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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 18:47

                                      UNE JEUNESSE A CUVERGNON DANS LES ANNEES 1930-1950

Je m’appelle Marie Gonçalvès et je suis arrivée à Cuvergnon en 1930. Mes parents étaient polonais. Mon nom de jeune fille est LUKASIERWICZ. Mon père Etienne, était originaire de Stary Lubretz dans l’Est de la Pologne proche de la Russie où il était né en 1888. Ils sont arrivés en France en 1923 pour travailler aussitôt la Grande Guerre. Ma mère, prénommée Bronislawa et ma tante sont arrivées en passant par la Suisse, d’abord dans le Nord chez des cultivateurs, puis à Ormoy-le-Davien chez les Ferté. Ils ont toujours travaillé dans l’agriculture. Mes parents se sont mariés en février 1926 à Ormoy-le-Davien où je suis née en septembre. J’ai toujours vécu dans la région. Mes parents sont repartis un temps en Pologne en 1928-1929 où ma troisième sœur, Eugénie est née. On est revenu ensuite en France. On était trois filles et un garçon (André, né en 1927). J’ai perdu mon père en 1946, Maman avait 46 ans. C’est à cette époque qu’on est venus à Villers-les-Potées puis à Cuvergnon (la maison à la porte blanche dans le virage). On y est restés jusqu’à ce que je me marie en septembre 1949. Avec mon mari, nous sommes restés un moment chez mes parents et on a trouvé une maison. Mon mari travaillait à la ferme Ancellin (Pierre Ancellin). Il était originaire de Bagneux dans l’Aisne (près de Soissons). Il a perdu son père à l’âge de 4 ans. C’était une famille d’origine portugaise. Il avait un frère de mon âge. Sa mère s’est remariée et une demi-sœur est née. Il est décédé en 2006.

J’ai eu cinq enfants. On a perdu notre fils Christian il y a dix-huit ans d’un cancer de la moelle osseuse en 2002. Mes filles sont toutes sur Paris, seule ma belle-fille est restée sur Rouville. Elle a deux enfants, fille et garçon.

J’ai connu mon mari à Cuvergnon juste après la guerre.

L’Exode

On a évacué une première fois à Vineuil-St-Firmin pendant trois jours, puis en 1940, on est partis jusqu’à la Loire, c’est-à-dire le moment où on a rencontré les Allemands. Tout le village est parti sauf le charron qui n’a pas voulu. Il y avait tous les ouvriers agricoles et M.Boulay qui avait une voiture et qui était boulanger à la retraite. Les Ancellin aussi en avaient une. On avait préparé les chevaux et des grands chariots à quatre roues. On avait des cages pour emporter des volailles que l’on accrochait au-dessous des chariots. On avait pris des matelas. Au bout de quelques kilomètres, on s’arrêtait pour donner du fourrage aux chevaux. On trouvait des volailles dans les fermes désertées. On faisait un feu avec quatre briques pour cuire nos aliments. Sur la Loire, les Allemands étaient de l’autre coté du pont. Alors, on est revenus, étape après étape. Je ne sais plus combien de temps on est partis. On a vu passer des avions, mais on n’a pas été visés. Par contre, pendant la guerre, des avions ont bombardé du côté de Thury alors que nous étions dans les champs. On a eu très peur. Durant l’Exode, on dormait n’importe où, dans les arbres, par terre… On restait une nuit et le lendemain, on repartait. On avait emmené du ravitaillement, mais généralement on en trouvait sur place.

La vie quotidienne sous l’Occupation.

Après 1940, mon frère et moi avons arrêté l’école car il fallait travailler. En ce temps là, il n’y avait pas les allocations familiales, c’était dur, puis mon père est décédé en 1946 et mon frère est parti à l’armée l’année suivante.

A l’école, l’institutrice était Mlle Vialatte. Elle a exercé longtemps car mes deux premiers enfants l’ont eue aussi. A cette époque, c’était une classe unique et il est arrivé qu’on soit 52 en classe. On ne parlait pas trop de la guerre. On allait à l’école jusqu’au 14 Juillet. Je me souviens qu’on cueillait du tilleul qu’on allait vendre dans le village pour avoir une cagnotte. On avait des tickets de rationnement pour le pain, la charcuterie et les légumes. On allait chercher le pain à Thury et n’avions droit qu’à une tartine par jour. Pour la charcuterie, on allait à pieds jusqu’à Crépy ou à Bouillancy où il y avait des bouchers. Tous les mercredis, avec ma mère, nous allions au marché de Crépy. On partait le matin et on revenait à midi. On peut dire qu’on n’a pas trop manqué grâce aux volailles et aux légumes du jardin.

Je ne me souviens plus des Allemands, par contre je me rappelle des prisonniers allemands qui travaillaient dans les fermes à la fin de la guerre. Certains d’entre eux sont d’ailleurs restés. La sœur de ma belle-sœur s’est par exemple mariée à un Allemand du nom de Kraus. Des cas similaires ont eu lieu à Bargny, à Baron où une petite cousine de mon mari s’est aussi mariée à un Allemand. Les prisonniers français sont rentrés, eux, en 1945-1946. Ici, à Cuvergnon, Paul BOUVIER a été fait prisonnier en Allemagne et Georges JEANNIN [1] a été tué. Il y a eu aussi le cas de M.MOULIN  et son beau-frère qui se sont cachés dans la grande maison blanche. C’étaient des réfractaires au STO. Pour autant, ils n’ont jamais été inquiétés. A ma connaissance, il n’y a pas eu de Résistance ici, mais J’avais douze ans à l’époque j’étais une enfant et je ne m’intéressais pas à tout ça.

 

Il s’agit de Georges Victor JEANNIN né le 21 mars 1914 à Cuvergnon, Fils de Edmond Henri Léon JEANNIN et de Clémence LEGRAND. Soldat au 51ème R.I.,il est mort au combat le 26 juin 1940 à Aubigny (Ardennes). Il repose au cimetière communal.

 

La vie à Cuvergnon

Je me souviens qu’on peignait les murs des maisons à la chaux. On faisait les pinceaux avec de la ficelle lieuse. Dans la chaux, on délayait à l’eau et on mettait des boules de bleu. Comme dans la dernière lessive de rinçage pour que le linge soit plus clair.

A Cuvergnon, il y avait un lavoir, mais je n’y allais pas. C’était un grand bac avec à côté un plus petit pour laver. Au bord, il y avait une planche et tout le monde lavait son linge dans la même eau…Il se trouvait dans le local technique actuel. Moi, je lavais mon linge chez moi. Dehors, il y avait des bornes-fontaines. En hiver, quand l’eau des bornes gelait, on tirait de l’eau du puits situé devant chez moi. On en a fait tomber des seaux dedans ! En hiver, on ne lavait pas les draps car on n’avait rien pour les faire sécher. Dans les maisons, il n’y avait pas d’électricité et l’on s’éclairait avec des lampes pigeon ou des lampes à pétrole.

Avant guerre, il y avait pour labourer les champs des charrues à vapeur. Il y en avait une à la ferme stationnée sur la route d’Antilly. Un câble poussait la charrue. Par la suite, il y a eu des faucheuses puis des moissonneuses. J’ai commencé à travailler dans les champs à l’âge de quatorze ans. C’était dur de faire la moisson, les betteraves etc… à une époque où il n’y avait pas de machines, mais seulement nos bras. Il fallait couper les chardons, arracher les rameluches (des fleurs jaunes comme le colza) qui étaient des mauvaises herbes, mais aussi des cailloux. Je n’aimais pas du tout ça. Lors de la moisson, il fallait faire des bottes, ça faisait des rangées, puis des tas. Une botte au milieu, une de chaque côté et une au-dessus pour ne pas qu’il pleuve sur le tas. Si c’était trop mouillé, il fallait les retourner et tout recommencer. C’était du boulot ! Même chose pour ramasser les pommes de terre, les carottes, les betteraves rouges. Au bout d’un moment, on a arrêté ça. Les pommes de terre étaient envoyées par le chemin de fer par la gare d’Antilly. On en gardait stockées pour l’hiver. Les ballots de paille étaient faits à la presse et partaient aussi par le train. La nue paille (épis décortiqués) restante était utilisée pour nourrir les vaches. Elle était mélangée avec de la pulpe de betteraves. Il y avait un grand silo à coté de la route de Crépy avec une fosse. Les camions vidaient là quand il y avait la râperie. C’était la sucrerie de Vauciennes qui venait chercher les betteraves. Il y avait une main d’œuvre polonaise et belge nombreuse. Face à la ferme Ancellin, sur le côté droit de la route lorsqu’on se dirige vers Crépy, il y avait des petites baraques en briques pour les ouvriers qui étaient de campagne. On faisait des rangées de betteraves et, avec une serpe, on coupait les feuilles (la tête). Quand il gelait, on recouvrait les betteraves de feuilles pour les protéger. On les chargeait sur la place et les camions venaient les chercher. C’était un travail dur, surtout d’arracher les betteraves quand il faisait froid. Puis, les machines sont arrivées. M.Pinçon, entrepreneur de Villers-les-Potées a eu la première moissonneuse dans les années 1950. Avant, c’étaient les batteuses avec les chevaux.

Il y avait des fêtes organisées au village, elles avaient lieu dans la cour de l’école, mais aussi des manèges et des bals. On allait au cinéma à pieds jusqu’à Crépy, nous étions toute une bande. Le soir, on allait au cinéma à Betz. Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage. De Cuvergnon, on y allait par le fond des bois jusqu’à Antilly par la ferme de la Clergie, puis on prenait la route de Betz.

A l’époque, il y avait une grande mare sur la place et d’autres ailleurs. On comptait alors deux cafés, l’un près de chez moi et l’autre sur la route de Thury. Ils étaient très fréquentés et l’un des deux faisait aussi mercerie et épicerie. A l’époque tout le monde allait au café. Je me souviens que dans la cour il y avait un bâtiment dans lequel il y avait un piano. On y faisait les bals. Pendant la guerre, il y est venu un animateur qui avait un singe et un boa, une sorte de petit cirque. On l’appelait « Chocolat ». Aujourd’hui, le village est mort, il n’y a plus de commerçants. Tous les samedis, les jeunes se réunissaient chez Maman. Les filles tricotaient tandis que les garçons jouaient aux cartes et ce, jusqu’à 5 heures du matin ! Des fois, mon père se levait pour aller donner à manger aux chevaux qu’ils étaient encore là. On était bien une vingtaine.

Après la guerre, il y a eu des saisonniers espagnols et italiens, mais aussi de nombreux Polonais, des Yougoslaves et des Tchèques qui travaillaient à la ferme. Leurs enfants allaient à l’école. Du jour où je suis allée à l’école, je n’ai plus parlé polonais, même mes parents se sont mis à parler français au point que Maman ne savait presque plus parler polonais à la fin.

J’ai connu toute la famille Ancellin sur quatre générations, mais aussi les Heurlier à Thury, les Mommelé à Betz, les Brisset, les Dumont à la ferme du Bois-Milon, les Garnier de Bargny ainsi que Triboulet, Bardin, Bergeron, Coulon et Lambert. Il y avait beaucoup de petites fermes à Bargny. On allait aussi à Rouvres, à Etavigny, mais pas à Acy, ni à Ivors pas plus qu’à la Villeneuve-sous-Thury. A Bouillancy, je connaissais les Rakus-Lewko, à Rouvres, l’instituteur M.Lécuyer.

Considérations culinaires

 

Dans ma jeunesse, on mangeait du pain et de la graisse. On n’avait que ça. On allait glaner les betteraves et il en restait dans les champs. On les nettoyait, on les coupait en morceaux et on les faisait cuire dans une grande bassine, ça faisait comme du miel. C’était roux, très roux. On mettait ça dans des bocaux et on en versait un peu dans le café pour le sucrer. C’était bon. Maman avait de la farine que le Moulin nous livrait. On faisait notre pain nous- même.

On ne faisait pas de viande rôtie, on ne faisait que de la viande au bouillon, le canard au bouillon. Maman tuait les canards et récupérait le sang. Le premier sang qui coulait, Maman mettait un peu de vinaigre dans un bol et faisait couler le sang dedans pour qu’il ne fige pas, et, dans un autre, elle faisait couler sans vinaigre. Celui-ci, on le faisait cuire dans une poêle et après dans l’eau, après quoi on le coupait en morceaux et on le faisait revenir dans la poêle. Celui avec le vinaigre était délayé dans le bouillon.

