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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 17:11
Consternation à Betz...

C'est avec une profonde indignation que nous avons découvert ce lundi matin 14 septembre 2020 notre blockhaus taggé. L'écoeurement le dispute à la colère face à cet acte de mépris envers les soldats qui ont construit la ligne Chauvineau, mépris envers les élèves de l'AEC qui, depuis 15 ans oeuvrent à sa remise en valeur. Cet acte de vandalisme gratuit est le fruit de la bêtise et de l'ignorance. Il nous conforte que l'éducation est le plus solide des remparts contre ces agissements et nous rend plus fort dans notre volonté de faire connaître, expliquer le passé. A la question "Mais qu'ont-ils donc dans la tête pour faire ça?" Nous pensons que la réponse est dans les dessins qui parlent d'eux-mêmes!

L'Equipe AEC

Consternation à Betz...
Consternation à Betz...
Consternation à Betz...

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 18:30
La génération masquée de l'AEC!

La génération masquée de l'AEC!

C'est par un beau soleil estival que le nouveau groupe de l'AEC s'est retrouvé au blockhaus de la route de Macquelines pour la traditionnelle photo de début d'année. Pour l'occasion, le groupe portait le masque de rigueur. Pour la 15ème année consécutive, une vingtaine d'élèves volontaires ont répondu présents pour tenter l'aventure. Coté encadrement, c'est Mme Wargnier qui cette année accompagne le groupe. Nous lui souhaitons la bienvenue. Ce ne sont pas les idées d'activités qui manquent et souhaitons que ce nouvel opus ne connaîtra pas la mésaventure vécue l'an passé par l'épisode 14, à savoir le confinement qui a stoppé net toutes les activités. Notons que cette génération nouvelle a l'âge de l'AEC: 14 ans. 

Bienvenue à Léa L-G. Zoé, Mathis, Brandon,Baptiste, Even,Johanne, Samuel,Léa C., Noé, Léo, Fanny, Loriane, Lilas, Cléa, Auriane, Samuel B., Alex, Anouck et Tiffanie!

L'Equipe AEC

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 11:36

C'était un projet scolaire de maquette de la ligne Chauvineau que l'AEC avait imaginé, en collaboration avec Joël DEROCHE, modéliste ferroviaire. La crise sanitaire et son confinement en ont décidé autrement, en tout cas du point de vue pédagogique. De quoi s'agissait-il? L'idée était de restituer une portion de la ligne Chauvineau telle qu'elle était en 1939-1940 dans le secteur de Betz-Macquelines en réalisant un diorama, ou une maquette géante à l'échelle 1/87è. Les plaques étaient prêtes et installées en salle de Technologie, les premiers tracés des routes et des emplacements des habitats pensés, quant tout à coup le projet fut interrompu mi-mars pour ne plus être mené, du moins par les élèves qui en furent très déçus. Car, si le confinement a mis fin à leur action, il a en revanche, permis à Joël de se mettre à l'ouvrage, deux mois durant, avec la passion et les compétences qu'on lui connaît. Au final, le diorama a été réalisé, dans ses moindres détails offrant à l'AEC mais aussi, à la commune, aux associations locales, un outil pédagogique utile à la compréhension de la ligne Chauvineau. Chapeau Joël!

Le diorama sera présenté en septembre à la salle polyvalente de Betz dans le cadre d'une exposition sur le patrimoine ferroviaire. A voir donc. En attendant voici ci-dessous quelques photos.

L'Equipe AEC

Le hameau de Macquelines en 1939-1940
Le hameau de Macquelines en 1939-1940

Le hameau de Macquelines en 1939-1940

Les blockhaus
Les blockhaus

Les blockhaus

Le fossé antichar
Le fossé antichar

Le fossé antichar

Le Diorama de la ligne Chauvineau par Joël DEROCHE
Le Diorama de la ligne Chauvineau par Joël DEROCHE

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 16:28
Télégramme de la sous-préfecture aux mairies organisant le départ des habitants du Valois vers le Morbihan. ADO

Télégramme de la sous-préfecture aux mairies organisant le départ des habitants du Valois vers le Morbihan. ADO

Face à l'attaque surprise de l'armée allemande et la percée de Sedan, les populations du nord de la France fuient comme en 1914. C'est l'Exode. Comme partout dans notre département, les cantons ruraux de Nanteuil, Betz et Crépy-en-Valois se vident également de leurs habitants en deux vagues successives en ce printemps 1940. La première évacuation a lieu du 22 au 25 mai 1940 et pousse les habitants à prendre la route en direction du sud en compagnie de réfugiés venant pour beaucoup du Havre. Mais, ce n’est qu’une fausse alerte et finalement, au bout de trois à quatre jours, l’exode prend fin, pour une population qui n’est pas allée au-delà des frontières départementales ou, tout au plus en Seine-et-Marne.

La deuxième évacuation, plus longue et plus lointaine pousse les Valoisiens en dehors de l’Oise vers le sud et l’ouest, selon les directives préfectorales, notamment vers le Morbihan. Elle a lieu entre le 9 et le 19 juin.  La fuite éperdue des réfugiés a pour but de passer la Loire et d’éviter les griffes de l’ennemi qui les talonne. Franchir le pont de Gien, de Montargis et d’autres cités ligériennes devient alors une obsession que rendent nécessaires les mitraillages des stukas qui sèment la terreur et la mort dans les convois. Mais, après des jours de marche dans des conditions de voyage éprouvantes, force est alors de constater que l’ennemi les a rattrapés voire dépassés. Rien ne servait plus alors de courir, il fallait faire le voyage de retour la mort dans l’âme. D’autres, plus chanceux ont pu, plus promptement, en train ou en voiture rejoindre famille et amis dans le sud et l’ouest.

Quelques acteurs de cet épisode de la guerre ont accepté de témoigner. Beaucoup étaient encore des enfants ou des adolescents, marqués à jamais par la peur, le désarroi et l’incompréhension (d’où des approximations que l’historien corrigera). En voici quelques extraits.

Comme partout dans notre département, les cantons ruraux de Nanteuil, Betz et Crépy-en-Valois se vident également de leurs habitants en deux vagues successives en ce printemps 1940. La première évacuation a lieu du 22 au 25 mai 1940 et pousse les habitants à prendre la route en direction du sud en compagnie de réfugiés venant pour beaucoup du Havre. Mais, ce n’est qu’une fausse alerte et finalement, au bout de trois à quatre jours, l’exode prend fin, pour une population qui n’est pas allée au-delà des frontières départementales ou, tout au plus en Seine-et-Marne.

La deuxième évacuation, plus longue et plus lointaine pousse les Valoisiens en dehors de l’Oise vers le sud et l’ouest, selon les directives préfectorales, notamment vers le Morbihan. Elle a lieu entre le 9 et le 19 juin.  La fuite éperdue des réfugiés a pour but de passer la Loire et d’éviter les griffes de l’ennemi qui les talonne. Franchir le pont de Gien, de Montargis et d’autres cités ligériennes devient alors une obsession que rendent nécessaires les mitraillages des stukas qui sèment la terreur et la mort dans les convois. Mais, après des jours de marche dans des conditions de voyage éprouvantes, force est alors de constater que l’ennemi les a rattrapés voire dépassés. Rien ne servait plus alors de courir, il fallait faire le voyage de retour la mort dans l’âme. D’autres, plus chanceux ont pu, plus promptement, en train ou en voiture rejoindre famille et amis dans le sud et l’ouest.

Quelques acteurs de cet épisode de la guerre ont accepté de témoigner. Beaucoup étaient encore des enfants ou des adolescents, marqués à jamais par la peur, le désarroi et l’incompréhension (d’où des approximations que l’historien corrigera). En voici quelques extraits.

 

« J’étais en pension au collège St-Joseph de Pont-St-Maxence et, au moment où ça allait mal, je suis revenu ici à Boissy. Puis on est parti en exode. On devait retrouver ma mère et mes sœurs qui étaient parties mais on ne les a pas retrouvées. Puis, mon père a acheté un tandem et on est revenu tous les deux en tandem avec sur le porte-bagages une boîte à gâteaux dans laquelle on mettait nos victuailles. Au hasard des villes qu’on a traversées, il y avait des ponts qui avaient sauté et des cadavres d’Allemands étalés autour. Pendant l’Exode, j’ai vu, vers Melun des voitures abandonnées car il n’y avait plus d’essence et de beaux avions Potel 63 au beau milieu d’un champ, abandonnés eux aussi. Ils n’avaient pas tellement volé, ils étaient tout neufs. »

                                                                           Robert MICHON,13 ans. BOISSY-FRESNOY

 

« Après un bref retour à Boissy, il a fallu repartir, pour Gien, cette fois-ci, durant une quinzaine de jours. Les bombardements étant incessants, il fallait se mettre à l’abri dans les fossés et y dormir également. Avant d’arriver à Gien, la famille s’est arrêtée dans un pré, à proximité d’une gare où un camp avait été monté. Arrivée au terme de ce voyage forcé, la famille Boucher s’est logée à Gien dans le sous-sol d’une maison.

