonel Fabien, Maurice "Chevance-Bertin".... En partie tournées sur les lieux mêmes des parachutages ou autres actions résistantes, mais aussi au Mémorial de Royallieu, le film mêle images d'archives et scènes tournées par les élèves, non dénuées d'humour. Un travail considérable de recherches historiques, d'initiation au cinéma et une belle leçon de travail de mémoire qui, espérons le permettra aux établissement de la région d'avoir une base de données intéressante sur le sujet.Des interviewes de descendants de Résistants comme Guy-Pierre de Kersaint, Alexis Patria et Claire Vantroys donnent au film un caractère documentaire grâce à la mise à disposition d'archives familiales.

Nous félicitons les élèves du collège Guillaume Cale pour la qualité de ce travail titanesque et nous leur souhaitons tout le succès que ce film mérite et qui constitue une belle leçon d'histoire et de mémoire. Merci à eux d'être venus le présenter aux collégiens de Betz. Nous souhaitons à leur film succès au concours et longue vie à ce beau projet.Un grand meci pour cette intervention en classe.

L'Equipe AEC

Pour compléter le film, lire le livre de André COFFIN, Régis MOREAU et Jean RUSAK: "1939-1945, Nanteuil dans la tourmente, Association Histoire et Archéologie de Nanteuil-le-Haudouin, 2014.

Présentation du film par les acteurs.
Présentation du film par les acteurs.

Présentation du film par les acteurs.

Au fond les principaux-adjoints des deux collèges. Que peuvent-ils se raconter? Des histoires de principaux-adjoints?

Au fond les principaux-adjoints des deux collèges. Que peuvent-ils se raconter? Des histoires de principaux-adjoints?

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 18:02

C'est avec un grand plaisir que l'AEC a tissé un lien avec la commune de Gondreville en la personne de M.Pierre MONGET; féru d'Histoire et en particulier de celle de sa commune: Gondreville. Il nous permet aujourd'hui de publier sur notre blog quelques pages de cette Histoire , notamment celle de 1914-1918 présentées dans les derniers journaux communaux.

Pierre Monget a en outre, avec l'aide de Mme Francioli; répertorié, classé et sauvegardé les archives communales et de l'école restées en Mairie. Un travail considérable mais un beau travail pour l'Histoire. Bravo à eux et encore merci pour ce partenariat.

L'Equipe AEC

Hommage au 1er Régiment de Cuirassiers de passage à Gondreville

Hommage au 1er Régiment de Cuirassiers de passage à Gondreville

ECHOS DE NOS VILLAGES: GONDREVILLE 1914-1918
Les enfants de Gondreville MPLF entre 1914 et 1916

Les enfants de Gondreville MPLF entre 1914 et 1916

1916 à Gondreville

1916 à Gondreville

Hommage à Alexandre DEHAN

Hommage à Alexandre DEHAN

ECHOS DE NOS VILLAGES: GONDREVILLE 1914-1918
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 17:32

Aujourd'hui, nous vous proposons une interview réalisée en 2013 par l'AEC auprès d'un Ancien de Betz; M.Robert HENIN; bien connu des Bessins. Il nous livre son témoignage sur la Seconde Guerre Mondiale qu'il a vécue presque toute entière à Betz.

Qu'il en soit encore une fois chaleureusement remercié.

L'Equipe AEC

M.Robert HENIN

ENFANT DE BETZ TEMOIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

AEC. : M.HENIN ; vous êtes natif de Betz où vous êtes né il y a 85 ans et où vous avez toujours vécu. Vous étiez enfant pendant la guerre. Vous habitiez déjà rue Beauxis-Lagrave. Quels souvenirs vous en reste-t-il ?

1. LA LIGNE CHAUVINEAU

AEC. : Que pouvez-vous nous dire du dispositif de défense de l’Armée Française ?