On faisait aussi de la choucroute. Pour ça, Maman coupait du chou toute la journée au couteau. Des baquets entiers. Tous les dimanches, c’était choucroute. On tuait des porcs, mais en ce temps- là, il n’y avait pas de réfrigérateurs. En revanche, on avait des saloirs, aussi on faisait beaucoup de pâtés, de saucissons, d’andouillettes etc… et de la « salsassonne » en Polonais faite avec de l’estomac. On faisait sécher le saucisson sur un morceau de bois. Sur le pâté, on mettait une couche de graisse pour le conserver, pour que la viande ne soit pas à l’air libre. Le restant était salé. Maman cuisinait à la méthode polonaise des « klouskis ». Je continue à en faire de nos jours. De la pomme de terre râpée fin, essorée, j’y ajoute un peu de farine, deux œufs, puis je retourne et fais comme des crêpes.

 

Marie Gonçalvès est décédée le 20 Février 2020

                                                                                FIN

Témoignage recueilli par T.Abran.  Cuvergnon, le 6 Avril 2017. Publié avec son aimable autorisation.

L'Equipe AEC

[1] Il s’agit de Georges Victor JEANNIN né le 21 mars 1914 à Cuvergnon, Fils de Edmond Henri Léon JEANNIN et de Clémence LEGRAND. Soldat au 51ème R.I.,il est mort au combat le 26 juin 1940 à Aubigny (Ardennes). Il repose au cimetière communal.

Il convient d'ajouter Henri REGNAULT né à Cuvergnon en 1918 et qui était ouvrier géomètre chez Maître Auroire à Acy-en-Multien et qui figure au monument aux morts de la commune. Marie n'en parle pas.

Un GMC dans la ferme Ancellin à Cuvergnon après-guerre.

Un GMC dans la ferme Ancellin à Cuvergnon après-guerre.

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 17:05

Dans le cadre de nos recherches sur l'histoire du Valois, nous vous présentons dans la rubrique"Témoignages", l'interview de Mme Lucienne Cousin réalisée en 2019 chez elle au Plessis-Belleville. Aujourd'hui âgée de 90 ans, Mme Cousin (née Léocadie Pacesny) enfant arrivée de Pologne en 1930, a vécu son enfance à la ferme de Nogeon où elle subit la guerre, puis le reste de sa vie au Plessis-Belleville où elle travailla un temps chez la famille Bataille, industriels bien connus et créateurs de l'entreprise Poclain. Une page d'histoire qui couvre près d'un siècle du Valois entre agriculture et industrie, une époque entre guerre et grandes mutations économiques et paysagères de notre région.

A noter que certaines affirmations sont sujettes à caution du fait de la mémoire que le temps déforme, que certains noms de famille d'origine polonaise, recueillis oralement n'ont peut-être pas la bonne orthographe. Nous remercions Mesdames Jocelyne Bellouin et Dominique Gibert pour certaines précisions apportées au récit.

Bonne lecture

L'Equipe AEC

Je m’appelle Léocadie COUSIN née PACESNY, mais mon prénom usuel est Lucienne. Je suis née à Dobra en Pologne en 1930.

Mon père, polonais, est venu en France en 1929. Il est venu seul, car ma mère, enceinte de moi, n’avait pas le droit de venir. Il s’est installé à Marly-la-Ville près de Louvres. Ma mère l’a rejoint en mars ou avril 1930 avec moi dans un couffin. Nous avons vécu à Marly-la-Ville puis à Vémars où je suis allée à l’école. Mon père était maréchal-ferrant à la sucrerie de Villeron. Nous étions trois filles ; Irène, Geneviève et moi. Mes sœurs sont aujourd’hui décédées, la dernière au mois de septembre 2018 à l’âge de 85 ans. Mes deux sœurs étaient nées en France à Vémars. Du coup, je suis la seule polonaise. Nous sommes venues Maman et moi en France à Paris en train. C’est mon grand-père qui, avec son cheval, nous avait amené à la gare de Poznan.

Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA
Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA

Carte postale ancienne de Marly-la-ville et de la sucrerie de Villeron à Louvre. Source CPA

En 1936, lors des grèves, mon père a fait grève comme les autres, mais il n’en avait pas le droit. La direction, qui avait fait les papiers pour qu’il vienne en France, l’a convoqué. Le patron lui dit alors : « Jean, tu n’es pas venu ici pour faire la grève mais pour travailler. Je te laisse le temps de trouver un autre travail pour que tu restes en France, si tu n’en trouves pas, tu rentres au pays ». Comme il y avait dans le nord de la France beaucoup de Polonais et en particulier dans notre région, certains se connaissaient un peu. Il a alors demandé à l’un d’eux qui travaillait à la ferme de Nogeon de faire une lettre pour entrer à la ferme de M.Boufflers. Celui-ci accepta d’embaucher mon père et nous déménageâmes en 1937 à Nogeon. C’était un endroit miséreux, avec des paillasses en guise de lits, pas de courant en permanence, juste à certaines heures et à  dix heures du soir, il n’y en avait plus. La maison était à l’extérieur de la ferme, au carrefour de la route descendant à Bouillancy. Un peu plus bas se trouvait la D.C.A. qui donnait sur la plaine. C’est la route que je prenais pour me rendre à l’école. Face à la maison, il y avait une fontaine pour l’alimentation en eau, nous y allions pour tout le monde. Au milieu de ces maisons, il y avait une forge, des cabanes à lapins. Les toilettes étaient à l’arrière, c’était juste un trou et sans eau. Notre maison était située au milieu. Au début, à notre arrivée, nous étions dans une des premières, mais peu de temps. Par la suite, on s’est rapproché de la ferme. On sortait les bancs pour laver le linge. Derrière la maison, nous avions un jardin et maman faisait des lapins, des poules et un cochon. En Pologne, ils avaient une ferme et maman savait traire les vaches, ce qui nous a sauvé.

Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.
Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.

Vue du hameau de Nogeon (commune de Réez-Fosse-Martin) aujourd'hui. Photo AEC 2019 et photo aérienne de Bouillancy.

Pour aller à l’école, il fallait de bonnes chaussures, mais on ne nous les donnait pas ! Moi, j’avais 7 ans et je travaillais bien à l’école. J’avais un paquet d’images ! Au début, j’allais à l’école à  Bouillancy le haut. L’institutrice avait son mari qui était parti à la guerre. Elle était maire de Bouillancy avec M.Haas pour Réez-Fosse-Martin[1]. C’est elle qui distribuait les bons pour les chaussures. Ensuite, je suis allée à l’école du Bas-Bouillancy juste en face du cimetière. Le mercredi, les garçons faisaient le jardin derrière et nous, les filles, faisions de la couture. Je me souviens, il y avait Gachelin ?, elle était un peu plus âgée, au CM2, année qui prépare au certificat d’études, il y avait des filles qui avaient déjà 15 ans, il y avait aussi Jacquet. Les plus petits allaient à l’école de Bouillancy le haut, face à la ferme Vaillant, et, à partir du cours moyen, en 2ème année, on allait à Bas-Bouillancy. Il y avait 3 kms pour y aller par la route de l’aérodrome[i].

Sur cet aérodrome je sais peu de chose car nous n’avions pas le droit d’y aller. Il y avait la troupe sur la route de Réez-Fosse Martin, les champs appartenaient à M.Boufflers ainsi que la forêt où nous allions chercher du bois. On ne voyait pas beaucoup les militaires. Il y avait un bloc en ciment. Tous les soirs les avions passaient au-dessus de nos têtes, on les entendait très bien. A ma connaissance jamais un avion n’a atterri. Sur l’aérodrome, on ne voyait pas d’avion la journée, tout ce qui se passait, c’était la nuit. Nous n’entendions pas, mais nous voyions  des lampes rouges.

Puis la guerre est arrivée et les hommes sont partis. Chez les Polonais de Nogeon, les Jovatski ( ?) père et les deux fils ont été mobilisés. Mon père est parti dans les derniers car il avait trois enfants. Morawski qui en avait quatre (dont Stanislawa et son frère Adam) n’est pas parti. Il habitait la maison individuelle sur la route de Réez-Fosse-Martin.

Nous avons évacué une première fois jusqu’à Montargis[ii] avec des chevaux et des tombereaux que nous utilisions pour la moisson. Tout Nogeon est parti avec, en tête du convoi, M.Boufflers qui, avec sa voiture ouvrait la route et qui s’est toujours occupé de nous. Derrière, il y avait un tracteur, puis les Zowalski, à coté ; les Guévalski, les Pirkowski qui eux, étaient déjà âgés. Lui, était charretier donc il y avait trois ou quatre chevaux. Ils sont partis avec leurs deux filles qui avaient bien 19 ans. Je me souviens que Mme Pirkowski faisait pipi dans le tombereau tandis que son mari buvait. Du coup, les chevaux partaient dans tous les sens !  Nous avons pris des couvertures parce qu’il fallait dormir la nuit. Je suis partie avec maman et mes sœurs.

Au deuxième exode, on est allé à 6 km du front ??? à Orléans. Dans les forêts aux alentours, on abattait des arbres. Je me souviens qu’à un moment, maman et mes sœurs étaient descendues du tombereau et je décidai de m’allonger sur mon oreiller. D’un seul coup, une balle m’est passée devant ! Je suis tout de suite descendue en pleurant. J’avais dix ans et j’avais eu la peur de ma vie. Nous ne sommes pas allés plus loin et avons rebroussé chemin. M.Boufflers nous trouvait du pain tandis que nous faisions du thé dans un faitout. On y ajoutait le pain. Parfois, si on arrivait à voler une poule, on la mettait dans un sac et je la tuais contre un mur ou dans l’eau…Qu’est-ce qu’on s’est fait disputer par les Allemands ! Les filles  descendaient parfois de charrette pour conduire les chevaux. Mais, globalement, ils ne nous ont pas fait de mal. Sur le retour, on s’arrêtait dans les fermes, on dormait dans les ballots récemment moissonnés. On a mangé du pain qui était moisi, ce n’était pas très bon. Nous, les enfants, on jouait à cache-cache. Puis, on est rentré à Nogeon où nous avons retrouvé des chevaux tués et tout le monde a repris ses activités et retrouvé sa maison. Ensuite, ce fut l’Occupation.

 

[1] Il s’agit de Mme Solange BOCQUET dont le mari, Pierre était prisonnier. Ils ont fait tous deux leur carrière d’instituteurs à Bouillancy. Mme Bocquet était en réalité secrétaire de mairie pendant l’absence de son mari. Note de Jocelyne BELLOUIN

 

[i] Il s’agit du terrain militaire de Betz-Bouillancy du GC III/6

[ii] Mme Cousin semble amalgamer les deux évacuations de mai-juin 1940.

Léocadie PACESNY (Lucienne COUSIN), la vie d'une enfant polonaise  entre Nogeon et le Plessis-Belleville. Témoignage.

Quand ils sont arrivés, les Allemands se sont installés au château d’Acy. Ils n’étaient pas méchants avec nous et disaient même qu’on pouvait venir chercher de la soupe et du pain le soir . On y allait avec le pot à lait. Ils avaient des side-cars. Ceci dit, nous ne descendions pas souvent à Acy, juste lorsque nous avions besoin de ravitaillement à l’Union Commerciale ou au Caïffa. Une bouchère, qui venait de Saint-Pathus passait, elle aussi était polonaise. La ferme nous fournissait en blé et je faisais du son, de la semoule et de la farine. M.Boufflers avait des moutons et beaucoup de terres jusqu’à Acy. On ne peut pas dire  que l’on ait souffert. On avait un four dans lequel on mettait sept tourtières. A côté, il y avait Mme Grosbel (Robel ?) et Pierre Koski dont la fille est parte en Angleterre. Nous n’avions pas peur des Allemands. Quand j’allais glaner, les avions passaient au-dessus de ma tête. Les hommes avaient creusé des fossés pour se mettre à l’abri et même des escaliers pour y accéder. Notamment au moment où les Allemands fichaient le camp. Pendant ce temps, mon père était prisonnier en Allemagne, il y est resté cinq ans. D’autres de Nogeon y étaient aussi ou même en Suisse.