Au retour de cet exode, toute la famille est revenue à Boissy et a découvert que leur maison avait été pillée. Dans la rue de l’épicerie, il ne restait plus que très peu d’habitants. Il a fallu alors recommencer à zéro. »

                                                                          Jacques BOUCHER, BOISSY-FRESNOY

 

« Nous, nous n’avons pas évacué avec le village mais à part. Tout le monde est parti à part le berger qui a été tué à l’Orme entre Thury-en-Valois et Mareuil sur Ourcq. Nous étions une famille nombreuse de huit. Et quand mon père, au mois de mai 1940 a senti que le moment était venu, on est parti chez un oncle à Angerville et de là, dans le midi dans de la famille, au Rozier ; au Nord de Toulouse dans une propriété qui appartenait à des cousins germains et qui pouvaient nous loger car on arrivait quand même nombreux. Comme j’étais l’aîné, je faisais la navette avec ma mère pour aller voir mon père. Ce qui m’a frappé alors que j’étais enfant c’était de voir des parents pleurer. Quitter la ferme, tout ouverte, les vaches dehors. La première étape était Melun puis Etampes puis Le Rozier. J’ai assisté à la première évacuation le 22 Mai jusqu’à St-Soupplets et sommes revenus le jour même, ou le lendemain et, à la deuxième trois semaines après ; le 9 juin et les habitants sont revenus le 30 Juin. Ils sont allés jusqu’à la Loire à Françay (à 20 km à l’Ouest de Blois près d’Herbault). Les chevaux avaient fait 222 kms en 6 jours ! Et il y avait près de 10 tracteurs à chenilles ! des chenilles plates qui sur la route faisaient des bruits de tanks ! Ils n’ont pas pu passer la Loire car le pont de Gien avait sauté. Avant de partir, on avait enterré tous les poteaux indicateurs. Autre anecdote, on a enterré tous les fûts de vin, ici il y avait des barriques de 300 litres, on a enterré de la vaisselle, qu’on a retrouvée au retour. Mon père est resté au village à la ferme avec un vieil invalide retraité et comme il était adjoint du maire Hurand, le principe était de ne laisser personne derrière. Il a connu toute la guerre ici. »

                                                               Jean de BESOMBES, 12 ans, ROUVRES-EN-MULTIEN

 

« Pendant la Seconde Guerre Mondiale, nous habitions, mes parents et moi au 22, rue Jeanne d’Arc à Crépy-en-Valois, à côté de la « Coop’ ». Mon père était mobilisé et nous avons dû évacuer par le train, maman, ma grand-mère et mes tantes. Nous sommes allés dans les Deux-Sèvres d’où était originaire mon grand-père. On y est resté de mai à juillet 1940. A notre retour, papa était rentré, démobilisé, d’Yvetot. Il est rentré avec mon oncle à vélo. Il n’y en avait qu’un pour deux ! En rentrant, papa a retrouvé la maison…brûlée ! Une bonne partie de la rue Jeanne d’Arc a été brûlée par les bombes incendiaires. Pendant les alertes, nous allions nous réfugier dans un abri situé dans la propriété du Couvent des Ursulines. Une porte donnait sur la rue juste avant la Poterne St Arnoult. Il y avait un autre abri plus bas dans le rempart extérieur où les gens accédaient par la sente passée la poterne. De mémoire, il était réservé à ceux qui avaient des poussettes, des landaus. J’avais douze ans à l’époque. »

                                                                Denise RATEAUX, 12 ans, CREPY-EN-VALOIS

 

« Nous l’avons vécu en 2 fois avec un intervalle de 15 jours environ. La première fois nous sommes allés à St-Soupplets. Nous ne sommes pas partis en même temps que les chevaux. Nous habitions dans la ferme Duchesne à Betz. Mon père était vacher et M.Duchesne qui habitait la maison bourgeoise qui donne sur la rue Beauxis-Lagrave, avait un tracteur mais son chauffeur Jacques Arnoux avait été mobilisé. Mon père a pris le tracteur, on a pris nos valises, quelques affaires de M.Duchesne. On avait ordre de faire escale à St-Soupplets dans la famille Boisseau (de la famille Hamelin). On est arrivé le soir et le lendemain, on a appris que c’était une fausse alerte et qu’il fallait qu’on rentre.

Quinze jours après, nous sommes repartis en charrette vers le 15-16 Juin si je ne me trompe pas. Entre temps, mon père avait été mobilisé dans l’Armée Polonaise.

Je me souviendrai toujours, on passait dessous le chemin de fer avec mon oncle, nous sommes partis en charrette avec lui, elle était pleine car il y avait plusieurs familles et nous avons atterri à Melun. Là, on s’est fait mitraillés sous les peupliers et on s’est couchés sous les charrettes. On a déchargé les charrettes et on a pris le train, des wagons à bestiaux direction Vannes où on a été dans un camp ; le camp de Meudon (situé dans le parc du château de Meudon à quelques kilomètres de Vannes) où nous sommes restés quelques jours. De là, nous sommes allés à Malestroit (certainement au Couvent des Augustines) dans le centre de la Bretagne. Mais comme les Allemands s’approchaient, on nous a évacué à Pénestin, à l’embouchure de la Vilaine.

Mon père était mobilisé et on ne savait pas où il était. Lorsque nous sommes revenus au bout de 2 mois, je revois la ferme avec de la paille haute comme ça, la vieille machine à coudre Singer de Maman dans la cour. Les Evacués du Havre avaient pris possession de Betz et de Lévignen. C’était le chantier dans la maison ! Et quelle surprise : mon père était revenu ! En réalité il était à Coëtquidan pour passer en Angleterre, mais il n’a pas eu le temps de partir ; les Allemands sont arrivés. Il a été fait prisonnier quelques jours et s’est évadé et ensuite il est revenu à pieds jusque Betz. En cours de route, il a acheté un vélo.... »

                                                                  Simon NOWAKOWSKI, 8 ans, BETZ

 

« Durant l’Evacuation, nous sommes allés dans l’Yonne avec ma famille. Mon père avait pris un tombereau avec des chevaux et on était partis comme ça. Il y avait Mme Dufour et sa fille. On avait placé des affaires dans un placard et collé du papier dessus pour que les Allemands ne sachent pas qu’il y avait quelque chose. »

                                                                  Liliane CAMUS, 6 ans, LEVIGNEN

 

« Je me souviens qu’on a traversé la Loire et qu’on est allé à Guéret dans la Creuse. Nous y sommes allés en voiture avec celle de mon père. Mon père était italien et ma mère de Bresle près de Beauvais. Lui était mécanicien chauffeur à la sucrerie de Vauciennes. »

                                                                 Jean-Claude SANTANDREA, 8 ans, LEVIGNEN

 

« A cette époque, j'avais 6-7 ans. On a évacué une première fois entre Meaux et Coulommiers à Bouleurs. Puis, la deuxième fois jusqu'à Gien. On a regroupé les vaches dans une pâture et des soldats français sont passés chez nous et se sont occupés des bêtes. Je ne sais où ils allaient. On est partis avec des chevaux, mon grand-père étant cultivateur. On avait emporté du matériel, des meubles dans des charrettes. Mon grand-père avait fait une cage au-dessous de la charrette pour y mettre des poules. Maman conduisait la C4 et, faute de carburant, on l'a attaché derrière la charrette pour la tracter. En chemin, on a été mitraillé et le pont de Gien a sauté. On a eu juste le temps de passer, sinon on aurait sauté avec. On nous a dit d'aller à Gien car on ne pouvait aller n'importe où. Les Allemands nous doublaient ! Quand j'y pense, c'était incroyable »

                                                 

                                                             Pierre GARNIER, 7 ans, BARGNY

 

« Un de ces soirs du printemps 1940, on a été survolé par des avions allemands très bas. Ma grand-mère a dit « on va y avoir droit demain ». Et en effet, Marolles a eu son premier bombardement qui visait la voie ferrée. A la déclaration de guerre en 1939, on avait fait des tranchées autour de l’église. J’avais alors 6 ans et c’était ma première rentrée scolaire à Marolles. On allait dans ces abris et, comme jadis ce lieu avait été un cimetière, on revenait en classe avec des osselets et on se faisait taper sur les doigts par l’instituteur M. Mousset !

