Ce blog a pour but de présenter les travaux effectués par un groupe d'élèves volontaires de 3e participant à une Action Educative et Culturelle (AEC) autour de la ligne Chauvineau et plus largement dans le Valois
C'est à l'invitation de la municipalité d'Autheuil-en-Valois que cette année l'AEC commémore le 11 novembre dans cette petite commune à l'indéniable charme. Une commune qui, entre 1914-1918, sans être au cœur des combats, n'en est pas moins demeurée dans une proximité. En effet, lors de la bataille de l'Ourcq en septembre 1914 et plus encore lors de la dernière offensive de l'été 1918, Autheuil a été fortement impactée. C'est la raison pour laquelle, il était intéressant et nécessaire de se pencher sur l'histoire de la commune à l'épreuve de la Grande Guerre à l'occasion des cérémonies du 11 novembre 2025.
Les élèves de l'AEC ont alors pu faire des lectures publiques, un exercice toujours difficile, au monument aux morts d'abord pour rendre hommage aux jeunes de la commune "Morts pour la France", puis au carré militaire situé au cimetière communal pour un hommage aux soldats inhumés là et qui venaient de toute la France. Enfin, pour la première fois, un hommage inédit a été rendu aux femmes d'Autheuil, femmes et mères de soldats qui, ici, ont payé un très lourd tribut à la guerre. Une exposition 14-18 et un pot de l'amitié ont cloturé cette cérémonie dans une ambiance conviviale.
Une belle cérémonie grâce à l'implication des élèves, à la confiance de la municipalité et à la présence de nombreux parents d'élèves, Anciens de l'AEC, habitants de la commune, organisateurs de l'exposition, enseignants du collège sans oublier la Direction du collège; Mme Saverimoutou et M.Fabbroni. Que tous soient remerciés chaleureusement.
L'Équipe AEC
Autheuil est un village, qui comme des centaines d’autres, a été impacté par la Grande Guerre. A lui seul, il en est un concentré. Une jeunesse sacrifiée, des fratries décimées, mais aussi des soldats venus de toute la France défendre la Patrie et mourir pour elle. Et puis, il y a celles qui n’ont pas de monuments, ni plaques témoignant de leur souffrance : les femmes d’Autheuil; à qui nous voulons rendre l’hommage qu’elles n’ont jamais eu.
Les premières lectures au monument aux morts: Léane, Thomas, Christopher, Travis, Clément, Jade et Tahia.
Quelques fiches militaires de soldats d'Autheuil "Morts pour la France" Source: SGA Mémoire des Hommes
Une étude menée sur 18 des soldats inscrits au MAM laisse apparaître que :
-L’âge moyen de la mort de ces soldats est de 27 ans (5 avaient 21 ans, 1 avait 20 ans, les 2 plus vieux avaient 46 ans)
- 10 étaient natifs d’Autheuil. Les autres de communes voisines (3 de Thury, 1 de Marolles, 1 de Mareuil, 3 de communes de l’Aisne non loin) - 5 sont enterrés au carré militaire : les Ferrant / Tuffin et Régnaut - Certains corps ont été rapatriés dans les caveaux de famille tels que ceux de Gilant et Lourdelet. - D’autres reposent dans les nécropoles nationales proches de leur lieu de décès.
- 6 sont morts en 1914, 6 en 1915, 3 en 1916, 1 en 1917 et 1 en 1919. Aucun en 1918.
- 8 étaient dans l’infanterie dont 3 au 132ème régiment d’infanterie, 2 au 161ème et 2 au 106ème. Les autres étaient dans l’artillerie : Cuirassier, Chasseur. A noter un civil.
- 10 étaient agriculteurs (mentions d’ouvriers agricoles chez Gibert, charretier, charron, manouvrier). On a aussi un terrassier, un bûcheron, un chau eur, un maréchal-ferrant et un livreur.
-La plupart des grandes batailles de la Grande Guerre sont représentées : Verdun : 2, l’Aisne, l’Artois, la Champagne (la ferme de Navarin), le Chemin des Dames, l’Argonne (la tranchée de Calonne). A noter que 3 sont décédés de maladie dans des hôpitaux (dont 1 certainement de la grippe espagnole), le civil tué par représailles allemandes lors de la retraite allemande du 11 septembre 1914. 1 a été fait prisonnier et évacué, 2 ont été portés disparus, certains sont morts de leur blessure dans un hôpital. C’est le cas d’André LIBRE).