Quand les Américains sont arrivés, je me souviens que j’entendais des trompettes et des trompettes ! Je les ai vus descendre sur Acy et on s’est tous mis sur la descente. Ils nous ont donné des chewing-gums. Ils sont arrivés l’après-midi. On disait : «ça y est, on est sauvé, on est sauvé ! ». Tout le monde était heureux. On a vécu longtemps avec les Américains qui habitaient au château de M.Chartier au Plessis-Belleville même après le retour de mon père en 1945 qui y travaillait. Ma mère partait alors de bonne heure « faire les vaches » puis rentrait nous habiller pour aller à l’école. On partait alors à l’école avec Henri Zowalski, Jeanine, Suzanne et d’autres filles.

Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus
Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus

Arrivée de Américains à Bouillancy le 28 Août 1944. Photo Coll. M.Rakus

Mon père est rentré de captivité en mai 1945. Je me souviens que j’étais en train de biner les betteraves et maman me donnait un coup de main. Il est arrivé quand je faisais la « 2ème façon ». Il est venu me voir au champ et j’ai pleuré. Mais, la vérité est que pendant le temps où il n’avait pas été là, j’avais eu la paix. Mon père était très dur avec maman. Toute sa vie, elle a été battue. Je ne sais pas pourquoi. Elle est morte à 86 ans et a emporté son secret avec elle. Je ne comprends pas pourquoi elle est restée avec lui.  Quand il est revenu, je me suis dit : « ça y est ça va recommencer » et c’est vrai. Il est mort à 93 ans. Quand il est revenu, sont revenus aussi René Brouillet, Arnold Berjac ? de Silly le Long. Il y avait aussi les Bankowski, des gens formidables qui avaient une fille prénommée Chénati et deux fils ; Léon et Thomas. Ils vivaient dans le coin où il y a la fontaine. Mme Bankowski savait tout faire, elle remplaçait même le docteur. Elle savait mettre des ventouses, faire des piqûres et toujours au soin des gens. Pendant la guerre, ils avaient une radio et l’on y entendait les discours de De Gaulle et les messages de la Résistance. On n’y comprenait rien, mais on y allait quand même !

A son retour de captivité, mon père a quitté la ferme Boufflers et est venu ici au Plessis-Belleville et on l’a fait rentrer chez M.Paul Bataille en Août 1945. Lorsqu’il a été appelé en 1940, mon père est allé à Coëtquidan, puis il a été fait prisonnier et est parti en Allemagne dans une ferme tenue par une femme qui le logeait dans une pièce à part, qui lavait son linge et le nourrissait. Il n’était pas malheureux. De sa captivité, il en a rapporté des photos. Quant à maman, elle lui envoyait des gâteaux, elle était bonne, mais si malheureuse.

Ce sont les Bataille qui m’ont sauvé, pas mon père lorsque je suis arrivée au Plessis-Belleville. Mon père m’a placée chez eux. Il y avait Georges et Paul qui tenaient une ferme. Puis, Georges a fondé Poclain. Il m’a placée comme cuisinière, mais je n’y connaissais rien du tout, j’avais à peine 17 ans.  J’y suis allée, je n’avais pas le choix et j’y suis restée jusqu’à mon mariage. Mon père y était forgeron pour les paysans qui travaillaient pour les Bataille dans la plaine. Il réparait les socs de charrue, les lames. Mais souvent il fermait, il ne voulait pas réparer, alors, un jour M.Bataille (qui était toujours à cheval et à qui je faisais les bottes) lui dit : « Jean, ici c’est moi qui commande, ce n’est pas toi. Quand les ouvriers viennent et trouvent porte close, comment font-ils pour faire le travail que je leur ai demandé ?  Je ne peux pas te garder. Tu as une maison, (on habitait alors à côté du château-la mairie actuelle-où se trouve l’actuelle épicerie sociale). Alors, ta femme et ta fille je les garde, mais pas toi. Je ne te chasse pas de la maison, mais quand tu en auras trouvé une autre, tu pourras t’en aller». Il avait acheté un terrain pour bâtir au Plessis, rue du parc et l’a revendu. Mais il fallait qu’il trouve une autre place, car il ne s’entendait nulle part. Après Nogeon, il avait trouvé une place en usine au Blanc-Mesnil, il prenait le train tous les jours et mangeait à la cantine. Il a trouvé là-bas une maison rue Bernard Lefebvre dans un coin calme et bien placé. Il est parti dans les années 1952. Moi, je me suis mariée en 1951, puis j‘ai habité trois chez ma belle-mère. Les Bataille étaient des gens très gentils. Paul a eu trois enfants, mais sa femme est décédée au 3ème enfant. Il s’est remarié avec une femme du Havre avec qui il a eu 5 enfants. Cela faisait donc huit ! Mais un des garçons est décédé.

Mme Bataille chez qui j’étais employée était une femme impeccable. Lorsqu’on mettait la table et qu’il y avait du monde, s’il y avait un pli, il fallait prendre le fer à repasser. Mais jamais une histoire. Moi, je faisais la cuisine et servais à table. Il y avait une sonnette. Avant le repas, les convives se lavaient les mains au vestibule, puis on disait le bénédicité. C’était la haute société. Je me faisais des petits plats, les mêmes que les invités, mais que je mangeai en cuisine. Mme Bataille me disait : « Lucienne, prenez toutes les confitures que vous voulez dans l’armoire, mais surtout pas la pêche ; c’est pour monsieur ». En effet, Monsieur était déjà malade et ne tolérait pas l’acidité. Il avait déjà un rein en moins. J’ai beaucoup appris chez les Bataille et suis peu à peu devenue une bonne cuisinière. Le mercredi, je faisais des gâteaux pour la mère de Madame qui les appréciait. On les lui apportait à Paris, rue de Vaugirard. A cette époque, je ne manquais de rien. Un jour, quand je suis retournée à Nogeon voir mes copines, elles ne m’ont pas reconnu !

Au Plessis, il y avait de belles fêtes à la Pentecôte. On était très soudé et solidaire à cette époque. Avec Pierre Bataille, on a fait du théâtre, on faisait la Sainte-Catherine avec des chars. Il y avait les bals pour auxquels les mamans accompagnaient leur fille, car ce n’était pas elles qui couraient les garçons ! Il y avait aussi des jalousies. Un jour une fille a dit à mon endroit : « Ah, ces Polaks, elles nous prennent tous nos garçons ! ». On avait appris à danser la valse avec René Brouillet et ce, déjà au temps de Nogeon où on avait un gramophone sur lequel on écoutait « la valse brune », ou « les ponts de Paris ». René jouait aussi de l’accordéon. J’adorais la valse et je valsais bien. J’avais ça dans la peau ! Pour la fête du Plessis, je me faisais une belle robe.

                                                                                                               FIN

Interview publiée avec l'aimable autorisation de Mme Lucienne Cousin et de son fils Christian. Un grand merci à tous deux pour la chaleur de leur accueil et à l'intérêt porté à ce témoignage.

 

[1] Il s’agit du terrain militaire de Betz-Bouillancy du GC III/6

[1] Mme Cousin semble amalgamer les deux évacuations de mai-juin 1940.

La ferme Bataille au Plessis-Belleville. Source: Génération deux

La ferme Bataille au Plessis-Belleville. Source: Génération deux

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 12:27

Comme chaque année, l'AEC propose à ses élèves une conférence sur un sujet concernant la première ou la deuxième guerres mondiales.

Vendredi 15 Mars, à l'invitation de l'AEC, Monique Goube, habitante de Betz est venue au collège offrir aux élèves une conférence sur Charlotte DELBO, écrivaine résistante déportée à Auschwitz-Birkenau qui n'était autre que sa tante par alliance. En effet, l'oncle de Monique était Georges DUDACH qui épousa Charlotte. Elle découvrit sur le tard l'histoire de ces deux personnages acteurs de la Seconde Guerre Mondiale. Monique ne les a pas connus mais s'est intéressée à leurs parcours qu'elle a accepté de nous dévoiler.

Un grand merci à Monique et un grand bravo car il s'agissait d'une première.

L'Equipe AEC

CONFERENCE de Monique GOUBE sur sa tante Charlotte DELBO
Conférence de Monique Goube devant les élèves de l'AEC. Photos AEC
Conférence de Monique Goube devant les élèves de l'AEC. Photos AEC
Conférence de Monique Goube devant les élèves de l'AEC. Photos AEC

Conférence de Monique Goube devant les élèves de l'AEC. Photos AEC

Charlotte Delbo

Un engagement de jeunesse

Charlotte Delbo est née le 10 août 1913, à Vigneux-sur-Seine (Seine-et-Oise), elle est l’ainée de quatre fils et son père est chef monteur.

Après le baccalauréat, elle commence des études de philosophie et elle fréquente les cours d’Henry Lefebvre.

En 1932, elle adhère à la Jeunesse communiste et deux ans après, elle fait la connaissance de Georges Dudach qui devient son mari.

En 1937, pour un journal d’étudiants, elle interviewe Louis Jouvet. Ses projets pour le futur basculent alors. Jouvet admire son travail de réécriture et lui propose de devenir sa secrétaire.

Peu de temps après leur rencontre, Charlotte Delbo travaille à l’Athénée (le théâtre de Jouvet à Paris) avec pour tâche de suivre le metteur en scène et de retranscrire ses cours.

Ce travail devient pour Charlotte une véritable école de pensée et de regard.

De Paris à Buenos Aires

Au moment de l’exode, l’Athénée ferme et Jouvet quitte Paris pour le sud. Charlotte, dans un premier temps prend la route vers la Loire, mais, arrivée à Chateaurenard, elle décide de rentrer.

Dans un Paris désert, Charlotte retrouve l’Athénée vide.

Bientôt, elle en garantit la réouverture. Une fois que la vie reprend, les limites imposées à la troupe par les occupants deviennent insupportables à Jouvet.

L’attachement pour son travail et l’impossibilité de faire des compromis poussent Jouvet à quitter Paris avec sa troupe.

Avec Jeanne Mathieu, Charlotte fait toutes les démarches nécessaires pour un départ en Amérique latine et elle décide de rester à son poste, même si cela veut dire quitter son pays.

C’est à Buenos Aires, un dimanche de septembre 1941, qu’elle apprend qu’André Woog, « un jeune architecte de nos amis, communiste », arrêté en avril pour propagande antinazie, a été guillotiné à Paris.

Après un voyage en bateau où il n’y avait que trois passagères et en passant par Lisbonne, elle regagne la France le 15 novembre 1941.

À Paris, elle vit dans la clandestinité avec son mari dans un studio loué sous un faux nom : il sort plusieurs fois par jour, elle reste à la maison pour mener son activité clandestine : « II rapportait du travail : des textes à taper, des articles à mettre au net, à mettre en page ». Elle écoute la radio, Londres et Moscou.

L’arrestation

Le matériel occupe presque tout le plancher : documentation, clichés, un numéro, tout prêt pour l’imprimerie, des Lettres françaises, dont Jacques Decour est le rédacteur en chef (Daniel Decourdemanche, dit Jacques Decour, écrivain, professeur d’allemand, a été arrêté le 17 février 1942, fusillé au Mont-Valérien le 30 mai 1942).

De fait, quand les cinq policiers des brigades spéciales font irruption dans leur studio le 2 mars 1942, à midi et demi, ils se jettent sur Georges Dudach à qui ils passent les menottes. Charlotte est alors préoccupée par l’hôte envoyé dans la salle de bains avant d’ouvrir. Quand l’un des policiers revient de la salle de bains en disant : “Il n’y a rien par ici”, elle est soulagée. Le gars a sauté par la fenêtre et s’est réfugié dans l’appartement du dessous. Il s’appelle Pierre Villon, le futur mari de Marie-Claude Vaillant-Couturier.

L’exécution de Georges Dudach

Georges et Charlotte sont transférés à la Santé.