Tous les habitants de Marolles s’étaient réfugiés à Nimer dans une ancienne champignonnière. Tout le village y a été logé et la promiscuité m’a beaucoup frappé. On ne sortait pas car nous étions bombardés sans cesse et c’est encore mon grand-père, fort de son expérience de la Grande Guerre, qui sortait à une certaine heure avec son vélo pour aller chercher du pain à la Ferté-Milon, jusqu’au jour où il a fallu partir. C’est là qu’à la ferme, les anciens sont allés chercher les chevaux, les charrettes et nous sommes partis. Je me souviens qu’on a été mitraillés dans le chemin du bois de Bourneville. Je me vois encore sur la charrette au milieu des ballots de linge. A six ans, on se souvient bien. C’était autour du 15 Mai 1940. Dans un village, je ne me souviens plus lequel, ma mère est arrivée avec un ancien de Marolles, un dénommé Leroy, qui avait une voiture et qui nous a pris. On s’est retrouvé à Paris, mon frère et moi. A Marolles, seul est resté un monsieur, M. Charpentier, qui au temps où nous étions dans la carrière de Nimer et pendant l’Exode, s’occupait des bêtes et des lapins de tout le village. Ensuite, avec mon frère, on nous a envoyé dans une branche de la famille dans la Sarthe. Nos parents venaient nous voir tous les 15 jours. Nous sommes vite revenus à Paris, traumatisés. On pleurait, on pleurait ! Aussi, notre adaptation à Paris fut elle difficile. Mon père a été fait prisonnier en 1940 à Sainte-Ménéhould et a été déporté dans un stalag où il a été infirmier, lui le charcutier ! Cela l’amusait beaucoup en y repensant. »

                                                                   Guy PROVOST, 6 ans, MAROLLES

 

« Nous avons évacué une première fois avec des chevaux et des tombereaux que nous utilisions pour la moisson. Tout Nogeon est parti avec, en tête du convoi, M.Boufflerd (patron cultivateur) qui, avec sa voiture ouvrait la route et qui s’est toujours occupé de nous. Derrière, il y avait un tracteur, puis les Zavatski, à coté ; les Guebwalski, les Pirkowski qui eux, étaient déjà âgés. Lui, était charretier donc il y avait trois ou quatre chevaux. Ils sont partis avec leurs deux filles qui avaient bien 19 ans. Je me souviens que Mme Pirkowski faisait pipi dans le tombereau tandis que son mari buvait. Du coup, les chevaux partaient dans tous les sens !  Nous avons pris des couvertures parce qu’il fallait dormir la nuit. Je suis partie avec maman et mes sœurs.

Au deuxième exode, on est allé vers Orléans. Dans les forêts aux alentours, on abattait des arbres. Je me souviens qu’à un moment, maman et mes sœurs étaient descendues du tombereau et je décidai de m’allonger sur mon oreiller. D’un seul coup, une balle m’est passée devant ! Je suis tout de suite descendue en pleurant. J’avais dix ans et j’avais eu la peur de ma vie. Nous ne sommes pas allés plus loin et avons rebroussé chemin. M.Boufflerd nous trouvait du pain tandis que nous faisions du thé dans un faitout. On y ajoutait le pain. Parfois, si on arrivait à voler une poule, on la mettait dans un sac et je la tuais contre un mur ou dans l’eau…Qu’est-ce qu’on s’est fait disputer par les Allemands ! Les filles descendaient parfois de charrette pour conduire les chevaux. Mais, globalement, ils ne nous ont pas fait de mal. Sur le retour, on s’arrêtait dans les fermes, on dormait dans les ballots récemment moissonnés. On a mangé du pain qui était moisi, ce n’était pas très bon. Nous, les enfants, on jouait à cache-cache. Puis, on est rentré à Nogeon où nous avons retrouvé des chevaux tués et tout le monde a repris ses activités et retrouvé sa maison. Ensuite, ce fut l’Occupation. »

                                                      Léocadie PACESNY, 10 ans, Ferme de NOGEON. REEZ-FOSSE-MARTIN

 

« On a évacué une première fois à Vineuil-St-Firmin pendant trois jours, puis en juin 1940, on est partis jusqu’à la Loire, c’est-à-dire le moment où on a rencontré les Allemands. Tout le village est parti sauf le charron qui n’a pas voulu. Il y avait tous les ouvriers agricoles et M.Boulay qui avait une voiture et qui était boulanger à la retraite. Les Ancellin aussi en avaient une. On avait préparé les chevaux et des grands chariots à quatre roues. On avait des cages pour emporter des volailles que l’on accrochait au-dessous des chariots. On avait pris des matelas. Au bout de quelques kilomètres, on s’arrêtait pour donner du fourrage aux chevaux. On trouvait des volailles dans les fermes désertées. On faisait un feu avec quatre briques pour cuire nos aliments. Sur la Loire, les Allemands étaient de l’autre côté du pont. Alors, on est revenus, étape après étape. Je ne sais plus combien de temps on est partis. On a vu passer des avions, mais on n’a pas été visés. Durant l’Exode, on dormait n’importe où, dans les arbres, par terre… On restait une nuit et le lendemain, on repartait. On avait emmené du ravitaillement, mais généralement on en trouvait sur place. 

                                                                 Marie LUKAZIERWICZ, 14 ans, CUVERGNON

 

 

« Oui, j’ai connu l’Exode et vous savez quand on a 9 ans et qu’on n’a jamais voyagé et que vous partez comme ça, loin, dans des circonstances extraordinaires...oui, on s’en souvient. Du moins, des sensations d’enfant. Du moins je crois, avec une part de vérité mais aussi de déformation avec le temps que ça a dû être très organisé. Je pense que chaque village avait son point de chute en théorie. Et si je ne dis pas de bêtise, ce point de chute devait être vers l’Ouest...Bretagne ? enfin je ne sais pas où. Enfin, je ne sais si c’est l’avance des troupes allemandes ou je ne sais quoi d’autre, mais on est allé vers le sud... Mon père était soldat, il était né en 1900, il avait donc 39 ans et avait été mobilisé dans les troupes de réserve et était dans une gare de triage qui devait être Laon où il tenait un petit mess pour les soldats pour qu’ils puissent se restaurer. Moi, j’étais avec ma mère, étant enfant unique. Et comme elle était sûre de l’endroit où Rouvres devait aller, pour me faciliter la vie, m’a confié à une famille amie qui avait une voiture. Il y avait très peu de voiture en 1940 ; il y avait les agriculteurs, les artisans et les commerçants. Elle m’a confié à l’entrepreneur de maçonnerie de l’époque M. MARIET parce que dans sa voiture, ils n’étaient que 3. J’ai fait la 4ème. Donc, je suis partie avec eux, mais pas avec le village. Tout le village est parti ensemble, les attelés de chevaux, les tracteurs, il y avait 2 ou 3 voitures ; la femme du maire avait dans sa voiture les femmes qui avaient un nourrisson, une autre avait les femmes enceintes, le boulanger avait apporté toute sa farine. Dans chaque endroit où ils s’arrêtaient, les gens s’arrangeaient avec lui pour faire le pain. Ils n’en ont jamais manqué d’après ce qu’a dit ma mère. Eux, sont allés moins vite que les voitures et n’ont pas passé la Loire. Ils se sont arrêtés, sans doute rattrapés par les troupes allemandes et parce que les ponts étaient sautés.

Moi en voiture, j’ai passé la Loire, on allait plus vite et étions devant. Après on est resté assez longtemps, 2 à 3 semaines car il fallait attendre pour repasser la Loire. La commune dans laquelle on a atterri nous a alloué un petit local où nous étions 2 familles. Un couple avec 2 garçons dont l’un avait mon âge et l’autre 2 ans de plus et la famille avec qui j’étais avait une grande fille de 17 ans. On vivait ensemble.  Je crois me souvenir qu’on avait 2 pièces. On faisait la cuisine dans une cheminée ouverte. L’autre monsieur avait fait un apprentissage de boulangerie avec le boulanger du village qui l’avait embauché quand il y a eu l’arrivée d’immigrés. Dans ce village, on produisait du vin. Il était payé avec un broc de vin tous les jours. C’était un de ces petits vins de pays, de la piquette. Je me souviens qu’un jour les 2 gars avaient bu et se sont battus et ont roulé dans la cheminée en fichant en l’air la soupe !! (rires). Mais ça, ça n’était pas la guerre, juste la vie de tous les jours ! Pendant ce temps ma mère était évacuée avec le village et je n’ai eu aucun contact avec elle. Pas avant le retour. Comme ils n’ont pas passé la Loire, ils sont ensuite revenus, mais nous, nous avons dû attendre. Je ne me souviens pas être repassée sur un pont. Avaient-ils été reconstruits ? Avons-nous fait un long détour ? C’est un souvenir que je n’ai pas. Vous savez, moi j’étais derrière avec la jeune fille. Si ça avait été mon père, j’aurais posé des questions, mais je n’ai pas de souvenir du lieu précis où nous étions. »

                                                                  Jeanine LUCET, 9 ans, ROUVRES-EN-MULTIEN

 

« Mon mari avait avec lui les tracteurs traînant des voitures pleines de réfugiés et nous avions tous les animaux, chevaux et bœufs, traînant aussi des voitures bondées de monde.