-4 ont reçu une citation avec croix de guerre pour 3 d’entre eux (les frères Gallet et Melin) et un avec médaille militaire (Paul-Adrien Farrant). Paul Gallet a eu les 2.
-Parmi les soldats du contingent 1893, en plus de Farrant et Lourdelet, d’autres jeunes d’Autheuil furent mobilisés mais furent épargnés. Il s’agit de :
Marcel POTIER : né le 2 mars 1893 à Autheuil, maçon de métier. Marcel fut blessé à l’arcade sourcilière et hospitalisé en 1917. Soldat courageux et brave, il reçut une citation et la croix de guerre avec étoile de bronze. Il survécut à la guerre.
Henri PLOCQ, né lui aussi en 1893 à Autheuil, cultivateur, fut évacué une première fois pour maladie puis une seconde pour contusion du genou. Lui aussi fut cité à l’ordre du régiment pour sa bravoure et reçut la croix de guerre avec étoile de bronze.Ces jeunes ont survécu à la guerre mais ont dû continuer à vivre avec… Ce ne fut pas le cas de:
Marcel GODARD. Marcel habite aussi à Billemont. Fils de Jules Godard et Léonie Boutrelle, il est né le 20 décembre 1893 à Marolles et est ouvrier agricole. Sa nature chétive lui vaudra d’être réformé pour scoliose prononcée. Il décède de 11 décembre 1918 à Marolles.
2ème étape de la cérémonie au carré militaire avec les lectures d'Amy, Clément, Mattéo (habitant d'Autheuil), Maxymilian et Amin
Certaines communes proches de la zone des combats possèdent un carré militaire. C’est le cas d’Autheuil qui est en 1918 à moins de 10 kilomètres des combats alors dans le hameau de Mosloy, à la Ferté-Milon. Les recherches historiques menées sur les 20 soldats inhumés au carré militaire révèlent que : 4 soldats d’Autheuil ont été adjoints aux morts de 1918 : il s’agit des frères FARRANT – TUFFIN dont la famille a entrepris des démarches pour qu’ils soient enterrés ensemble et dans le carré militaire. Sur les 20 : 17 appartenaient au 110ème Régiment d’Infanterie. 13 d’entre eux avaient moins de 25 ans. La grande majorité de ces jeunes soldats sont morts lors de la bataille de Moslov, soit 13 sur les 20. 2 sont mort à Bourneville 2 à La Ferté-Milon 2 à Villers-Cotterêts Et 1 à Autheuil. Les soldats sont tous morts entre le 31 mai et le 14 juillet 1918 et la moitié dans les journées comprises entre le 19 et le 30 juin. Ces soldats venaient de toute la France. De nombreux départements sont concernés : - Le Nord : 4 soldats - Le Pas-de-Calais : 2 puis - L’Allier - La Sarthe - Le Var - La Loire - Les Hautes-Pyrénées - La Meurthe-et-Moselle - Le Finistère - Le Lot - L’Aisne - La Vendée - Le Morbihan - La Mayenne - Les Vosges Et même un soldat originaire de l’Oise.
AUTHEUIL EN VALOIS: CARRÉ MILITAIRE
Nombreux soldats tombés lors des combats de la ferme de Mosloy près de La Ferté-Milon en juin 1918 et lors des combats de Bourneville
BADTS Marcel Maurice
Né le 18 mars 1896 à Dunkerque (Rosendaël)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Dunkerque
Mort pour la France le 6 juin 1918 à Bourneville (Marolles) à l’âge de 22 ans
BATILLAT Benoît
Né le 8 août 1893 à Saligny-sur-Roudon (03)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Montluçon
Blessé le 4 juillet 1915 à Mesnil-les-Hurlus (Marne)
Mort pour la France le 19 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 24 ans
BAUDENS Charles Léon
Né le 23 juin 1878 à Lynde (Nord)
Conducteur au 1er E.T.E.M. (Escadron du Train des Équipages Militaires)
Citation à l’ordre de la division. Croix de guerre avec Étoile de bronze.