Dudach est condamné à mort, comme Marcel Raymond Engros, Jacques Solomon, Jean Claude Bauer, Georges Politzer, Claude Abel Gaulué, André Pican, en répression à l’attentat de l’administrateur militaire Kuligk tué le 19 mai 1942.

Georges a été fusillé le 23 mai 1942 au Mont-Valérien. Charlotte lui dit adieu ce matin-là à la Santé. Deux feldwebelsl’emmènent près de lui. Il avait vingt-huit ans.

Après la guerre, le parcours de résistant de Georges est reconnu officiellement par l’Organisme liquidateur des mouvements OS, FN, FTPF et Paul Eluard consacre à sa mémoire le poème Avis mis en musique par Elsa Barraine et publié en 1946 dans Regardes.

Une plaque au nom de Georges Dudach a été apposée au 10, rue Sainte-Anastase, Paris 3e, à l’entrée de l’immeuble où le couple habitait (avant et après leur mariage ?).

Romainville

Le 24 août 1942, Charlotte quitte la Santé pour Romainville où elle fait la connaissance de celles qui devaient partager son destin à Birkenau : Viva, Yvonne Blech, Yvonne Picard, Lulu, Cécile, Carmen, puis Madeleine Doiret, Poupette.

À Auschwitz, Charlotte Delbo a le typhus mais ne va pas au Revier.

Pendant l’été 1943, Charlotte Delbo et neuf de ses camarades sont transférées au Kommando de Raïsko, pour travailler à l’acclimatation du kok-saghyz (sorte de pissenlit).

Cette plantation devait servir à la fabrication de la gomme dans laquelle aurait dû se spécialiser l’usiné de la Buna, mais qui néanmoins n’en produira jamais un kilogramme.

L’usine est la propriété de l’IG-Farben, qui exploitent ainsi des Hàftiinge, comme esclaves, ce qui sera à l’origine de la construction du Lager Auschwitz III – Monowitz.

Charlotte et ses camarades passent l’automne et le début de l’hiver à Raïsko.

En janvier, elles sont rappelées à Birkenau et y retrouvent les quelques Françaises qui restent encore en vie.

Ravensbrück

Il fallait partir. Probablement « un bureaucrate un beau jour, a trouvé contraire au règlement que des Français non juifs soient à Auschwitz ».

Ainsi a été planifié leur départ pour Ravensbrück.

De fait, quand les cinq policiers des brigades spéciales font irruption dans leur studio le 2 mars 1942, à midi et demi, ils se jettent sur Georges Dudach à qui ils passent les menottes. Charlotte est alors préoccupée par l’hôte envoyé dans la salle de bains avant d’ouvrir. Quand l’un des policiers revient de la salle de bains en disant : “Il n’y a rien par ici”, elle est soulagée. Le gars a sauté par la fenêtre et s’est réfugié dans l’appartement du dessous. Il s’appelle Pierre Villon, le futur mari de Marie-Claude Vaillant-Couturier.

L’exécution de Georges Dudach

Georges et Charlotte sont transférés à la Santé.

Dudach est condamné à mort, comme Marcel Raymond Engros, Jacques Solomon, Jean Claude Bauer, Georges Politzer, Claude Abel Gaulué, André Pican, en répression à l’attentat de l’administrateur militaire Kuligk tué le 19 mai 1942.

Georges a été fusillé le 23 mai 1942 au Mont-Valérien. Charlotte lui dit adieu ce matin-là à la Santé. Deux feldwebelsl’emmènent près de lui. Il avait vingt-huit ans.

Après la guerre, le parcours de résistant de Georges est reconnu officiellement par l’Organisme liquidateur des mouvements OS, FN, FTPF et Paul Eluard consacre à sa mémoire le poème Avis mis en musique par Elsa Barraine et publié en 1946 dans Regardes.

Une plaque au nom de Georges Dudach a été apposée au 10, rue Sainte-Anastase, Paris 3e, à l’entrée de l’immeuble où le couple habitait (avant et après leur mariage ?).

Romainville

Le 24 août 1942, Charlotte quitte la Santé pour Romainville où elle fait la connaissance de celles qui devaient partager son destin à Birkenau : Viva, Yvonne Blech, Yvonne Picard, Lulu, Cécile, Carmen, puis Madeleine Doiret, Poupette.

À Auschwitz, Charlotte Delbo a le typhus mais ne va pas au Revier.

Pendant l’été 1943, Charlotte Delbo et neuf de ses camarades sont transférées au Kommando de Raïsko, pour travailler à l’acclimatation du kok-saghyz (sorte de pissenlit).

Cette plantation devait servir à la fabrication de la gomme dans laquelle aurait dû se spécialiser l’usiné de la Buna, mais qui néanmoins n’en produira jamais un kilogramme.

L’usine est la propriété de l’IG-Farben, qui exploitent ainsi des Hàftiinge, comme esclaves, ce qui sera à l’origine de la construction du Lager Auschwitz III – Monowitz.

Charlotte et ses camarades passent l’automne et le début de l’hiver à Raïsko.

En janvier, elles sont rappelées à Birkenau et y retrouvent les quelques Françaises qui restent encore en vie.

Ravensbrück

Il fallait partir. Probablement « un bureaucrate un beau jour, a trouvé contraire au règlement que des Français non juifs soient à Auschwitz ».

Ainsi a été planifié leur départ pour Ravensbrück.

Le journal Combat annonce alors la mort de Charlotte Delbo : le 22 septembre 1944, l’article affirme que les Allemands ont assassiné à coups de pelle une secrétaire de Jouvet avant d’interroger l’autre.

La libération arrive pour Charlotte Delbo, à Ravensbrück, en avril 1945 : avec une petite poignée de survivantes du convoi restées au camp, elle est transférée par la Croix Rouge en Suède. D’où, après une longue attente, elle est rapatriée en juin 1945.

Elle est revenue, comme « pour chacune un miracle qu’elle ne s’est pas expliqué. »

Son plus jeune frère, âgé de dix-huit ans, FFI engagé dans l’armée de Lattre, est tué au passage du Rhin le 9 avril 1945. Elle l’apprend en rentrant, le 23 juin 1945.

Le retour au théâtre de Jouvet

Une fois rentrée à Paris, Charlotte Delbo revient à nouveau aux côtés de Jouvet et est engagée par l’Athénée de septembre 1945 à avril 1947.

La Suisse et les premiers écrits

Néanmoins, éprouvée par la déportation, elle a besoin de soins. Au début de l’année 1946, elle quitte, à grand regret, Paris et son travail pour rentrer à la clinique « les Hortensias » au Mont sur Lausanne. Son état de santé est délicat car son cœur est atteint d’une myocardite parcellaire et elle doit rester en Suisse jusqu’à la fin de l’été. Avant de partir, elle était en train de rédiger les notes pour la mise en scène du Don Juan.

C’est pendant la période passée en Suisse qu’elle publie des morceaux de témoignage.

Au printemps 1946, elle commence a écrire pour le Journal de Genève : le 17 mai est publié un texte signé « C. J. D. » intitulé « Le matin de la libération ». Il y est question de l’arrivée des alliés à Ravensbrück et sera ensuite repris dans le livre : « Une connaissance inutile ».

Dans le même mois, en France dans « Annebelle », est publié un autre morceau de témoignage, « Lily » qui sera suivi en décembre de « L’ours en peluche ». Ces deux morceaux feront ensuite partie du livre Une connaissance inutile.

Après sa convalescence, elle reprend son travail à l’Athénée.

Le travail à l’ONU

Mais en 1947, une occasion se présente à elle d’être affectée à l’ONU à Genève pour ses compétences en sténographie et en anglais : elle quitte donc une seconde fois Pans et son travail au théâtre.

À l’ONU, elle est attachée d’abord à la Commission économique, puis aux Services techniques.

Elle est détachée pendant une année (1949-1950) à Athènes où se trouve la commission qui travaille sur les Balkans et ensuite à Jérusalem, pour travailler à la commission sur la Palestine.

Le travail auprès d’Henry Lefebvre

En 1960, Charlotte Delbo change à nouveau de travail : son ancien professeur, Henry Lefebvre, l’appelle à ses côtés au CNRS. Dès lors, elle entre dans son équipe, jusqu’à sa retraite en 1978

Son travail se fond alors totalement dans l’activité de son ancien professeur pour lequel elle est une assistante appliquée et douée d’esprit critique.

L’œuvre littéraire

À partir de la moitié des années 1960, avec la publication de « Aucun de nous ne reviendra, et après avoir pris la parole sur la guerre d’Algérie en publiant « les Belles lettres », elle témoigne explicitement de la déportation.

Avec « Aucun de nous ne reviendra », elle livre le cœur de son expérience concentrationnaire vécue à Auschwitz. Dès lors, son écriture se libère comme une enquête à la fois sur le passé et le présent : il suffit de feuilleter la bibliographie de ses œuvres.

À partir de la moitié des années 1970, elle publie une série d’articles où elle prend position en tant que rescapée, au regard du passé ou bien en rapport avec les violences dont elle est contemporaine. Elle signe des nouvelles et se plonge dans des sujets littéraires.

Essais, enquêtes, souvenirs et poèmes :

-  Les Belles Lettres, Minuit éd., 1961. 
-  Le Convoi du 24 janvier, Minuit éd., 1965, 1978, 1995.

-  Auschwitz et après, 3 tomes :

Aucun de nous ne reviendra, Gonthier éd., 1965 ; réédition, Éditions de Minuit, 1970, 1979, 1995.

Une connaissance inutile, Minuit éd., 1970.

Mesure de nos jours, Minuit éd., 1971, 1994.

-  Spectres, mes compagnons, Maurice Bridel, Lausanne, 1977 ; réédition, Berg international, Paris, 1995. 
-  La Mémoire et les Jours Paris, Berg International, 1985, réédition. 1995.

Théâtre :

-  La Théorie et la Pratique, Anthropos, Paris, 1969.

-  La Sentence, pièce en trois actes, P.-J. Oswald, 1972.

-  Qui rapportera ces paroles? tragédie en trois actes, P.-J. Oswald, Paris, 1974. Réédition avec Une scène jouée dans la mémoire, HB, Aigues-vives, 2001.

-  Maria Lusitania, pièce en trois actes, et le coup d’État, pièce en cinq actes, P.-J. Oswald, Paris, 1975.

-  La Ligne de démarcation et La Capitulation, P.-J. Oswald, Paris, 1977.

-  Les Hommes, pièce inédite (en cours d’édition à cette date (2010)

Sources :

-  Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965, pages 100 (réédition 1998).

-  Dossier Charlotte Delbo : Revue pluridisciplinaire de la fondation Auschwitz N° 105 – octobre-décembre 2009 – Édition du Centre d’Études et de Documentation Mémoire d’Auschwitz (Bruxelles) et Éditions Kimé (Paris)

Source Wikipédia

Les années de bonheur de Charlotte et Georges. Photos Coll. M.Goube
Les années de bonheur de Charlotte et Georges. Photos Coll. M.Goube

Les années de bonheur de Charlotte et Georges. Photos Coll. M.Goube

Plaque apposée sur la façade de l'appartement parisien de Georges et Charlotte à Paris

Plaque apposée sur la façade de l'appartement parisien de Georges et Charlotte à Paris

L'arrestation et la déportation de Charlotte.
L'arrestation et la déportation de Charlotte.
L'arrestation et la déportation de Charlotte.

L'arrestation et la déportation de Charlotte.

Georges Dudach (1914-1942)
Georges Dudach (1914-1942)
Georges Dudach (1914-1942)

Georges Dudach (1914-1942)

Georges DUDACH:

A 12 ans, certificat d’études en poche, le futur mari de Charlotte Delbo a commencé par travailler comme apprenti monteur en bronze, dans l’atelier de son père. Marcel Dudach est un fondeur réputé mais dont l'entreprise fait faillite en 1928. Georges se place alors comme employé de banque, tout en suivant des cours du soir en comptabilité et commerce pour être embauché au Comptoir National d’Escompte, l’une des grandes banques parisiennes.