R.H. : Je me souviens qu’au dessus du calvaire (situé à l’intersection des routes de Crépy et de Bargny) il y avait un gros projecteur. Au sommet de la côte (à l’angle du mur de clôture de la propriété actuelle du Roi du Maroc) l’Armée Française avait construit une cabane qu’on appelait « Manon » ( ?) en flanquement de la portion de fossé antichar qui de l’autre coté de la route allait jusqu’à celle de Bargny. Je ne sais pas si les blockhaus étaient armés, à mon avis ; je ne pense pas.

AEC : Où étaient logés les soldats français ?

R.H. : Les Français étaient, les premiers, logés dans le château. Il y avait aussi des officiers chez des particuliers. Par exemple ; chez le percepteur, rue des Jardins ; il y en avait un. Un jour (peut-être un jeudi) j’étais avec des copains et on traînait dans le coin. L’un d’eux nous dit que si on avait faim, on n’avait qu’à se présenter avec une gamelle à la cantine et qu’on nous donnerait à manger. Alors on y est allé. C’était des gars qui avaient des enfants (les territoriaux). Ils étaient nombreux, il y avait pas moins de 200 bonshommes pour finir les tranchées (fossés antichars). Je ne les ai pas vu faire mais quand on allait au jardin (sur les Mortas ; pièce de terre, verger situé sur l’actuel stade), on les voyait avec ma mère et puis c’est tout, on ne traînait pas la journée. Le fossé avait, côté parc ,un plan vertical et coté plaine un plan incliné. Il y avait des poteaux pour retenir la terre. Il y avait beaucoup de main d’oeuvre pour construire les blockhaus. Je ne les ai pas vu construire, mais dans le verger que nous avions avec ma mère route de Macquelines, il y avait des bétonneuses. C’était assez simple, ils mettaient un sac de ciment et 3 sacs de gravillons, c’était pas comme aujourd’hui ! Les soldats avaient installé une petite ligne de chemin de fer (sans doute type Decauville) avec des wagonnets pour transporter les matériaux jusqu’au mur du parc où il y avait un blockhaus. Ce terrain était composé d’un carré de verger et d’un carré de terre. Des tétraèdres avaient également été installés dans la rue pour barrer l’accès.

2. L’EVACUATION

R.H. : Nous ; on était des gamins, j’avais 14 ans et je me souviens que ma mère préparait des habits pour partir, quand des gradés, des officiers arrivèrent à la maison et demandèrent à ma mère si nous partions. Elle répondit que oui, alors ils allaient installer un canon dans notre maison à la fenêtre. Ils installèrent dehors des sacs à terre. Puis on est parti. Certainement que ça n’a pas été installé .En tout cas les « Boches » approchaient.

AEC. : Où êtes-vous partis ?

R.H. : C’est un cultivateur qui nous a emmené et on est allé jusqu’à Melun. Ensuite on a pris le train et on est allé en Bretagne, au bord de la mer à Penestin. Il y avait Simon (Novakowski) qui était là aussi. Et d’autres de Betz. Après, l’Armistice a été signé et de là on est allé à Laval ?et à Malestroit. Après les « Boches » sont arrivés, on est rentrés. Mon père travaillait à Paris et il est parti en vélo jusque dans le Midi. Quand on est rentrés, la moisson était finie. On a eu des Réfugiés qui venaient du Havre et on en a même eu qui sont restés définitivement à Betz, ils y ont trouvé du travail.

3. BETZ A L’HEURE ALLEMANDE

AEC. : Que savez-vous du bombardement de la gare de Betz en 1940 ?

R.H. : Les Allemands ont bombardé et un homme a été tué sous le pont du chemin de fer ainsi qu’un cheval

AEC. : Racontez-nous les Allemands à Betz.