Nous avions rendez-vous, le soir, avec mon mari dans un petit village à quelques kilomètres de là. Nous faillîmes d’abord être anéantis par les avions ennemis. Un régiment de Noirs s’éparpilla devant nous, terrifiés par leur bombardement.

En arrivant sur la grande route, que nous devions suivre, des soldats nous obligèrent à prendre une petite route qui ne nous a jamais permis de nous retrouver (disant que la grande route était réservée à la troupe, alors qu’il n’y avait personne). Montereau fut atteint avec peine, les deux ponts traversés au milieu d’une foule indescriptible de réfugiés affolés. A Montereau, notre caravane s’augmenta de la ferme de Fosse-Martin, M. Haas, en étant déjà séparé.

Difficultés nombreuses, le pain manque car les boulangers sont débordés et prêts à partir eux-aussi. Les chevaux sont déferrés et nous n’avons aucun maréchal et très peu de fers. Nous couchons à quelques kilomètres de là, avec la vision hallucinante de parachutistes ennemis descendant sur Montereau, Montacher. Nous avons failli y périr, le carrefour où nous étions réfugiés étant bombardé sans arrêt par les avions italiens… Une accalmie nous permet de repartir. Heureusement nos voitures n’ont rien que toutes les vitres brisées et une grande brûlure sur le siège d’Anne-Marie, qui lui aurait été fatale si elle avait été là.

Nous arrivons, je ne sais comment, à Montargis (sans essence ou presque) après avoir passé la nuit sur une petite route où, des canons nous frôlaient sans cesse. Un vrai cauchemar.

A Montargis, rencontre de M.Duvivier de Russy qui rentre chez lui. » Que voulez-vous ? Un peu plus tôt ou un peu plus tard, il faudra bien les voir arriver » nous dit-il.

Nous continuons sur Gien, traversons la ville déserte de ses habitants, mais pleine de soldats et de pillards (vu des Algériens prendre de l’argenterie dans des voitures abandonnées et l’empiler dans des sacs). Sur les ponts, des cadavres sans cesse par les avions. Nous passons aux Blancs (Cher) à la propriété du frère de ma tante Charles : M.Guillaumin. Elle est abandonnée. Deux jours après, nous arrivons au Gué long chez les Thomas (sœur de Mme Jacques) où nous espérons l’exode terminé, mais nous voyons ces dames préparer activement leur départ.

Elles nous ont emmené à Lussat à quelques kilomètres de Montluçon. Le jour de notre arrivée, 23 villages de la Creuse furent bombardés. C’était encourageant ! Nous y sommes restés 23 jours sans aucune nouvelle de personne et c’est là que nous avons appris l’Armistice et le discours du général De Gaulle le 18 juin. Les enfants avaient tous la fièvre, mais dès qu’ils furent mieux, nous avons regagné Montluçon dans l’espoir de rentrer chez nous. « Restez sur place ! » nous dirent les gendarmes, surveillant la route, « sans quoi nous crevons vos pneus ». Retour à Lussat…

La population nous regardait de travers. Les gens disaient : « tous ces réfugiés-là viennent manger notre pain et notre sucre », car tout cela était rationné.

Un jour, dans une épicerie où je venais toucher nos tickets de sucre, j’aperçus sur un de ces cartons : « sucrerie de Vauciennes-Oise ». Je pris le carton, le montrai à ces femmes jalouses qui attendaient leur sucre comme moi et leur dis : « vous voyez si vous avez du sucre, c’est parce que nous vous en donnons ». Cela les fit tout de même taire. Enfin, au bout de 23 jours, un bruit d’auto (rare). Anne-Marie regarda et tout de suite s’écrie : « Papa ! » et c’était lui. Il n’avait, lui non plus aucune nouvelle de nos soldats, mais il nous ramena à la maison avec l’auto de notre curé (mobilisé comme infirmier), la sienne lui ayant été prise.

Je suis restée avec Anne-Marie afin qu’elle ne soit pas seule dans sa maison pleine de soldats ennemis, dont les fusils étaient rangés sur la porte de sa chambre.

Courtes visites à Bouillancy et à Lagny-le-Sec où M. Jacques rentre plus tard. Il y avait partout un chassé-croisé de meubles invraisemblable, de la nourriture partout, pleine de vers qui s’en régalaient. Enfin, il fallut vivre sous la menace de l’ennemi. »

                                                                              Suzanne PROFFIT, BOUILLANCY

 

« Comme nous étions des agriculteurs, nous avions des charrettes. Les charretiers avaient pris 6 chevaux, chacune des charrettes avait 3 chevaux. On avait mis tous les ouvriers dedans, qui avaient emmené leur famille, des matelas car ils couchaient dans les voitures. Et on est parti. On est allé à Montargis, je m’en rappelle bien car on a été bombardés. On s’est couchées, mes sœurs et moi dans une tranchée, qu’ils avaient creusé. On a dormi là. On était parti à plusieurs, des petits fermiers. Il y avait M. Ledoux avec ses ouvriers, M. Delaître qui conduisait le tracteur que mon père venait d’acheter. Lui, avait un petit cabriolet avec sa famille. De notre ferme, tout le monde est parti, ça faisait du monde. Le vacher M.Colmant[1]  avec ses 10 enfants, le charretier René Colmant… On est parti presque dix jours jusqu’à Hericy ; avant Gien. On ne s’est pas arrêté, si ce n’est pour dormir. Comme on avait une auto, moi je dormais dedans, je m’en rappelle, Jacqueline dormait sur le strapontin, Reine elle était devant et papa conduisait. »

Papa recherchait sans cesse de l’essence pour les tracteurs et les autos. Et puis, il y avait une charrette pleine d’avoine pour les chevaux. Il fallait qu’il s’occupe de nous et du convoi. Nous, on en avait 4 avec les 2 voitures et puis les chevaux, M.Ledoux[2] en avait 2, M.Delaître[3], il avait le tracteur et le cabriolet…ça faisait du monde. ». On a évacué deux fois. La première fois, on est allé à St-Germain  chez la fille de Mme Proffit[4] qui était cultivatrice. Puis on est revenu. »

                                                                             Madeleine HAZE, 11 ans, BOUILLANCY

 

« Après l’entrée des allemands en France à Sedan en mai 1940, tout le village a reçu l’ordre de l’évacuer. Le 8 juin 1940, nous sommes donc partis pour un premier exode de 8 jours avec nos carrioles jusqu’à Lagny sur Marne, à 40 Km au sud. Il n’y avait pas d’essence pour la camionnette qui était accrochée à une carriole tirée par un attelage de chevaux ; cela ne s’est pas trop mal passé. Nous sommes repartis une seconde fois le 20 juin ; ce fut plus dur. L’ordre était d’aller plus loin que Meaux et de passer la Seine. Papa qui adorait les chevaux a été obligé d’en abandonner un dans notre écurie. Il s’appelait « Bayard ». Papa a laissé un grand coffre d’avoine ouvert et il a rempli d’eau l’abreuvoir jusqu’à ras bord. Toutes les familles qui partaient avaient tué des lapins et j’ai un fort souvenir de toutes ces bêtes écorchées et des peaux qui étaient pendus aux grilles des maisons. Nous avons été cette fois jusqu’à Nogent sur Vermisson, à 160 Km au sud, un peu au-dessous de Montargis. Nous dormions dans les fossés et nous avons été plusieurs fois mitraillés. Par chance tous ceux de Bouillancy ont pu revenir indemnes trois semaines plus tard. Ceux du village voisin d’Etrépilly ont eu moins de chance et ils sont revenus avec 8 morts. Notre cheval Bayard était en pleine forme à notre retour… »

     

                                                       Jacqueline HAZE, 17 ans, BOUILLANCY

 

 

« Nous progressions par étapes journalières d’une vingtaine de kilomètres. La première de ces étapes fut Monthyon en Seine-et-Marne, puis nous atteignîmes Les Ecrennes près de Melun. Nous avions entendu dire que les Italiens bombardaient les routes et nous craignions que cela nous arrive. Nous empruntions les petites routes et voyions les bombardements au loin. Nous avons vu brûler un dépôt de carburant. 