En 1933, il rejoint le Parti communiste.
Il suit alors les cours de l’Université ouvrière, où il rencontre Charlotte,  s’inscrit à l’Ecole centrale du Parti (la future école des cadres) et boucle une première année de capacité en droit en fac.
Le 17 mars 1936, il épouse Charlotte Delbo, à la mairie du IIIème arrondissement de Paris.
A la même époque, devenu membre de la direction des jeunesses communistes de Paris, il devient rédacteur à l’Avant-Garde, le mensuel des J.C., correspondant à Moscou pendant trois mois, chargé de la transformation du journal de la fédération des jeunes communistes belges.
En juillet 1937 paraît le premier numéro des Cahiers de la Jeunesse, journal mensuel destiné aux JC, inspiré par Georges Politzer et dirigé par Paul Nizan. Georges en devient le rédacteur en chef.
En septembre 1940 Georges Dudach est démobilisé. Il reprend alors contact avec le PCF, devenu clandestin. Avec le réseau Politzer, il contribue à l’organisation des milieux intellectuels puis du Front national universitaire.
Le philosophe Georges Politzer, responsable de la direction des intellectuels au PC, secondé par Danielle Casanova, a l’idée pour regrouper des universitaires de créer un organisme de propagande afin d’y développer des idées de lutte et de résistance contre Vichy. Georges est chargé de l'appareil technique.
EN 1941, l’équipe de « l’Université libre » (Politzer, Solomon, auxquels s’ajoute Jacques Decour), donne naissance à la revue La Pensée Libre. Au début de l’année 1941, Georges Dudach (alias André), est chargé d’entretenir les liens avec Louis Aragon et Elsa Triolet, réfugiés en zone libre, à Nice.
Le 2 mars 1943, les policiers français des Brigades spéciales font irruption dans l'appartement qu'il partage avec Charlotte Delbo, au 93 rue de la Faisanderie à Paris, sous le nom de Delépine
Trasféré à la préfecture de Police de Paris puis à la prison de la Santé, Georges Dudach est condamné à mort.
Le 23 mai 1942, il peut dire adieu à sa femme. Il est fusillé au Mont Valérien, avec Marcel Engros, Jacques Solomon, Jean Claude Bauer, Georges Politzer, Claude Gaulué et André Pican. Il avait 28 ans. 
Il est enterré au Père Lachaise, dans le carré des militants communistes. Son nom est cité au Panthéon dans la liste des écrivains et journalistes morts pour la France. Il a été homologué au grade de capitaine, au titre de la résistance française.
Hommage à Georges Dudach
Hommage à Georges Dudach
Hommage à Georges Dudach

Hommage à Georges Dudach

Le mur des fusillés au Mont-Valérien où fut tué Georges Dudach

Le mur des fusillés au Mont-Valérien où fut tué Georges Dudach

Les oeuvres de Charlotte, témoignages de sa déportation.
Les oeuvres de Charlotte, témoignages de sa déportation.
Les oeuvres de Charlotte, témoignages de sa déportation.
Les oeuvres de Charlotte, témoignages de sa déportation.

Les oeuvres de Charlotte, témoignages de sa déportation.

Extrait de poème de Charlotte Delbo lu par les élèves de l'AEC
Extrait de poème de Charlotte Delbo lu par les élèves de l'AEC

Extrait de poème de Charlotte Delbo lu par les élèves de l'AEC

Biographies de Charlotte Delbo
Biographies de Charlotte Delbo

Biographies de Charlotte Delbo

La traditionnelle photo de groupe à la fin de la conférence

La traditionnelle photo de groupe à la fin de la conférence

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 16:41

C'est avec un grand plaisir que nous recevons ce vendredi à l'AEC

                                     Simon et Anne-Marie NOWAKOWSKI

pour une conférence-témoignage sur leur expérience d'enfants durant la guerre de 1939-1945. Bien connus des habitants de Betz où ils vivent depuis des décennies; ils ont accepté notre invitation avec gentillesse et simplicité, répondant aux questions des élèves sur l'Exode, l'Occupation, la Résistance, la Libération. L'émotion encore bien palpable malgré les années passées, ils nous ont livré une belle leçon d'histoire locale et personnelle comme l'AEC les aime. Un témoignage rare et précieux pour l'histoire de nos villages.

Nous vous proposons pour illustrer cet article l'interview de M.et Mme Nowakowski faite il y a 4 ans par l'AEC

Un grand merci à Simon et Anne-Marie pour leur témoignage qui restera dans nos mémoires et dans l'histoire de l'AEC.

L'Equipe AEC

M.et Mme NOWAKOWSKI: 2 enfants de Betz et Lévignen durant la Seconde Guerre Mondiale
M.et Mme NOWAKOWSKI: 2 enfants de Betz et Lévignen durant la Seconde Guerre Mondiale

                         INTERVIEW accordée à l'AEC par M.et Mme NOWAKOWSKI

AEC. : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

S.N. : Je m’appelle Simon NOWAKOWSKI. Je suis né à BETZ en 1932, d’origine polonaise. J’avais 7 ans en 1939. Mon métier était maréchal-ferrant puis dans la mécanique agricole.

Mme N. : Je suis Anne-Marie l’épouse de Simon née Pardanaud. Je suis née à Lévignen . J’avais entre 8 et 11 ans pendant la guerre.

AEC : Racontez-moi l’Evacuation en Juin 1940

S.N. : Nous l’avons vécu en 2 fois avec un intervalle de 15 jours environ. La première fois nous sommes allés à ST-Soupplets. Nous ne sommes pas partis en même temps que les chevaux Nous habitions dans la ferme Duchesne ; mon père était vacher et M.Duchesne qui habitait la maison bourgeoise qui donne sur la rue Beauxis-Lagrave, avait un tracteur, son chauffeur Jacques Arnoux avait été mobilisé, ses parents tenaient le coopérateur (à l’emplacement du notaire actuel). Mon père a pris le tracteur, on a pris nos valises, quelques affaires de M.Duchesne (Mme Duchesne n’était pas encore partie). On avait ordre de faire escale à St-Soupplets dans la famille Boisseau (de la famille Hamelin). On est arrivé le soir et le lendemain on a appris que c’était une fausse alerte et qu’il fallait qu’on rentre.

Quinze jours après, nous sommes repartis en charrette vers le 15-16 Juin si je ne me trompe pas. Entre temps, mon père avait été mobilisé dans l’Armée Polonaise.

Je me souviendrai toujours, on passait dessous le chemin de fer avec mon oncle ; un Polonais arrivé à Betz en 1924 et par l’intermédiaire duquel mes parents sont venus en 1930. Il était plus âgé que mon père, et, lorsqu’il a reçu sa feuille de mobilisation il a refusé d’y aller, du coup, on le prenait presque pour un déserteur. Bref, nous sommes partis en charrette avec lui, elle était pleine car il y avait plusieurs familles et nous avons atterri à Melun. Là, on s’est fait mitraillé sous les peupliers et on s’est couché sous les charrettes. On a déchargé les charrettes et on a pris le train, des wagons à bestiaux direction Vannes où on a été dans un camp ; le camp de Meudon (situé dans le parc du château de Meudon à quelques kilomètres de Vannes) où nous sommes restés quelques jours. De là, nous sommes allés à Malestroit (certainement au Couvent des Augustines) dans le centre de la Bretagne. Mais comme les Allemands s’approchaient, on nous a évacué à Penestin ; à l’embouchure de la Vilaine.

Mon père était mobilisé ; on ne savait pas où il était. En réalité il était à Coetquidan. Lorsque nous sommes revenus au bout de 2 mois, je revois la ferme avec de la paille haute comme ça, la vieille machine à coudre Singer de Maman dans la cour. Les Evacués du Havre avaient pris possession de Betz et de Lévignen. C’était le chantier dans la maison ! Et quelle surprise : mon père était revenu ! En réalité il était à Coetquidan pour passer en Angleterre, mais il n’a pas eu le temps de partir ; les Allemands sont arrivés. Il a été fait prisonnier quelques jours et s’est évadé et ensuite il est revenu à pieds jusque Betz. En cours de route, il a acheté un vélo....

A la ferme, beaucoup d’ouvriers agricoles sont ensuite partis au STO ou autre comme Lesure, Mériguet, Vincent...Nous, on était un peu les gardiens de la ferme, alors on est resté là.

AEC. : Comment s’est passée la vie à Betz sous l’Occupation ?

S.N. : Ici ça c’est bien passé. Les Allemands étaient au Château .Les soldats campaient dans le parc. Je revois encore la voiture d’infirmerie avec la croix rouge qui sortait, les camions. M.Duchesne ; le Maire est passé pour un Collaborateur. Mais pas du tout. Ce monsieur avait fait de grandes études et avait appris l’Allemand qu’il parlait fort bien. Alors les officiers venaient voir le Maire. Les Allemands avaient pris possession de la ferme Duchesne pour les chevaux, mais pas celle de Brisset . Les chevaux étaient gardés par un jeune soldat polonais qui avait à peine 20 ans. Il était dans la même cour que nous ! Au château ; habitait un monsieur qui était Polonais, armé comme un officier. Il était le cordonnier de tous ces Messieurs. Il avait le doigt déformé ; il enfonçait les clous à sommier avec son doigt !! Eh bien, vous me croirez si vous voulez ; il venait à la maison écouter Radio-Londres ! Mon père n’avait pas peur, chez nous , on était entre quatre murs. Dans la journée, il venait 3 ou 4 Allemands pour aider le jeune à s’occuper des chevaux, puis ils faisaient un tour de garde, au pas à l’intérieur de la ferme et repartaient. Ce Polonais étaient contre les Allemands mais ne pouvaient rien faire. Il ne faut pas oublier que la guerre a éclaté à cause de la Pologne. Or, il y avait ici quelques familles de Polonais. Les Communistes étaient au départ avec les Allemands, du moins jusque fin 1941 début 1942 ; alors nous, on en a bavé !!

Nous, les Polonais ; on était très mal vus mais les enfants, nous avions de la chance car l’institutrice ; Mme Brisset (qui n’avait rien à voir avec la famille Brisset de Betz ) nous défendait lorsqu’on se faisait traiter de « sale polac ». Il faut savoir qu’on était jalousés, surtout nous, notre famille, car on habitait la ferme Duchesne, Maman était la dame de confiance de Mme Duchesne, on a été élevé avec ses enfants, j’ai appris le Français avec eux car au départ je ne parlais que le Polonais.

AEC. : N’y a –t-il pas eu un des fils Duchesne qui est mort à la guerre ?

S.N. : Il est mort le 2 Fevrier 1945, il avait fait l’Ecole de Saint-Cyr comme officier.

T.A. : Y avait-il de la Résistance à Betz ?

S.N. : Non ; il n’y avait pas de Résistants, si ce n’est un des Ponts et Chaussées ; M. Berche ? qui faisait de la Résistance avec Compiègne avec Bouquerel. D’ailleurs le réseau de Lévignen (Ardenois) dépendait aussi de Bouquerel. Dans ce réseau de Lévignen ; il y avait Pardanaud ; le frère de ma femme. A Betz ; il n’y avait personne. Les Français n’ont pas participé à la guerre. Les Polonais oui !!Mickalowski ; il est parti en 1939 et il est rentré fin 1945, ses frères aussi. Oleksi, Ciolek, les Klucharski Stéphane et Vitek sont partis, mais des Français ?

AEC. : Que savez-vous du bombardement de la gare en 1940 ?

S.N. : On a souvent dit que c’était un bombardement allemand, mais c’était un bombardement italien. Il y a eu 3 bombes sur la gare et d’ailleurs il y avait un trou derrière la gare dans le pré à M.Brisset, on le voyait tout le temps quand on allait au stade de football qui était sur la route d’Acy à gauche. (On a de grands souvenirs de foot de cette époque et François Brisset y a été pour beaucoup, il est resté le président du club pendant plus de 20 ans. Nous étions tous 2 des supporters du Stade de Reims, on avait une carte et on allait voir tous les matches que le Stade de Reims jouait en Coupe d’Europe à Paris. J’ai failli aller à Stuttgart voir la finale comme le Réal de Madrid et François Brisset m’a donné le billet. C’était en 1958.Il avait réussi à faire venir le Stade de Reims ici. J’ai même joué au baby-foot avec Kopa !!)

AEC. : Parlez-nous de la vie quotidienne à Betz pendant la guerre.