Mort pour la France le 12 juin 1918 à Villers-Cotterêts à l’âge de 39 ans
BENOIS Auguste Paul
Né le 25 février 1883 à La Chapelle-St-Rémy (Sarthe)
Sergent au 110ème R.I. 5ème Cie, 2ème bataillon au recrutement de Mamers (Sarthe)
Mort pour la France le 2 juillet 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 35 ans
BERTOLOTTO Louis Joseph
Né le 7 mars 1898 à Toulon (Var)
Soldat au 110ème R.I. 7ème Cie au recrutement de Toulon
Mort pour la France le 5 juillet 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 20 ans
BLONDEL Eugène Désiré
Né le 19 janvier 1880 à Noailles (Oise)
Métier : coiffeur
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Beauvais
Mort pour la France le 30 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 38 ans.
BUCHET Augustin Jean
Né le 19 mars 1887 à Belmont-de-la-Loire (Loire)
Caporal au 110ème R.I. de Roanne. Médaille militaire. Croix de guerre avec étoile de bronze
Mort pour la France le 14 juillet 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 31 ans
DARQUE Bernard Gabriel
Né le 14 mars 1898 à Ordizan (Hautes Pyrénées)
Soldat au 110ème R.I. de Tarbes
Mort pour la France le 30 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 20 ans
DUMET Georges François
Né le 17 septembre 1875 à Lemainville (Meurthe-et-Moselle)
Soldat au 23ème S.C.O.A. (Section des Commis et Ouvriers d’Administration)
Mort pour la France le 31 mai 1918 à Autheuil-en-Valois par balles de mitrailleuse à l’âge de 42 ans
GUYADER Jean-François
Né le 3 juillet 1896 à Plougasnou (Finistère)
Caporal au 110ème R.I. au recrutement de Brest. Citation à l’ordre du régiment
Mort pour la France le 5 juillet 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 22 ans
LACOSTE Marius
Né le 17 novembre 1897 à Felzins (Lot)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Cahors
Mort pour la France le 21 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 20 ans
LAGACHE Henri Louis
Né le 20 janvier 1893 à Verwicq-Sud (Nord)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Lille. Blessé à Craonne en 1917
Mort pour la France le 20 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 25 ans
LECONTE Jules Nicomède
Né le 16 mai 1895 à Lesquielles-St-Germain (02)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de St Quentin. Citation à l’ordre du régiment
Mort pour la France le 30 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 23 ans
LEDUCQ Henri Alexandre
Né le 27 mars 1895 à St-Omer-Capelle (Pas-de-Calais)
Métier : domestique de ferme
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de St-Omer. Citation à l’ordre du régiment.
Mort pour la France le 26 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 23 ans
MANIER Paul Georges
Né le 15 juillet 1895 à Affringues (Pas-de-Calais)
Métier : Manouvrier
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de St-Omer
Mort pour la France le 12 juin 1918 à St-Waast-de-Longmont (Oise) Il s’agirait plutôt de la rue Saint-Waast à la Ferté-Milon ? à l’âge de 22 ans
PAQUEREAU Jean
Né le 28 octobre 1880 à Saint-Michel-Mont-Mercure (Vendée)
Métier : Cultivateur
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Fontenay-le-Comte
Mort pour la France le 10 juillet 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 37 ans
PERRUCHOT Paul Marie
Né le 25 janvier 1895 à Tréhorenteuc (Morbihan)
Métier : Laboureur
Soldat au 110ème R.I. du recrutement de Vannes
Mort pour la France le 27 juin 1918 au hameau de Mosloy à la Ferté-Milon à l’âge de 23 ans
ROUCHAUSSE Isidore
Né le 2 juillet 1897 à Ruillé-le-Gravelais (Mayenne)
Sapeur au 6ème Régiment du Génie au recrutement de Laval. 2 Citations à l'ordre du régiment et de la division
Croix de guerre avec étoile de bronze
Métier : Charron
Mort pour la France le 12 juillet 1918 à Villers-Cotterêts. Route de Dampleux à l'âge de 21 ans.