Arrivés à Champagne-sur-Seine, il nous fallait traverser le fleuve mais les soldats français annonçaient que le pont était piégé pour retarder l’avancée allemande et qu’il ne fallait plus l’emprunter. Nous serions alors pris au piège et notre exode s’arrêterait là. En tête du convoi, sur nos vélos, nous, les jeunes, pûmes tout de même franchir le pont. Mon père, handicapé par une crise de rhumatismes aiguë, enfourcha le sien malgré la douleur et parvint à passer in extremis, tout comme ma mère avec la poussette de ma sœur qui avait à peine un an. Le pont sauta d’une manière très spectaculaire peu après et nous laissâmes derrière nous les carrioles contenant le peu d’affaires que nous avions pu emporter.  Par chance, les agriculteurs de Péroy qui nous accompagnaient purent retraverser la Seine un peu plus loin et récupérer les carrioles et les chevaux que l’on avait dételés. Ils rentrèrent alors au village. Quant à nous, nous nous remîmes en route et gagnâmes Nemours puis Montargis en affrontant un nouveau mitraillage allemand en forêt de Fontainebleau. Arrivés à Montargis, un « énergumène » en uniforme noir faisait la circulation. Je dis alors à mon père qu’il s’agissait sûrement d’un Allemand mais il ne me crût pas. « Ils n’étaient pas habillés comme ça en quatorze ! » me dit-il. C’était pourtant le premier Allemand que nous vîmes. 

Après quelques jours, une fois la défaite devenue plus claire dans nos esprits, nous décidâmes de rentrer à Péroy. Notre périple dura près de deux semaines. C’était à nouveau une épreuve que de rentrer ainsi sans savoir ce qui nous attendait. Nous passâmes par toutes les émotions, à l’image des endroits que nous traversâmes. Les situations étaient parfois plus qu’insolites puisque nous fûmes hébergés dans des centres d’accueil pour les réfugiés aménagés sommairement dans des endroits inattendus. Ainsi, à Fontainebleau, nous couchâmes au château et le lendemain, à Melun, dans les sous-sols de la prison…

Une des images particulièrement marquantes de cet épreuve que je garde encore en tête est l’hécatombe de poussettes d’enfants sur les bords des routes et dans les fossés. En effet, les essieux de ces engins n’étaient guère prévus pour supporter les kilomètres et les conditions d’un exode. Ils cassaient ce qui rendait alors les poussettes inutiles et encombrantes. Les familles devaient alors prendre les enfants dans les bras, en plus de leur fardeau qu’ils abandonnaient souvent en partie. Pour parer un éventuel incident de ce type, mon père eu l’idée de s’emparer d’un pot de graisse rose dans un garage abandonné de Montargis. Sur la route du retour, nous démontions les essieux de la poussette de ma sœur tous les soirs et les graissions. Cela nous préserva d’une casse de l’engin. 

A notre retour, la maison était dans un désordre indescriptible. Nous avions croisé un cultivateur de Péroy, la veille de notre arrivée. Alors que nous étions à Monthyon, il nous avait dit que les portes de la maison étaient grandes ouvertes et qu’il avait aperçu un lapin dans le couloir… Nous avions vu le pillage de Montargis et nous appréhendions un peu d’arriver. Finalement, à Péroy comme ailleurs, deux armées s’étaient succédé, se comportant de la même manière. Nous retrouvâmes un de ces gros fûts de 120 litres de vin que l’on appelle une « demi-pièce » dans la cour, percé par un pavé et vide son contenu. Il avait été remonté de la cave, certainement à grand peine mais la main d’œuvre ne devait pas manquer. Nous nous étonnâmes également de constater, au milieu d’un incroyable désordre, qu’une des tables du bistrot avait été transportée dans une chambre de l’étage et recouverte d’une nappe faite d’un drap. Sur cette installation de fortune, il y avait des verres et du « pain KK10 ». 

                                                                     Paul DURAND, 13 ans, PEROY-LES-GOMBRIES

 

« Nous, on était des gamins, j’avais 14 ans et je me souviens que ma mère préparait des habits pour partir, quand des gradés, des officiers arrivèrent à la maison et demandèrent à ma mère si nous partions. Elle répondit que oui, alors ils allaient installer un canon dans notre maison à la fenêtre. Ils installèrent dehors des sacs à terre. Puis, on est parti. Certainement que ça n’a pas été installé. En tout cas les « Boches » approchaient. C’est un cultivateur qui nous a emmené et on est allé jusqu’à Melun. Ensuite on a pris le train et on est allé en Bretagne, au bord de la mer à Pénestin. Il y avait Simon (Novakowski) qui était là aussi. Et d’autres de Betz.  Après l’Armistice a été signé et de là on est allé à Vannes et à Malestroit. Après les « Boches » sont arrivés, on est rentrés. Mon père travaillait à Paris et il est parti à vélo jusque dans le Midi. Quand on est rentrés, la moisson était finie. On a eu des Réfugiés qui venaient du Havre et on en a même eu qui sont restés définitivement à Betz, ils y ont trouvé du travail. »

                                                                 Robert HENIN, 14 ans, BETZ

 

« On a évacué deux fois : la première jusqu’à Coulommiers et on est revenu. On est reparti après et on est allé jusqu’à Gien. Toute la ferme de M.Hamelin est partie, tous ensemble, tous les gens du pays. Seuls deux sont restés et n’ont pas voulu partir. C’était Mme Bouche et Cap, déjà âgés. On a pris les tombereaux et les voitures et les gens sont montés dedans. On a eu de la chance car on n’a pas été bombardé. Un soir, on s’est arrêté dans un pays vers cinq heures, car on avait marché toute la journée. On s’est arrêté dans une pâture et avons été survolés par des avions. M.Hamelin, le maire a dit : « ne restons pas là ». On est reparti et nous avons marché toute la nuit. Quand on est revenu, au retour, on a revu notre place toute labourée…On a vraiment eu de la chance ! On mangeait comme on pouvait, on achetait chez les commerçants des pays traversés, quand il en restait et, il n’y en avait pas toujours. On faisait comme on pouvait, on allait chercher du lait dans les fermes. On dormait n’importe où, dans les chariots, par terre… A Gien, on est allé dans une ferme et M. Hamelin a dit qu’on allait tâcher de passer le pont. On est sorti de la ferme et on n’est pas allé plus loin…les Allemands étaient là ! Il en est passé toute la nuit ! Et on nous a fait rentrer, c’était fini…Quand on est revenu, ça grouillait d’Allemands partout. Ils nous ont donné la soupe. On a été parqué dans une pâture avec interdiction de sortir. Puis, on est rentré sur Antilly, ça a duré environ quinze jours.

Quand on est arrivé, deux soldats français avaient été enterrés derrière l’église et deux Allemands sur la place. C’est la municipalité qui a enterré les soldats français au cimetière, les Allemands, eux, ont été exhumés par des prisonniers français. »

 

                                                                       François LAMBOIS ,16 ans, ANTILLY

 

 

[1] Gabriel COLMANT, soldat de la Grande Guerre, interviewé par Charles GEURTS en 1982, et sa femme Lucienne avaient dix enfants nés entre 1920 et 1935 (six garçons et 4 filles) dont René, né en 1923 à La Villeneuve Sous Thury.

[2] Alexandre LEDOUX, né en 1882 à Bouillancy, patron cultivateur.

[3] Victor DELAITRE, né en 1876 à Réez-Fosse-Martin, était ouvrier agricole.

[4] Anne-Marie PROFFIT (épouse Herbert) (1913-2009) cultivatrice à Bussy-St Martin près de Lagny S/Marne 77

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 11:01
Carte mortuaire d'Emmanuel TOUSSAINT

Carte mortuaire d'Emmanuel TOUSSAINT

En chinant, il arrive de trouver des documents qui intéressent notre région. Les archives nous révèlent peu à peu les innombrables victimes de la Bataille de l'Ourcq de Septembre 1914 et plus précisément des combats qui ont eu lieu entre Etavigny, Acy-en-Multien, Réez-Fosse-Martin et Bouillancy. Villages particulièrement éprouvés. Parmi les régiments qui ont été les plus décimés sur ce secteur, le 42ème R.I. auquel appartenait le soldat Emmanuel TOUSSAINT dont la carte mortuaire a été retrouvée. Ce document permet de mettre un visage sur ces soldats oubliés et montre dans les formulations initiale et finale, la mentalité à la fois patriotique de l'époque et pétrie de religion: "Dieu et Patrie", "...pour ceux qui mourront pour Dieu et la France". Magnifique document, reflet d'une époque.