S.N. : Il y avait une salle de bal à Betz derrière la superette actuelle, dans le dépôt derrière, il y avait une belle salle ; on y faisait les bals des sociétés. Pendant la guerre les Allemands s’amusaient là. Il y avait quelques filles de la région qui venaient là... Puis après c’était avec les Américains ! Il y avait aussi un cinéma qui a commencé à la fin de la guerre en 1945 je crois, après les Américains. Mon père était l’opérateur. C’était un cinéma familial itinérant qui allait de village en village 7jours sur 7. Tous les mardis matins on recevait le nouveau film à la gare de Betz et on le passait tous les soirs et le dimanche après-midi et soir. On avait ainsi 8 séances de cinéma avec le même film qui tournait. La salle était au fond de la cour de l’actuelle Entreprise J.P. Delorme, juste avant le garage. Nous on a habité là, derrière les religieuses. Mes parents en bas, nous en haut. Il y avait là une belle salle avec une scène où sitôt la guerre on faisait aussi du théâtre. A la place du garage, il y avait à l’époque ; l’Hôtel de la Gare qui faisait tout le pâté de maisons. « Hôtel de la gare ; ici on loge à pieds, à cheval » !

Mme N. : A Lévignen aussi, nous avions une salle de cinéma. Elle était en face l’actuel garage (Bryard) parce que là ; il y avait un café-épicerie et derrière il y avait après une passerelle une belle salle.

AEC : Parlez-nous des Américains.

S.N. : Le 28 Août, le matin de bonne heure entre 6h et 8h, avec les deux fils Duchesne Claude qui est de mon âge et Hubert qui est un an plus jeune ; on était à la Grivette, car il y avait des Allemands aussi à l’autre château (le Moulin). La grille était grande ouverte : ils partaient !! On aurait pu avoir une grande bagarre s’ils n’étaient pas partis. Les Américains étaient à Meaux ; ils n’étaient pas loin. M.Duchesne, le matin était parti au Montrolles et il est revenu en vitesse car il avait entendu au loin sur Puisieux des tirs. Nous avions pour ordre de nous cacher dans la tranchée qu’on avait faite avec les enfants Duchesne dans le clos qui donne derrière l’ancienne gendarmerie.

Les Américains sont arrivés dans la matinée avant midi par la route d’Acy-en-Multien. Quand on les a entendus, on est sortis de la tranchée et comme j’avais un copain polonais qui habitait en face le garage ; mon copain Casimir surnommé « Cajou » j’ai couru tout de suite. J’étais aux premières loges. T.A. : Quel soldat ?

S.N. : Quand les chars américains sont arrivés à Betz par le carrefour du garage actuel, une voiture allemande qui s’était sauvée de Nanteuil arriva aussi au carrefour. S’en est suivie une fusillade durant laquelle; Marcel Vernet *de Villers St Genest, qui était à vélo a été abattu par les Américains ou les Allemands rue de l’Obélisque en face la maison Herrouin, un soldat allemand tué (soldat autrichien reposant au cimetière communal de Betz du nom de Friedrich KRIVANER) ainsi que 3 ou 4 blessés dans une voiture qui a pris feu, je crois. Toujours est-il qu’il y avait des religieuses qui habitaient un peu plus bas que le garage à l’étage et ce sont elles qui ont soigné les blessés. C’étaient aussi des Polonaises !! Je me souviens qu’avec mon copain on a été voir les blessés. Après la fusillade le char est resté un moment, d’autres arrivèrent qui allaient eux aussi sur Lévignen. Quand le premier char a repris sa route et passa devant chez les religieuses, elles avaient mis un drapeau français et un drapeau polonais à la fenêtre. Le soldat qui était dans la tourelle qui était un Canadien d’origine polonaise les félicita !

Marcel VERNET : Né le 9 Mars 1904 à Crépy, ouvrier agricole, il a formé un groupe de 8 jeunes et, à leur tête, il rejoint les FFI de Betz (O.C.M.) lorsqu’il est abattu.

AEC. : Les Américains sont-ils restés longtemps à Betz ?

S.N. : Non, ils n’ont fait que passer. D’ailleurs il en est passé durant plusieurs jours. Le fils Duchesne, qui était en vacances, avait une arme (les Duchesne étaient des chasseurs) et quelqu’un lui a dit qu’il y avait un Allemand dans le Clos (la prairie derrière l’ancienne gendarmerie où se trouvait la tranchée), alors il prit son fusil et a fait prisonnier l’Allemand qui s’est rendu. Moi qui était revenu à la ferme j’ai vu Henri (le fils Duchesne) faire monter l’Allemand dans un char et il est parti avec les Américains. Plus tard, Henri s’est engagé dans l’Armée et a été tué en Alsace le 2 Février 1945.

HENRI DUCHESNE : Né le 20 Mars 1923 à Betz, étudiant à Paris, il s’engage à la Libération et rejoint la première armée de De Lattre de Tassigny. Le 2 Février 1945, il est tué à bord de son char à Schoemstenbach dans le Haut-Rhin.

AEC. : S’il y eut peu ou pas de Résistance, y a-t-il eu de la Collaboration ?

S.N. : Pas beaucoup, comme partout, pas plus. Il y eu le cas de B. qui après la guerre a eu un accident de vélo....Il y a eu aussi le garde-champêtre qui d’ailleurs s’est suicidé, le chef de gendarmerie aussi au début, puis il est parti. A ma connaissance il n’y a eu que ces 3 là. G.le grainetier passait pour en être un, mais ce n’était pas vrai. V. Le greffier en était peut-être un peu.

AEC. : Finalement quelles ont été les victimes de Betz de cette guerre ?

S.N. : Il y a eu Bernard Hamelin en 1940, son cousin germain Henri Duchêne en 1945 , Lacorne ; un civil tué lors du bombardement de la gare et à l’arrivée des Américains Vernet.

AEC. : Aviez-vous de la famille restée en Pologne ?

S.N. : Oui et une grande partie a été déportée. Maman recevait toujours des lettres de Pologne de mes oncles et tantes. Le frère de mon père est allé dans un camp de concentration en Pologne. J’ai 2 tantes qui sont allées en Allemagne dont l’une a bien fini dans une ferme. Elle avait 20 ans et s’occupait de la ferme car les cultivateurs étaient partis à la guerre. Le frère de mon père qui était veuf était pas loin de Strasbourg et en a profité pour venir jusqu’ici. Mon père l’a fait embaucher pour la moisson de l’été 1945, puis il est reparti.

AEC. : Vous Mme Nowakowski, vous êtes originaire de Lévignen. Quels souvenirs avez-vous de la guerre ?

Mme N. : Je me souviens qu’à la déclaration de guerre, le soir, le ciel était rouge !!

S.N. : Ah oui !; Je me revois encore dans la ferme avec mes parents au coucher du soleil. Comme si cela annonçait une catastrophe ! ça nous a marqué.

AEC. : Avez-vous vu les soldats français en 1940 ?

Mme N. : Oui, nous avions une mitrailleuse dans le fonds de notre jardin. Nous avions un mur en briques avec une grille avec des barreaux et ça donnait sur la plaine et au loin la RN2. Le soir on regardait en famille en direction de Crépy (ou Gondreville ?)pour voir le « treuil »(dans les garennes : les sablonnières) : au sommet il y avait quelqu’un qui faisait des signaux pour les avions pour les parachutages d’armes. Il y avait une lumière dans la nuit ; des signaux et moi je me cachais derrière ma mère car j’avais peur.

(S.N. : Moi pendant la moisson, je conduisais les chevaux à la ferme, les charretiers chargeaient les bottes et il fallait faire avancer les chevaux de tas à tas. Et quand on était sur la plaine du moulin à vent au-dessus du cimetière de Betz, la plaine qui donne sur Bargny ; on apercevait la RN2. On était aux premières loges pour voir le mitraillage des avions, on voyait des véhicules qui prenaient feu. Elle était tellement fréquentée par les convois allemands. Tout au long il y avait des platanes et on voyait les avions faire du rase motte).

Mme N. : Il y avait aussi une infirmerie pas très loin de chez nous sur la route de Crépy côté droit dans une maison bourgeoise aussitôt la rue Carnot. Après ; c’était la plaine. Ce qui est drôle c’est que les Allemands y ont fait aussi la leur. Les soldats français habitaient dans Lévignen et je crois même qu’il y en avait un à la maison à l’étage.

AEC. : Avez-vous vu la construction des blockhaus ?

Mme N. : Non, j’étais trop jeune, une enfant, mais j’avais une copine de classe qui habitait rue de l’Etoile. J’allais y jouer parfois et, je me souviens qu’ils y avaient fait des souterrains coté droit, tout de suite, on y est allé joué un peu après la guerre. Mais ils ont été rebouchés assez vite. Ils étaient assez longs. Chez mes amies qui n’avaient pas de bonnes caves des souterrains avaient aussi été creusés pour se protéger des bombardements.

S.N. : A ce propos, à Betz, derrière l’école (il n’y avait pas encore les classes du haut) il y avait une petite porte et une tranchée avait été faite pour se mettre à l’abri quand on entendait des avions. On avait peur car quand il y avait des mitraillages à Lévignen après c’était pour nous. Je ne me souviens pas qui avait fait ces tranchées et quand. C’était un abri pour tous les enfants et ça nous est arrivé quelquefois d’y aller. Il était couvert par des bouts de bois , des branches et avec de la terre.

Mme N. : Alors nous à Lévignen, on a eu un gros bombardement en 1940. Tous les vitraux de l’église ont été cassés et une bombe est tombée sur une maison dans laquelle une dame a été tuée.(Louise VALTA) Nous on était à l’école et il y avait une bonne cave chez M.Joly notre instituteur. De nombreuses bombes sont tombées dans des jardins. De temps en temps il y avait un Allemand ; un grand monsieur qui venait chez nous de l’infirmerie. Il disait : « Oh madame, la guerre, moi laisser femme et enfant, la guerre pas bien.... » Il était très gentil. A notre retour d’évacuation, le voilà qui vient avec 2 poules qui n’étaient pas des notres. Ma mère n’a pas voulu les prendre parce qu’elles n’étaient pas à elle !! Il insista ! Il était gentil. Toutefois en notre absence des gens de Lévignen ont rendu visite à notre poulailler...Beaucoup de gens avait caché dans des trous creusés dans leur jardin de la vaisselle, de la porcelaine dans des lessiveuses. Nous, on ne l’a pas fait. Du coup ; il y a pas mal de choses qu’on n’a pas retrouvé.

 

MME N. : Je me souviens du 15 Août 1944, juste avant que les Américains n’arrivent et que l’on a failli brûler dans l’église. Ils ont failli tuer la famille Ardenois car Georges le Résistant jouait un double-jeu. Pendant que le réseau (dont faisait partie mon frère) faisaient des sabotages (sur la RN2 notamment), M. et Mme Ardenois invitaient des officiers qui s’occupaient d’un mirador qui se situait sur la route de Crépy (aussitôt le petit chemin qui va à Rouville) en face la carrière.

(S.N. : Je me souviens être passé devant en allant prendre le train à Ormoy-Villers à un moment où on ne pouvait plus prendre le train à Betz pour aller à Paris. Les Allemands avaient sans doute interdit la ligne ?)

Donc les Ardenois recevaient, avec Champagne etc.. Un des gradés venait souvent. Pas un S.S. Or, il y eut 5 parachutistes canadiens ?ou Anglais ? qui sont tombés sur Lévignen. M.Ardenois avait une grosse Talbot avec un grand coffre et un parachutiste caché dedans alors qu’il parlait avec cet Allemand !!! Mon frère qui travaillait à l’usine de galloches (établissements Vaux) à Boissy-Lévignen, était au bureau avec son chef. Eux aussi en avait caché un de parachutiste et on été mis en joue toute la journée. Il y avait 2 autres parachutistes que Mme Ardenois et Mme Joly (dont le mari était aussi dans la Résistance ; il faisait les papiers) qui allaient avec leurs paniers ramasser des champignons ou des fraises...et donner à manger à la Bauge (un rendez-vous de chasse) aux parachutistes. Deux d’entre eux sont revenus après la guerre. Ce jour du 15 Août, on allait à la messe (presque tout le pays allait à la messe) .Du moins les femmes et les enfants car il n’y avait plus d’hommes. Les Allemands étaient à la porte de l’église et frappaient du pied. La messe se passa et l’après-midi on retourna aux vêpres prier la Ste Vierge. La Gestapo voulait vraiment faire brûler l’église avec nous dedans, mais l’officier allemand qui avait été reçu par Mme Ardenois a empêché le drame. Il dira à celle-ci que si un jour elle va en Allemagne, elle se souvienne de cet officier qui l’a sauvée ainsi que son village. On aurait pu être victimes d’un Oradour ici à Lévignen !!!