R.H. : Il y avait la Kommandantur chez M.Petit le notaire au début, puis ils se sont installés au Château chez Mme Vincent. Ils y sont restés jusqu’à la fin. Pour moi c’étaient des jeunes qui faisaient leur classe ici pour aller en suite en Russie ou ailleurs. Moi j’avais 14 ans et je songeai à travailler. Mme Vincent avait des jardiniers et elle m’a demandé si je voulais travailler avec un chef jardinier, alors j’ai travaillé à la résidence. Puis, il y eut d’autres jardiniers. A la mort de Mme Vincent, je suis entré chez M.Garnier jusqu’à temps qu’il arrête, puis je suis retourné travailler au Château à l’entretien du parc. Je le connais comme ma poche. Le couvre-feu était à 21h et c’était comme çà. Il y avait des patrouilles. Le pire était celui qui passait dans la rue en scooter( ?). S’il vous topait dans la rue, il n’y avait pas de pardon, vous partiez à la Kommandantur tout de suite ! Tout le monde faisait attention.

A la ferme du Bois-Milon, il y avait des « Mongols », il y en avait aussi dans le parc du Moulin, la propriété rue Beauxis-Lagrave qui campaient. (Il s’agit vraisemblablement de soldats qu’on appelait les Kalmouks (soldats réquisitionnés par les Allemands originaires d’Asie Centrale.)

AEC. : Avez-vous eu des problèmes avec les Allemands ?

R.H. : Un jour avec un copain qui travaillait comme moi au château, on est allé traîner dedans et on a pris des affaires de soldats et des bricoles .Une voiture d’Allemands qui montait vers Crépy nous a fait jeter toutes les affaires !! On était des gamins, mais je m’en rappelle encore. On a eu peur car on ne savait pas ce qui aurait pu nous arriver. Mon père, qui était serrurier, a été appelé par un officier pour qu’il ressoude sa croix de guerre. Le jour dit, il ne l’a pas fait ; le lendemain non plus. L’officier lui dit que si le surlendemain elle n’était pas faite c’était pour lui la Kommandantur. Alors il l’a faite.

AEC. : Est-ce qu’on pouvait circuler librement ?

R.H. : Oui, admettons que vous vouliez aller à Crépy à pieds ; les « Boches » ne vous arrêtaient pas. Ou alors s’ils avaient des doutes.

4. LA LIBERATION DE BETZ ET LES AMERICAINS

AEC. : Parlez-nous des Américains.

R.H. : Je me rappelle les avoir vus arriver. C’était un lundi matin ! Ils sont arrivés par Acy, il était environ 10h du matin. Il y avait 2 petits tanks allemands dans la rue et un camion au château qui partaient et peu après les Américains arrivaient. Les chars (allemands ? Américains ? ) en manoeuvrant après l’église dans la rue Beauxis-Lagrave avaient leur canon qui touchaient les murs des maisons. A coté il y avait la maison de Gaston Pénot le peintre. Les Américains ont succédé aux Allemands à la propriété et sont restés jusqu’en 1945 (?)

Je me souviens que les Américains avaient fait une démonstration avec du matériel. Ils avaient eux aussi installé un projecteur sur la route de Crépy en face l’ancien château d’eau (fourche route de Macquelines ?).La nuit ; lorsqu’un avion passait, un soldat déclenchait le projecteur qui avait une forte intensité et qui illuminait tout. On voyait alors très bien l’avion. Il n’a pas cherché longtemps, il était tout de suite éclairé. Il y avait un camion avec une génératrice et ce phare énorme. Pour moi c’était une démonstration des Américains.