Emmanuel TOUSSAINT était né le 24/2/1879 à l'Illiers-Combray dans l'Eure-et-Loire. Officier de St-Cyr, 83ème promotion (promotion Marchand), il était capitaine au 42è R.I. Matricule 592 recrutement: Dreux. Il était marié depuis 1909 à Yvonne (1887-1972).

On peut trouver son nom sur le monument aux morts du lycée Marceau de Chartres, sur la plaque commémorative de la cathédrale Ste Croix d'Orléans ainsi qu'au Mémorial des Victoires de la Marne à Dormans.

L'Equipe AEC

Emmanuel TOUSSAINT: Un Poilu tombé à Bas-Bouillancy en 1914

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 13:07
Hist&A fait la une.

L'association Hist&A de Nanteuil-le-Haudouin  a droit ce mois-ci à une double page dans le magazine municipal NLH Mag' n°12. Pour tous les amoureux d'histoire locale, une façon à la fois scientifique et grand public de découvrir l'histoire de nos villages par des publications, des conférences etc... Alors, pourquoi ne pas adhérer?

L'Equipe AEC

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 18:47

                                      UNE JEUNESSE A CUVERGNON DANS LES ANNEES 1930-1950

Je m’appelle Marie Gonçalvès et je suis arrivée à Cuvergnon en 1930. Mes parents étaient polonais. Mon nom de jeune fille est LUKASIERWICZ. Mon père Etienne, était originaire de Stary Lubretz dans l’Est de la Pologne proche de la Russie où il était né en 1888. Ils sont arrivés en France en 1923 pour travailler aussitôt la Grande Guerre. Ma mère, prénommée Bronislawa et ma tante sont arrivées en passant par la Suisse, d’abord dans le Nord chez des cultivateurs, puis à Ormoy-le-Davien chez les Ferté. Ils ont toujours travaillé dans l’agriculture. Mes parents se sont mariés en février 1926 à Ormoy-le-Davien où je suis née en septembre. J’ai toujours vécu dans la région. Mes parents sont repartis un temps en Pologne en 1928-1929 où ma troisième sœur, Eugénie est née. On est revenu ensuite en France. On était trois filles et un garçon (André, né en 1927). J’ai perdu mon père en 1946, Maman avait 46 ans. C’est à cette époque qu’on est venus à Villers-les-Potées puis à Cuvergnon (la maison à la porte blanche dans le virage). On y est restés jusqu’à ce que je me marie en septembre 1949. Avec mon mari, nous sommes restés un moment chez mes parents et on a trouvé une maison. Mon mari travaillait à la ferme Ancellin (Pierre Ancellin). Il était originaire de Bagneux dans l’Aisne (près de Soissons). Il a perdu son père à l’âge de 4 ans. C’était une famille d’origine portugaise. Il avait un frère de mon âge. Sa mère s’est remariée et une demi-sœur est née. Il est décédé en 2006.

J’ai eu cinq enfants. On a perdu notre fils Christian il y a dix-huit ans d’un cancer de la moelle osseuse en 2002. Mes filles sont toutes sur Paris, seule ma belle-fille est restée sur Rouville. Elle a deux enfants, fille et garçon.

J’ai connu mon mari à Cuvergnon juste après la guerre.

L’Exode

On a évacué une première fois à Vineuil-St-Firmin pendant trois jours, puis en 1940, on est partis jusqu’à la Loire, c’est-à-dire le moment où on a rencontré les Allemands. Tout le village est parti sauf le charron qui n’a pas voulu. Il y avait tous les ouvriers agricoles et M.Boulay qui avait une voiture et qui était boulanger à la retraite. Les Ancellin aussi en avaient une. On avait préparé les chevaux et des grands chariots à quatre roues. On avait des cages pour emporter des volailles que l’on accrochait au-dessous des chariots. On avait pris des matelas. Au bout de quelques kilomètres, on s’arrêtait pour donner du fourrage aux chevaux. On trouvait des volailles dans les fermes désertées. On faisait un feu avec quatre briques pour cuire nos aliments. Sur la Loire, les Allemands étaient de l’autre coté du pont. Alors, on est revenus, étape après étape. Je ne sais plus combien de temps on est partis. On a vu passer des avions, mais on n’a pas été visés. Par contre, pendant la guerre, des avions ont bombardé du côté de Thury alors que nous étions dans les champs. On a eu très peur. Durant l’Exode, on dormait n’importe où, dans les arbres, par terre… On restait une nuit et le lendemain, on repartait. On avait emmené du ravitaillement, mais généralement on en trouvait sur place.

La vie quotidienne sous l’Occupation.

Après 1940, mon frère et moi avons arrêté l’école car il fallait travailler. En ce temps là, il n’y avait pas les allocations familiales, c’était dur, puis mon père est décédé en 1946 et mon frère est parti à l’armée l’année suivante.

A l’école, l’institutrice était Mlle Vialatte. Elle a exercé longtemps car mes deux premiers enfants l’ont eue aussi. A cette époque, c’était une classe unique et il est arrivé qu’on soit 52 en classe. On ne parlait pas trop de la guerre. On allait à l’école jusqu’au 14 Juillet. Je me souviens qu’on cueillait du tilleul qu’on allait vendre dans le village pour avoir une cagnotte. On avait des tickets de rationnement pour le pain, la charcuterie et les légumes. On allait chercher le pain à Thury et n’avions droit qu’à une tartine par jour. Pour la charcuterie, on allait à pieds jusqu’à Crépy ou à Bouillancy où il y avait des bouchers. Tous les mercredis, avec ma mère, nous allions au marché de Crépy. On partait le matin et on revenait à midi. On peut dire qu’on n’a pas trop manqué grâce aux volailles et aux légumes du jardin.

Je ne me souviens plus des Allemands, par contre je me rappelle des prisonniers allemands qui travaillaient dans les fermes à la fin de la guerre. Certains d’entre eux sont d’ailleurs restés. La sœur de ma belle-sœur s’est par exemple mariée à un Allemand du nom de Kraus. Des cas similaires ont eu lieu à Bargny, à Baron où une petite cousine de mon mari s’est aussi mariée à un Allemand. Les prisonniers français sont rentrés, eux, en 1945-1946. Ici, à Cuvergnon, Paul BOUVIER a été fait prisonnier en Allemagne et Georges JEANNIN [1] a été tué. Il y a eu aussi le cas de M.MOULIN  et son beau-frère qui se sont cachés dans la grande maison blanche. C’étaient des réfractaires au STO. Pour autant, ils n’ont jamais été inquiétés. A ma connaissance, il n’y a pas eu de Résistance ici, mais J’avais douze ans à l’époque j’étais une enfant et je ne m’intéressais pas à tout ça.

 

Il s’agit de Georges Victor JEANNIN né le 21 mars 1914 à Cuvergnon, Fils de Edmond Henri Léon JEANNIN et de Clémence LEGRAND. Soldat au 51ème R.I.,il est mort au combat le 26 juin 1940 à Aubigny (Ardennes). Il repose au cimetière communal.

 

La vie à Cuvergnon

Je me souviens qu’on peignait les murs des maisons à la chaux. On faisait les pinceaux avec de la ficelle lieuse. Dans la chaux, on délayait à l’eau et on mettait des boules de bleu. Comme dans la dernière lessive de rinçage pour que le linge soit plus clair.

A Cuvergnon, il y avait un lavoir, mais je n’y allais pas. C’était un grand bac avec à côté un plus petit pour laver. Au bord, il y avait une planche et tout le monde lavait son linge dans la même eau…Il se trouvait dans le local technique actuel. Moi, je lavais mon linge chez moi. Dehors, il y avait des bornes-fontaines. En hiver, quand l’eau des bornes gelait, on tirait de l’eau du puits situé devant chez moi. On en a fait tomber des seaux dedans ! En hiver, on ne lavait pas les draps car on n’avait rien pour les faire sécher. Dans les maisons, il n’y avait pas d’électricité et l’on s’éclairait avec des lampes pigeon ou des lampes à pétrole.