Ce matin là, la fille de M.Ardenois entendit du bruit vers 6h dans une aile de l’habitation, ouvrit légèrement ses volets et qu’est-ce qu’elle voit ? Un grand car d’Allemands. Elle comprit et alla voir son père : « Papa les Allemands sont là !!! » G.Ardenois se saisit de son pistolet et monta dans la trappe aménagée dans la salle de bains se hissa dans le grenier et dit « Ils ne m’auront pas vivants ».

M.Ardenois ; on ne l’a plus vu pendant un moment. Il n’a même pas assisté à la communion de sa fille (le même jour que moi). Il se disait qu’il était passé en Angleterre. En réalité il était caché dans une meule de paille derrière chez nous. Ses parents qui habitaient tout près lui apportaient à manger. Cela a duré un bon moment ; plusieurs semaines peut-être ? (entre le 15 et le 28 Août).

Les Allemands prirent possession de la ferme, mirent en joue Mme Ardenois et ses 2 enfants. Ils ont fouillé partout . Le garde –champêtre avait toute la liste des 19 ou 20 Résistants dessus et il l’a donnée aux Allemands...pour de l’argent. On leur a dit qu’il y avait des armes cachées dans le cimetière, ce qui était vrai. La veille les Résistants étaient allés chercher les armes pour les emmener à la Bauge. Malheureusement, une arme était restée chargée et l’un d’eux a été tué. Il s’appelait Marc Martin ; sa femme était enceinte du 2ème. La balle lui a transpercé l’aîne. Mon frère qui était un de ses amis est resté auprès de lui et essayé de lui contenir son hémorragie. On l’a ramené chez lui en cachette dans la nuit, et il a fallu qu’on l’enterre le lendemain, qu’on le mette en cercueil. On a dit qu’il était mort subitement d’une maladie contagieuse pour ne pas qu’on le voit. Le lendemain, on l’a tout de suite enterré. Mme Ardenois qui avait sa voiture cachée sous des bottes de paille, aurait pu le sauver si elle avait pu l’emmener à l’hôpital.

Moi je ne savais rien, je ne savais pas que mon frère faisait de la Résistance, on me cachait tout.

M.Ardenois après la guerre fit faire la statue de la Vierge Marie qui se trouve en contrebas à la fourche. Il avait dit qu’il le ferait s’il s’en sortait.

Marc MARTIN : Né à Lévignen le 18 Juillet 1920, électricien , est mort le 16 Août 1944.

AEC. : Qu’est-il advenu du garde-champêtre de Lévignen ?

Mme N. : Y a quelqu’un qui l’a attiré dans les bois et on l’a pendu.

AEC. : Votre famille a-t-elle été impliquée dans la Résistance hormis votre frère ?

Mme N. : Mon frère était dans les écritures, il avait une machine à écrire cachée sous un lit. Je me souviens qu’il avait caché un uniforme d’aviateur dans la cheminée. Il était d’un bleu soutenu. Chez nous, rue Carnot,(la 3è maison) il y avait beaucoup de lapins, de poules et, dans les grands clapiers ; il y avait des mitraillettes. Un jour des Allemands sont venus , certainement sur dénonciation, chercher des « pistolets ». Heureusement, ma soeur qui était enceinte et qui était venue avec sa valise à la maison pour accoucher, était là, le petit lit prêt et les Allemands ont bien compris qu’il n’y avait probablement pas d’armes ici. Une autre fois, j’étais un peu plus loin à jouer chez mon amie Liliane Camus. Mon frère, Georges Ardenois et Camus y écoutaient les informations et entendirent passer une fois, deux fois des motards allemands. Ils se sont sauvés par les jardins, firent le mur pour gagner la plaine. Ils savaient qu’ils étaient recherchés. Mon frère par chance n’a jamais été pris. Le grand-père de ma future belle-soeur Josiane Alfred TALON s’est fait tuer par les Allemands .Ils passaient par là et l’ont tué.

Alfred TALON : Né le 28 Novembre 1876 à Bresles, maçon, revenait de visiter un groupe de F.F.I. lorsqu’il est abattu à Macquelines sur la route Betz-Lévignen le 28 Août 1944.

Mon père travaillait à l’usine de « galloches » et au passage des convois, des clous de semelles étaient jetés sur la RN2. Je me souviens aussi, qu’un jour un camion de bonbons avaient plus ou moins pris feu et des femmes du pays y avaient été, mais pas nous...

AEC. : Comment s’est terminé l’épisode G.Ardenois ? Parlez-nous des Américains.

Mme N. : Les Américains sont arrivés le 28 Août. Mon père qui était le chef de gare de Betz pendant la guerre en revenait..... Il y avait encore des Allemands, certains étaient cachés dans les bois. Il y a eu un accrochage au carrefour des « 3 Lurons » et 4 gradés ont été tués. VOIR RECIT J.LAMBERT Des gens du village en ont dépouillé !! Le lendemain à l’école on a eu de notre maître un cours de morale ! Nous les gosses on est allé les voir en se faufilant. Je me souviens avoir vu leurs pieds, leurs bottes. Je me souviens d’un camion non bâché avec des prisonniers allemands dans Lévignen, mais aussi d’une Jeep avec une mitrailleuse dans la petite rue qui descend à la « Sainte Vierge » pendant je ne sais combien de temps . Les gens qui passaient leur crachaient dessus et leur jetaient des pierres. Cela m’avait choqué !

Quand les Américains étaient là, il y avait des bals, des fêtes, mais nous on y allait pas. Mon frère était toujours à la guerre engagé à poursuivre les Allemands. Pas question qu’on fasse la fête !

 

Propos recueillis en 2013

Anne-Marie et Simon durant la guerre.                           Coll.Particulière.
Anne-Marie et Simon durant la guerre.                           Coll.Particulière.

Anne-Marie et Simon durant la guerre. Coll.Particulière.

Des enfants durant l'époque troublée de la guerre.
Des enfants durant l'époque troublée de la guerre.

Des enfants durant l'époque troublée de la guerre.

La Libération de Betz: Départ précipité des Allemands ( un Sd.Kfz 7 tractant un canon de 88) et arrivée des Américains. Photos Marc Pilot et M.Grosbois.
La Libération de Betz: Départ précipité des Allemands ( un Sd.Kfz 7 tractant un canon de 88) et arrivée des Américains. Photos Marc Pilot et M.Grosbois.

La Libération de Betz: Départ précipité des Allemands ( un Sd.Kfz 7 tractant un canon de 88) et arrivée des Américains. Photos Marc Pilot et M.Grosbois.

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 18:45
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)

Romain rend hommage à l’oncle de sa grand-mère maternelle.

On a tous, plus ou moins dans nos familles un ancêtre qui fut acteur de son époque. La Seconde Guerre Mondiale comme d’autres évènements d’importance a donné son lot de héros souvent discrets, de ceux dont le nom n’est pas inscrit en lettres d’or sur des monuments, pas même cités dans les livres d’Histoire. Leur souvenir peu à peu s’efface, au fil du temps, si le flambeau de la mémoire n’est pas repris par leurs descendants. C’est le cas de Romain, et de sa famille qui conservent pieusement le souvenir de leur grand-oncle. Comme dans beaucoup de familles, les récits des exploits de cet ancêtre se sont transmis oralement, puis, la nécessité de coucher sur le papier les faits a vu le jour chez son frère René, plus de cinquante ans après. Quelques feuilles tapées puis classées dans un trieur sont le précieux récit d’une vie trop courte, brisée, marquée du sceau de Résistance, de la volonté farouche de sortir sa patrie des griffes de l’Occupant, mais aussi de l’emprisonnement, de la souffrance physique et morale. Un destin parmi tant d’autres en ces temps troublés de la guerre, mais un héros quand même pour une famille reconnaissante. Pas qu’un nom gravé au monument aux morts de son village : il s’appelait Jean TRONQUOY

Jean TRONQUOY (1921-1945). Eléments de biographie.

Jean René Tronquoy est né le 25 Juillet 1921 à Vauxbuin , aux portes de Soissons ; dans l’Aisne . Troisième garçon d’une famille de 7 enfants ; son père avait une entreprise de peinture en bâtiment et son grand-père maternel avait été instituteur. Avant guerre, il fit ses études à Soissons à l’Ecole Catholique St-Georges (Ecole de garçons). Sans que l’on sache la nature de ses diplômes, il est fort à parier qu’il y eut une solide formation comme en attestent ses qualités littéraires dont il sera question après. C’était un jeune homme doux et d’une grande gentillesse.

Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)

Puis, alors que Jean n’avait que 18 ans, la guerre éclata. Il n’attendit pas d’avoir 20 ans pour s’engager dans la Résistance locale, « animé par un grand amour pour sa Patrie » comme l’écrira son frère René, pour « une France forte que tout le monde aime et respecte ». Ses actions, qui, restent pour l’heure mal connues, lui valurent d’être inquiété et recherché par les autorités d’Occupation.

Jean, alors à peine âgé de 19 ans fit une première tentative pour rejoindre les forces gaullistes par l’Espagne. Mais ce fut un échec. Revenu à son point de départ, clandestin et démuni, il dut se débrouillé pour survivre, allant jusqu’à vendre ses livres et ses effets personnels et tenter de travailler.

Aussi, en 1941 toujours animé par une volonté farouche de servir son pays, Jean quitta le Soissonnais et s’engagea en Afrique du Nord où très vite il réussit à rallier quelques camarades pour continuer à mener la lutte.

C’est à la base aérienne de La Sénia située à 10 kms d’Oran en Algérie que se trouve alors Jean Tronquoy.

« La base de La Sénia était relativement importante. Elle comportait une longue lignée de hangars à l'extrémité de laquelle se trouvait le Poste de Commandement.

La piste était une grande surface dégagée et sans aucune végétation. Elle était bordée, vers le sud, d'un important lac salé, la Sebkra, qui nous séparait de la base de Tafaraoui occupée par l'aéronavale.

En regardant au loin on voyait, à l'horizon, les contreforts bleutés de massifs montagneux. Derrière les hangars se trouvaient les casernements. C'était de très beaux bâtiments neufs construits dans le style du pays »

Le 3 Août 1941 ; Jean et ses 3 camarades, profitant d’une permission de 24 h, eurent l’intention de rejoindre l’Armée du Général De Gaulle. Malheureusement , leur tentative échoua et les 4 hommes furent arrêtés et condamnés à de lourdes peines ; accusés et rendus coupables de trahison. La Cour Martiale les condamna le 27 Mars 1942 à mort pour ses camarades, à cinq ans de travaux forcés et d’interdiction de séjour ainsi que la dégradation militaire et civique et la confiscation de tous ses biens présents et futurs au profit de la Nation pour Jean.

Il faudra attendre le 7 Janvier 1944 pour que la Chambre de Révision de la Cour d’Appel d’Alger annule le jugement.

Ainsi durant deux ans et demi, Jean TRONQUOY connut la captivité avec ses indicibles souffrances, emmené de prisons en prisons.

A près un mois et demi d’interrogatoire, ce fut d’abord la Prison Militaire d’Oran jusqu’en janvier 1942. Puis après le jugement ;

Jean fut envoyé au Maroc, au nord de Fès d’abord, puis à Port Lyautey (aujourd’hui Kénitra) jusqu’en Août 1942. Ses conditions de détention y étaient moins dures, mais cela ne dura pas, par décision de P.Laval, ,les détenus gaullistes condamnés en Algérie durent y retourner. Ce que fit Jean le 30 Août 1942.