A la gare, c’était certainement leur dépôt de ravitaillement, ils avaient du réquisitionner la halle de la gare, du moins je pense que ça devait être comme ça. Je me souviens aussi que sur le bord de la route de Crépy, il y avait des stocks d’obus disposés là. J’en avais récupéré un ! Il y en avait aussi sur la route de Bargny et de la poudre même. On en a fait sauter un, les flammes ont failli toucher les lignes à haute tension ! Plus loin, il y avait une caisse avec des amorces dedans dans des petites boîtes de conserve. Toutes les munitions (qu’ils ne voulaient pas ramener en Amérique ?) ils en avaient fait un dépôt dans un blockhaus. Des fois le dimanche on y allait traîner. Puis, ils ont fait sauter le blockhaus.(Ce blockhaus se trouve à l’entrée du bois en allant de Betz à Lévignen. Un chemin forestier y accède sur le coté gauche en face la petite route menant à Bargny sur la droite).C’étaient des prisonniers allemands qui devaient faire ça. Du temps des Américains, il y avait à la propriété un jardinier « boche » avec lequel j’ai travaillé, il faisait des légumes, certainement pour le camp de Gondreville. M.Clément de la Ferme du Bois Milon donnait de la terre pour la propriété. Dans les « boches », il y avait aussi des mécaniciens. Il y avait 2 gros camions de prisonniers qui venaient à Betz. Il y avait toujours quelque chose à faire, des camions à réparer. Le plus drôle c’est que certains prisonniers montaient la garde au château avec une matraque !

En effet, les Américains avaient un camp à Gondreville .Un grand camp. Je ne sais pas où précisemment. Je ne l’ai pas vu.

AEC. : Y a-t-il eu des Résistants à Betz ?

R.H. : Non, par contre à Lévignen oui.

AEC. : Le ravitaillement est-il difficile ?

R.H. : Vous savez, nous, on avait notre jardin. Puis, on allait dans des fermes acheter du blé qu’on broyait dans le moulin à café. A la campagne, on arrivait mieux à se débrouiller qu’en ville.

AEC. : Finalement en restant à Betz, vous avez vu successivement les Français d’abord, puis les Allemands et enfin les Américains !

Propos recueillis en 2013

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 08:11

Mon grand père, Victor Carré (1929-2010) était originaire de Bouillancy. Reconnu dans toute la région, son travail de maréchal-ferrant a été plusieurs fois récompensé par des médailles et des coupes. Dans les années 1955,il est passé progressivement vers l'activité de forgeron et il a commencé à fabriquer des portails, grilles de fenêtres etc... que l'ont peut encore voir dans nos villages. A la fin de sa carrière, Victor a fait don de son matériel au musée du cheval à Sacy-le-Grand. Le 7 mars 2002, Mon grand père a été interviewé par Marcel Mavré pour son livre " Attelages et Attelées " paru en 2004 aux éditions France Agricole. On peut retrouver son témoignage page 170 sur le lien ci dessous.

Axel élève de l'A.E.C

Betz le 12 Janvier 2016

Axel rend hommage à son grand-père maréchal-ferrant
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 09:30

Nous avons le plaisir d'accueillir dans nos bibliothèques un nouvel ouvrage sur les combats de septembre 1914 dans notre région. Il s'agit de la publication des travaux de Pierre LE MOULT historien de Bouillancy décédé en 2009 sous le titre de

                                            "1914 BATAILLE DU MULTIEN" aux éditions MLM..

Il s'agit d'un livret de 110 pages de format 21X14.5 cm disponible au tarif de 14 euros.

Pour toute commande: contactez M.Abran au collège Marcel Pagnol de Betz au 03 44 87 20 47

 

                                                         Livre-Bataille-du-Multien.jpg

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 17:16

Aujourd'hui, l'AEC propose à nos lecteurs un article d'H.Charriaut intéressant issu du journal "Les Annales"publié après la Bataille de la Marne. Entre récit et propagande. Bonne lecture                                                                     

                                              les-Annales-thury-copie-1.jpg                  

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Présentation

  • : Le blog de l'AEC"Archéo-Blockhaus" du collège de Betz
  • : Ce blog a pour but de présenter les travaux effectués par un groupe d'élèves volontaires de 3e participant à une Action Educative et Culturelle (AEC) autour de la ligne Chauvineau et plus largement dans le Valois
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