Avant guerre, il y avait pour labourer les champs des charrues à vapeur. Il y en avait une à la ferme stationnée sur la route d’Antilly. Un câble poussait la charrue. Par la suite, il y a eu des faucheuses puis des moissonneuses. J’ai commencé à travailler dans les champs à l’âge de quatorze ans. C’était dur de faire la moisson, les betteraves etc… à une époque où il n’y avait pas de machines, mais seulement nos bras. Il fallait couper les chardons, arracher les rameluches (des fleurs jaunes comme le colza) qui étaient des mauvaises herbes, mais aussi des cailloux. Je n’aimais pas du tout ça. Lors de la moisson, il fallait faire des bottes, ça faisait des rangées, puis des tas. Une botte au milieu, une de chaque côté et une au-dessus pour ne pas qu’il pleuve sur le tas. Si c’était trop mouillé, il fallait les retourner et tout recommencer. C’était du boulot ! Même chose pour ramasser les pommes de terre, les carottes, les betteraves rouges. Au bout d’un moment, on a arrêté ça. Les pommes de terre étaient envoyées par le chemin de fer par la gare d’Antilly. On en gardait stockées pour l’hiver. Les ballots de paille étaient faits à la presse et partaient aussi par le train. La nue paille (épis décortiqués) restante était utilisée pour nourrir les vaches. Elle était mélangée avec de la pulpe de betteraves. Il y avait un grand silo à coté de la route de Crépy avec une fosse. Les camions vidaient là quand il y avait la râperie. C’était la sucrerie de Vauciennes qui venait chercher les betteraves. Il y avait une main d’œuvre polonaise et belge nombreuse. Face à la ferme Ancellin, sur le côté droit de la route lorsqu’on se dirige vers Crépy, il y avait des petites baraques en briques pour les ouvriers qui étaient de campagne. On faisait des rangées de betteraves et, avec une serpe, on coupait les feuilles (la tête). Quand il gelait, on recouvrait les betteraves de feuilles pour les protéger. On les chargeait sur la place et les camions venaient les chercher. C’était un travail dur, surtout d’arracher les betteraves quand il faisait froid. Puis, les machines sont arrivées. M.Pinçon, entrepreneur de Villers-les-Potées a eu la première moissonneuse dans les années 1950. Avant, c’étaient les batteuses avec les chevaux.

Il y avait des fêtes organisées au village, elles avaient lieu dans la cour de l’école, mais aussi des manèges et des bals. On allait au cinéma à pieds jusqu’à Crépy, nous étions toute une bande. Le soir, on allait au cinéma à Betz. Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage. De Cuvergnon, on y allait par le fond des bois jusqu’à Antilly par la ferme de la Clergie, puis on prenait la route de Betz.

A l’époque, il y avait une grande mare sur la place et d’autres ailleurs. On comptait alors deux cafés, l’un près de chez moi et l’autre sur la route de Thury. Ils étaient très fréquentés et l’un des deux faisait aussi mercerie et épicerie. A l’époque tout le monde allait au café. Je me souviens que dans la cour il y avait un bâtiment dans lequel il y avait un piano. On y faisait les bals. Pendant la guerre, il y est venu un animateur qui avait un singe et un boa, une sorte de petit cirque. On l’appelait « Chocolat ». Aujourd’hui, le village est mort, il n’y a plus de commerçants. Tous les samedis, les jeunes se réunissaient chez Maman. Les filles tricotaient tandis que les garçons jouaient aux cartes et ce, jusqu’à 5 heures du matin ! Des fois, mon père se levait pour aller donner à manger aux chevaux qu’ils étaient encore là. On était bien une vingtaine.

Après la guerre, il y a eu des saisonniers espagnols et italiens, mais aussi de nombreux Polonais, des Yougoslaves et des Tchèques qui travaillaient à la ferme. Leurs enfants allaient à l’école. Du jour où je suis allée à l’école, je n’ai plus parlé polonais, même mes parents se sont mis à parler français au point que Maman ne savait presque plus parler polonais à la fin.

J’ai connu toute la famille Ancellin sur quatre générations, mais aussi les Heurlier à Thury, les Mommelé à Betz, les Brisset, les Dumont à la ferme du Bois-Milon, les Garnier de Bargny ainsi que Triboulet, Bardin, Bergeron, Coulon et Lambert. Il y avait beaucoup de petites fermes à Bargny. On allait aussi à Rouvres, à Etavigny, mais pas à Acy, ni à Ivors pas plus qu’à la Villeneuve-sous-Thury. A Bouillancy, je connaissais les Rakus-Lewko, à Rouvres, l’instituteur M.Lécuyer.

Considérations culinaires

 

Dans ma jeunesse, on mangeait du pain et de la graisse. On n’avait que ça. On allait glaner les betteraves et il en restait dans les champs. On les nettoyait, on les coupait en morceaux et on les faisait cuire dans une grande bassine, ça faisait comme du miel. C’était roux, très roux. On mettait ça dans des bocaux et on en versait un peu dans le café pour le sucrer. C’était bon. Maman avait de la farine que le Moulin nous livrait. On faisait notre pain nous- même.

On ne faisait pas de viande rôtie, on ne faisait que de la viande au bouillon, le canard au bouillon. Maman tuait les canards et récupérait le sang. Le premier sang qui coulait, Maman mettait un peu de vinaigre dans un bol et faisait couler le sang dedans pour qu’il ne fige pas, et, dans un autre, elle faisait couler sans vinaigre. Celui-ci, on le faisait cuire dans une poêle et après dans l’eau, après quoi on le coupait en morceaux et on le faisait revenir dans la poêle. Celui avec le vinaigre était délayé dans le bouillon.

On faisait aussi de la choucroute. Pour ça, Maman coupait du chou toute la journée au couteau. Des baquets entiers. Tous les dimanches, c’était choucroute. On tuait des porcs, mais en ce temps- là, il n’y avait pas de réfrigérateurs. En revanche, on avait des saloirs, aussi on faisait beaucoup de pâtés, de saucissons, d’andouillettes etc… et de la « salsassonne » en Polonais faite avec de l’estomac. On faisait sécher le saucisson sur un morceau de bois. Sur le pâté, on mettait une couche de graisse pour le conserver, pour que la viande ne soit pas à l’air libre. Le restant était salé. Maman cuisinait à la méthode polonaise des « klouskis ». Je continue à en faire de nos jours. De la pomme de terre râpée fin, essorée, j’y ajoute un peu de farine, deux œufs, puis je retourne et fais comme des crêpes.

 

Marie Gonçalvès est décédée le 20 Février 2020

                                                                                FIN

Témoignage recueilli par T.Abran.  Cuvergnon, le 6 Avril 2017. Publié avec son aimable autorisation.

L'Equipe AEC

[1] Il s’agit de Georges Victor JEANNIN né le 21 mars 1914 à Cuvergnon, Fils de Edmond Henri Léon JEANNIN et de Clémence LEGRAND. Soldat au 51ème R.I.,il est mort au combat le 26 juin 1940 à Aubigny (Ardennes). Il repose au cimetière communal.

Il convient d'ajouter Henri REGNAULT né à Cuvergnon en 1918 et qui était ouvrier géomètre chez Maître Auroire à Acy-en-Multien et qui figure au monument aux morts de la commune. Marie n'en parle pas.

Un GMC dans la ferme Ancellin à Cuvergnon après-guerre.

Un GMC dans la ferme Ancellin à Cuvergnon après-guerre.

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 15:10

Lundi 10 Février a été une grande date pour l'AEC et sans doute pour les collégiens du collège Guillaume Cale de Nanteuil-Le-Haudouin qui nous ont accompagné dans cette sortie à Paris. En effet, pour la première fois, les élèves ont pu visiter le Sénat, ce haut lieu de la République, grâce au parrainage du sénateur de l'Oise Olivier PACCAUD. Nous le remercions chaleureusement d'avoir pu donner cette opportunité à notre groupe.

1. LE PANTHEON

Pour optimiser la journée, et en attendant l'heure de la visite du Sénat, le groupe s'est, dans un premier temps, rendu au Panthéon pour une visite de cet autre haut-lieu de la République. Ce fut donc une sortie placée sous le signe de l'E.M.C. Les enseignants de Nanteuil (M.Moreau, Mme Pépin et M.Tandé) ont concocté un questionnaire aux élèves pour qu'ils puissent découvrir les principales personnalités illustres reposant dans la crypte du Panthéon. Les élèves de 3ème ont été sensibles aux sépultures des hommes et des femmes étudiés au programme d'Histoire, en particulier les Résistants tels que Jean Moulin, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, mais aussi Simone Veil, Pierre et Marie Curie, Jean Zay, André Malraux, Jean Jaurès, Victor Schoelcher et ont appris qui était Jean Monnet dont le nom est pour beaucoup d'entre eux celui de leur futur lycée à Crépy... tandis que les 4èmes ont pu croiser les philosophes des Lumières que furent Rousseau et Voltaire. Une plongée dans l'Histoire de France dans un lieu magnifique.

La photo de groupe devant le Panthéon

La photo de groupe devant le Panthéon

Le monument à la Convention NationaleLe monument à la Convention Nationale

Le monument à la Convention Nationale

Les tombeaux de J.J.Rousseau, Jean Moulin et André Malraux.Les tombeaux de J.J.Rousseau, Jean Moulin et André Malraux.

Les tombeaux de J.J.Rousseau, Jean Moulin et André Malraux.