THIBEAU Maurice Antoine
Né le 3 décembre 1892 à Roubaix (Nord)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement de Lille. Croix de guerre.
Mort pour la France le 6 juin 1918 à Bourneville à l'âge de 29 ans
WAGNER Charles
Né le 23 décembre 1896 à Thaon-les-Vosges (Vosges)
Soldat au 110ème R.I. au recrutement d'Épinal
Mort pour la France le 26 juin 1918 à la Ferté-Milon à l'âge de 21 ans
3ème étape: hommage rendu aux femmes d'Autheuil par Mme Wargnier, Loriane, Éléange, Assafa, Amy, Faustine et Célia.
Les commémorations sont des moments forts qui célèbrent la mémoire des soldats morts pour la France dont les noms sont gravés à jamais sur nos monuments aux morts. Mais qu’en est-il de celles et ceux qui ont été meurtris dans le cœur et leur chair. Nous proposons d’associer aujourd’hui à notre commémoration les mères, les épouses et fiancées dont la vie a été brisée par la perte d’être chers. Autheuil est de ces communes où les femmes ont particulièrement souffert. Rendons hommage à :
Joséphine FARRANT née TUFFIN en 1866 et décédée dans les années 1920. Joséphine a 20 ans lorsqu’elle donne naissance à André en 1887 et deux ans plus tard à Gabriel. Elle n’était pas encore mariée. Toujours est-il qu’en 1891, elle se marie avec Joseph FARRANT qui ne tardera pas à reconnaître les enfants Tu in. Avec Joseph, elle aura 5 autres garçons, soit 7 en tout. Ce fut Paul-Adrien en 1893, Lucien en 98, Joseph en 1901, Albéric en 1904 et enfin Albert en 1909. Sur ses 7 garçons, 4 seront tués et un 5ème aurait été mutilé en manipulant un obus. Les Farrant habitent Grande Rue à Billemont. Joséphine décède entre 1921 et 1926.
Ernestine BOURGEOIS née PETIT Le sort d’Ernestine a été cruel. Née en 1846, elle a 36 ans quand son époux Louis décède en 1883, à l’âge de 47 ans. Elle se retrouve alors avec deux enfants, Adolphe 15 ans et le petit dernier, Edouard, nouveau-né de 3 mois et demi. La mort lui avait déjà enlevé ses deux filles : Louisa qui n’avait que 4 ans et Sophie née et décédée en 1874. La guerre lui enlèvera ses 2 garçons à trois mois d’intervalle en 1915. Notons qu’Edouard s’était marié avec Véronique Verrier en 1908. Celle-ci se retrouve à son tour veuve avec 3 garçons âgés de 5, 4 et 1 an à élever et nourrir. Véronique se remariera en 1921 avec Marceau Lebon. Il en fut de même pour:
Louise GALLET née BAGNODÉ Louise est la mère d’Eugène et Paul GALLET ainsi que d’Eugène Auguste écrit au MAM de Bouillancy, tous 3 tués lors de la Première Guerre Mondiale. Louise est née en 1859 à Marizy Ste-Geneviève (Aisne) et est coutrière de métier. Elle est mariée à Lucien Gallet, berger à Marizy. Ensemble, ils ont 8 garçons et 1 fille, dont le premier à 16 ans. Entre 1891 et 1896, la famille s’installe à Marolles, puis à Autheuil. Elle est décédée le 23 novembre 1915 à Bouillancy après avoir vécu la mort de ses deux fils, Paul fin 1914 et Eugène en juin 1915. Un 3ème décèdera en 1916 laissant, on l’imagine, leur père Lucien dans le désarroi. Celui-ci mourra en 1921 et aura vu disparaître 3 de ses fils à la guerre et sa femme. Notons que leurs 5 autres fils ont été aussi mobilisés… Le même destin cruel fut celui de:
Louise Marie LIBRE née GOURLOT Marie est née en 1856 à Autheuil et a vu ses 3 fils mobilisés et partir à la guerre dont des jumeaux. L’un deux et le petit dernier mourront à la guerre. Son mari Clément est également décédé en 1916. Elle est encore au recensement de 1921 à Autheuil où elle tient un débit de boissons avec deux de ses petits-fils. Elle meurt en 1925.