Les sépultures de Jean Jaurès, des époux Curie et un hommage à un compiégnois célèbre...Georges GuynemerLes sépultures de Jean Jaurès, des époux Curie et un hommage à un compiégnois célèbre...Georges GuynemerLes sépultures de Jean Jaurès, des époux Curie et un hommage à un compiégnois célèbre...Georges Guynemer

Les sépultures de Jean Jaurès, des époux Curie et un hommage à un compiégnois célèbre...Georges Guynemer

2. LE SENAT

Après la visite du Panthéon, le groupe a descendu à pieds la rue Soufflot pour se rendre au Jardin du Luxembourg où, malgré le froid, les élèves ont pu se détendre et pique-niquer. Puis, le moment tant attendu arriva et à 14h30, le groupe avait rendez-vous à l'entrée du Palais du Luxembourg, rue de Vaugirard avec l'assistante parlementaire de M.Paccaud. Celle-ci fit passer aux élèves les contrôles d'usage et confia le groupe à une guide-conférencière qui, heureux hasard, est originaire du Plessis-Belleville! La visite commença par une vidéo expliquant de manière ludique ce qu'est le Sénat et à quoi sert cette institution de la République. Puis, la guide nous conduisit dans différentes salles toutes plus belles et plus décorées les unes que les autres. L'expression "les ors de la République" prend ici tout son sens. Le groupe a pu ainsi avoir accès à la Salle du Livre d'or, à l'immense Salle des Conférences où M.Broissard a pu contempler un trône de Napoléon Ier..., de magnifiques plafonds peints, des boiseries peintes à la feuille d'or et une amusante collection de Marianne exposée et issue de la collection privée du journaliste Pierre Bonte. Et puis, bien sûr, le groupe fut conduit dans le saint des saints, à savoir, l'Hémicycle où les sénateurs votent les lois. Un très bel endroit, un symbole de démocratie. L'escalier d'honneur a marqué également les esprits et c'est au bas de celui-ci que la photo de groupe a immortalisé notre passage au Sénat. Un grand moment pour les collèges de Betz et de Nanteuil.

L'Equipe AEC: Mme Kouki-M. Broissard-M.Abran

Le collège de Nanteuil: Mme Pépin, M.Moreau, M.Tandé

Le Palais du Luxembourg coté jardin et la fontaine Médicis
Le Palais du Luxembourg coté jardin et la fontaine Médicis

Le Palais du Luxembourg coté jardin et la fontaine Médicis

Entrons au Sénat
Entrons au SénatEntrons au Sénat

Entrons au Sénat

Dans la Salle du Livre d'orDans la Salle du Livre d'or
Dans la Salle du Livre d'or

Dans la Salle du Livre d'or

Dans la salle des conférences
Dans la salle des conférences
Dans la salle des conférences

Dans la salle des conférences

Spéciale dédicace à M.Broissard qui aurait bien voulu s'asseoir sur le trône de son idole...Spéciale dédicace à M.Broissard qui aurait bien voulu s'asseoir sur le trône de son idole...Spéciale dédicace à M.Broissard qui aurait bien voulu s'asseoir sur le trône de son idole...

Spéciale dédicace à M.Broissard qui aurait bien voulu s'asseoir sur le trône de son idole...

L'Hémicycle du Sénat
L'Hémicycle du Sénat

L'Hémicycle du Sénat

L'AEC AU SENAT : Une première pour le collège de Betz
L'AEC AU SENAT : Une première pour le collège de BetzL'AEC AU SENAT : Une première pour le collège de Betz
M.Broissard s'y voit déjà...M.Broissard s'y voit déjà...

M.Broissard s'y voit déjà...

Les coulisses du palais
Les coulisses du palais

Les coulisses du palais

Photo souvenir de notre passage au Sénat
Photo souvenir de notre passage au Sénat

Photo souvenir de notre passage au Sénat

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 17:15

Jeudi après-midi, c'était ciné-débat au collège avec la venue à Betz du réalisateur Olivier FELY-BIOLET pour présenter à l'AEC et au club d'Histoire du collège Guillaume Cale de Nanteuil, son deuxième court-métrage intitulé "Ces Traces qui restent". Un grand moment dans la vie de l'AEC que d'accueillir un professionnel du cinéma qui a bien voulu consacré un peu de son temps à cette projection-rencontre. Il s'agit d'un film documentaire de 52 mn tourné en 2018 et diffusé sur France Télévisions en 2019, présenté dans plusieurs festivals et salles dont voici le synopsis:

" 14 février 1942. Jacques, 15 ans, est arrêté par la Feldgendarmerie à Choisy-au-Bac pour détention d’armes. Il est successivement emprisonné à Compiègne, Amiens et La Santé à Paris. Puis, personne ne sait ce qu’il devient : il disparaît. Jacques ne rentre pas à la Libération. Sa mère, Emilia, recherche sa trace pendant plus de 30 ans, en vain. Elle apprend seulement qu’il a été déporté depuis La Santé vers le camp de concentration d’Hinzert, en Allemagne, le 18 juin 1942. En 2015, Olivier Fély-Biolet s’est plongé dans les archives nationales et internationales, en quête du sort de son cousin. Il découvre son terrible parcours et pourquoi personne ne pouvait savoir ce qu’il était devenu. L’histoire de sa disparition, comme celles de milliers d’opposants au IIIe Reich, révèle un aspect méconnu du régime de terreur mis en place par Hitler, entre 1941 et 1944 : celui des “prisonniers NN". Extrait de la jaquette du DVD

Ce film a une place particulière dans le cœur d'Olivier, puisqu'il raconte l'histoire de Jacques, un membre de sa famille et de son copain Maurice, dans un lieu qu'il connaît bien, à savoir Compiègne et ses environs. Il s'agit donc d'un enquête historique pour retrouver la trace de deux adolescents qui, ayant le statut NN, ne devaient donc pas en laisser. Cette enquête l'a emmené dans de nombreux centres d'archives en France, en Allemagne, en Pologne, à visiter des camps, hôpitaux et maisons d'arrêt et à faire de belles rencontres, à tisser des liens. Un travail admirable qu'Olivier a bien voulu partager avec nos élèves qui ont été séduit par cette histoire d'ado dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale. A l'issue de la projection, Olivier a raconté la génèse du projet, le sens donné à sa démarche à la fois mémorielle, familiale et citoyenne par le biais de cet outil qu'il maîtrise avec brio; le cinéma. Les élèves ont pu lui poser des questions auxquelles il a répondu de bonne grâce. Un moment privilégié d'Histoire et de cinéma et une belle rencontre.

Un grand merci à toi Olivier.

L'Equipe AEC

"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
"Ces traces qui restent" présenté à nos élèves par son réalisateur: Olivier FELY-BIOLET
La traditionnelle photo de groupe avec Olivier, les profs de Nanteuil: M.Tandé, M.Le Masson et Mme la CPE. Photo prise par M.Moreau.

La traditionnelle photo de groupe avec Olivier, les profs de Nanteuil: M.Tandé, M.Le Masson et Mme la CPE. Photo prise par M.Moreau.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 16:55
La ligne Chauvineau dans la presse régionale.

La ligne Chauvineau est à l'honneur de la presse régionale! En effet, vient de sortir en ce début d'année 2020 le hors-série du Courrier Picard consacré à l'année 1939 ("Les Picards racontent 1939") dans le cadre du cycle commémoratif sur la Seconde Guerre Mondiale. Ce ne sont pas moins de trois double-pages ( p.14 à 19) qui sont consacrées à la ligne de défense dont une dévolue à l'action de l'AEC dans le secteur de Betz. C'est donc pour nos élèves, qui œuvrent depuis 14 années à la mise en valeur de ce petit patrimoine militaire, une grande fierté. Jamais dans la presse écrite, un tel article y a été consacré. Nous le devons au travail du journaliste Pascal Mureau, venu spécialement enquêter sur le sujet à Betz et en particulier à Macquelines. La zone de diffusion du Courrier Picard étant importante, nul doute que cet article va, nous l'espérons, faire connaître davantage la ligne et l'action des élèves du Collège Marcel Pagnol au-delà des frontières valoisiennes et isariennes.

Le hors-série est vendu dans les lieux habituels que sont les magasins de la presse ou en le commandant sur le site du journal.

L'Equipe AEC

Pour donner aux lecteurs envie de se le procurer.

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Présentation

  • : Le blog de l'AEC"Archéo-Blockhaus" du collège de Betz
  • : Ce blog a pour but de présenter les travaux effectués par un groupe d'élèves volontaires de 3e participant à une Action Educative et Culturelle (AEC) autour de la ligne Chauvineau et plus largement dans le Valois
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