Il fut incarcéré à la prison civile d’Oran, puis à la centrale de Maison Carrée ( aujourd’hui El Harrach à 12 km à l’est d’Alger)

Enfin ce fut la prison de LAMBESE de laquelle fut libéré en janvier 1943. Après plus de deux ans d’incarcération, Jean retrouva la liberté , du moins en apparence car on le poussa à intégrer l’armée du Général GIRAUD. Celui-ci ; ayant sous ses ordres l’Armée d’Afrique engagée aux côtés des Alliés, mais sans lien avec la France Libre et De Gaulle dont il était d’ailleurs considéré comme le rival, encore trop près du Régime de Vichy. Jean déserta alors de cette armée pour rejoindre les :

F.A.F.L. : Forces Aériennes Françaises Libres

Port-Lyautey

Port-Lyautey

Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)

Jean Tronquoy, n’en a alors pas fini avec son engagement, malgré les souffrances endurées qui auraient pu le faire abandonner. On retrouve Jean à Boufarik (35 Km d’Ager, 15 de Blida) en avril 1943.

Puis, courant 1944 Jean intègre les F.A.F.L. au Moyen-Orient en particulier l’école de pilotage du groupe d’écoles n°11 de RAYAK en Syrie (aujourd’hui au Liban).Là, depuis 1941, la France Libre y dispose d’un groupe de chasse. Il y passe son brevet militaire de pilote d’avion en Octobre 1944.

Sa présence en Syrie, permit à Jean de rencontrer sa « marraine de guerre » avec qui il visita DAMAS.

Un Dewoitine sur le terrain de Rayak. Photo: F.X. Bibert

Un Dewoitine sur le terrain de Rayak. Photo: F.X. Bibert

C’est au poste de pilotage d’un Dewoitine 520 que Jean, devenu sergent, trouva la mort en service aérien commandé le 29 Mai 1945 à 8h, au dessus de Meknès. Il n’avait que 23 ans. Réalisant des acrobaties avec son appareil, il ne put le redresser et celui-ci s’écrasa. C’est du moins ce qui s’est alors dit. Connaîtra-t-on un jour les circonstances exactes ? Comble d’ironie, Jean devait rentrer en France un mois plus tard. La fin de la guerre venait d’être signée le 8 mai….

La nouvelle de son décès causa un choc terrible dans la famille de Jean. Sa mère fit un malaise qui, semble avoir causé sa disparition quelques mois après en 1946 .

Son corps fut rapatrié à Vauxbuin en 1949. Il y repose auprès de sa mère Suzanne née Faglin et de son père Marius décédé en 1964.Son nom figure au monument aux morts de la commune.

Cité à l’ordre de l’Armée de l’air, la médaille militaire lui a été décernée à titre posthume.

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Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)

Tout au long de ces quelques années d’une jeunesse brisée en plein vol, Jean TRONQUOY écrivit des textes qui par chance et par bonheur sont parvenus jusqu’à ses descendants. Dans ces quelques pages écrites en captivité ou à sa libération, Jean y exprime, dans un langage souvent poétique, ses souffrances endurées, ses ressentiments face à une Humanité qu’il fustige. Il y évoque ses conditions inhumaines de captivité, la lâcheté de certains, sa jeunesse enfuie, ses désillusions. Mais , ses écrits sont aussi emprunts d’espoir « Un jour viendra le bonheur. Ce jour de joie suprême, qu’on attend et qu’on aime, viendra briser nos chaînes » dit-il. « Prenons courage. Oublions ces heures douloureuses, malheureuses. Les glorieuses victimes au bout de l’océan crient la liberté ».

Jean y exprime son patriotisme viscéral et son amour pour la France pour qui l’expression « mère Patrie » n’est pas un vain mot : « France, ma France, terre de nos aïeux, je crois en toi, comme ont cru mon père et ma mère ! » Un patriotisme teinté de Christianisme aussi dans ces paroles :

« Je crois au Christ qui t’aime…au Christ qui, en ce jour, voit tant de mains tendues vers lui… ».

« La justice de Dieu sera plus juste que la justice humaine. Lui me comprendra, me comprenant déjà, puisqu’il me donne ce courage qui est vraiment nécessaire en cette vie maudite »

On sent chez Jean Tronquoy la difficulté que peut avoir un être raffiné confronté à tout un peuple de geôliers , de prisonniers de droit commun, de forçats, lui, pétri de justice et d’humanité. Un être fragile jeté en pâture, conscient de ses limites physiques et mentales, poussé dans ses retranchements : « Mes idées ne viennent plus, ma mémoire m’échappe et mon cœur durcit ».

Romain , Elève de l'AEC 2015

Extraits de la lettre de Jean à sa marraine.

Extraits de la lettre de Jean à sa marraine.

Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
Romain rend hommage à son ancêtre; Jean TRONQUOY (1921-1945)
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 16:34

On a tous dans nos familles respectives des ancêtres qui ont participé de près ou de loin à des épisodes de l'Histoire. C'est le cas de Clément élève de 3è qui eut un arrière grand-père illustre;

Eugène HENAFF que malheureusement il n'a pas connu..

Clément a bien voulu présenter à ses copains de l'AEC, son parcours sous la forme d'un exposé oral agrémenté de 3 panneaux illustrés. Une bien belle façon d'honorer la mémoire de ce personnage, reconnu à son époque. Clément a retracé l'itinéraire de cet homme engagé dans le syndicalisme dès sa jeunesse, son action dans le Parti Communiste dont il fut un responsable, mais aussi au sein de la Résistance. Un parcours bien ancré dans son époque , à la charnière du siècle. Un temps de combats idéologiques.Un destin fait de rencontres; de Picasso à Aragon, de M.Thorez à Guy Moquet.

Merci et bravo à Clément pour son implication et à sa famille qui perpétue le souvenir d'Eugène Hénaff et de son épouse. Nous proposons ci-dessous , avec son autorisation, le travail de Clément.

L'Equipe AEC

Clément raconte son arrière grand-père

Clément raconte son arrière grand-père

Clément raconte Eugène HENAFF son arrière grand-père.
Clément raconte Eugène HENAFF son arrière grand-père.
Clément raconte Eugène HENAFF son arrière grand-père.
Un homme de convictions.

Un homme de convictions.

Brochure syndicale.

Brochure syndicale.

Eugène Hénaff avec son groupe de Réistants à Chateaubriand en haut à droite.

Eugène Hénaff avec son groupe de Réistants à Chateaubriand en haut à droite.

Clément raconte Eugène HENAFF son arrière grand-père.
La foule aux obsèques d'Eugène HENAFF en 1962

La foule aux obsèques d'Eugène HENAFF en 1962

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 21:20

Vendredi 20 Mars, le collège Marcel Pagnol a vécu un de ces moments qu'il affectionne tant, la visite de Mme Leberre; Résistante bien connue dans l'Oise et fraîchement promue chevalier de la Légion d'Honneur. A l'invitation de l'AEC; Mme LE BERRE du haut de ses 94 ans, est venue passer deux heures auprès d'une cinquantaine d'élèves de 3è pour une conférence qui restera dans les annales de l'AEC et dans le souvenir de tous ceux qui ont assisté. Pour l'occasion, les élèves de l'AEC ont invité leurs camarades intéressés et volontaires d'autres classes ainsi que 12 élèves du club Histoire du collège Guillaume Cale de Nanteuil et leurs profs d'Histoire M. MOREAU et M.TANDE, sans oublier Mme Abruscato et Mme Lelièvre.

C'est avec beaucoup d'intérêt et d'admiration que les élèves ont écouté le témoignage de Mme LE BERRE sur son expérience de la Résistance, notamment son rôle de convoyeuse du réseau d'évasion Bourgogne qui l'amena à accompagner en train de très nombreux aviateurs anglais et américains tombés en zone nord vers la frontière espagnole. Son récit, plein d'anecdotes romanesques passionna l'auditoire. Sa malice et sa gentillesse furent très appréciées. Plus qu'un témoignage, il s'est agit d'une rencontre, celle avec une grande dame, actrice des évènements de la Seconde Guerre Mondiale qui nous livra une bien belle page d'Histoire. Une rencontre rare et passionnante qui se termina par une séance photo et la dédicace de son ouvrage dont Mme Le berre offrit un exemplaire au collège. Disponible au CDI.

Un grand merci à Mme LE BERRE pour sa visite.

L'Equipe AEC

Photos: coll. AEC

Photos: coll. AEC

Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
On ricane au fond de la classe!!!.....

On ricane au fond de la classe!!!.....

Les médailles parmi les plus hautes distinctions anglaises et américaines. Medal of freedom and medal of courage.

Les médailles parmi les plus hautes distinctions anglaises et américaines. Medal of freedom and medal of courage.

Le livre écrit par Mme LE BERRE  édité par le SCEREN dans la série "témoignages"

Le livre écrit par Mme LE BERRE édité par le SCEREN dans la série "témoignages"

Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
Séance dédicaces

Séance dédicaces

Une dédicace pour les collègiens

Une dédicace pour les collègiens

La traditionnelle photo de groupe avec....l'intrus bien sûr!

La traditionnelle photo de groupe avec....l'intrus bien sûr!

Lucile, Lou et Laura se sont faites une nouvelle amie...de 80 ans leur aînée!!

Lucile, Lou et Laura se sont faites une nouvelle amie...de 80 ans leur aînée!!

Conférence de Mme Geneviève LE BERRE
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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 20:35

Aujourd'hui, nous publions l'interview réalisée par Samantha ex-élève de l'AEC et habitante d'Antilly qui s'est proposée d'interviewer M.et Mme Brimont.

Un grand merci à tous les 3.

Interview de Monsieur et Madame BRIMONT habitants d’ANTILLY

-Comment avez-vous vécu cette guerre ?

Madame BRIMONT : « je ne l’ai pas vraiment vécu à antilly car ma sœur et moi n’étions pas bien portantes, donc mes parents nous avaient envoyées à Grenoble. »

Monsieur BRIMONT : « Ma mère travaillait dans une assurance Place Vendôme à Paris et avant la guerre, puis, ils ont été délocalisés avec son assurance aux Sables d’Olonne et nous sommes restés en sécurité jusqu'à la fin de la guerre ».

Madame BRIMONT (parlant à sont mari) : En sécurité, en sécurité… c’était vite dit car tu m’a raconté que les Italiens bombardaient sans cesse. Ils avaient le couvre-feu, les rationnements…

Et mon beau père était soldat a la guerre mais ensuite je n’en sais pas plus, on était petits tu sais…

Monsieur BRIMONT : je vais te raconter une anecdote : mon grand père avait une Bugatti, et il était en centre-ville et j’étais mal en point, c’est un médecin allemand qui est venu me soigner, mais il n’est pas venu avec n’importe quel véhicule, c’était la Bugatti de mon grand-père, quand il est arrivé chez nous pour nous raconter, mon père lui à dit « ne t’inquiètes pas pour ta voiture, elle est dans le garage » choqué, mon grand-père n’a rien dit car le médecin me soignait. »

-Aviez-vous des nouvelles d’ANTILLY ?

Monsieur BRIMONT : « On savait qu’il y avait des postes d’observation, deux précisément, un dans la foret et les blockhaus ».

-Comment aviez vous des nouvelles d’Antilly ?

« Par monsieur le maire, mes parents étaient très amis avec lui on téléphonait, on envoyait des courriers… »

-Avez-vous gardé ces correspondances ?

« Non, car pour nous à l’époque ce n’était pas important, c’était de simples lettres, maintenant je sais que cela vaut beaucoup »

-Y avait-il un poste de commandement allemand ?

Monsieur BRIMONT : « Oui au 8, rue de Varinfroy, tu ne peux pas le rater c’est celui du pigeonnier »

-Saviez-vous si il y avait des refuges ?

Monsieur BRIMONT : « Oui,les carrières de monsieur TRIBOULET »

-Savez-vous se qu’il s’est passé à Antilly à la fin de la guerre ?

Monsieur BRIMONT : « Quand nous somme revenus à Antilly, les habitants qui étaient restés, m’ont dit que de BETZ à ANTILLY, les Américains ont attachés des Allemands qui sortaient de leurs cachettes, sur les tanks, comme ça ils ne se faisaient pas tirer dessus.

Et on ne manquait de rien car pour le bois, il y avait la forêt, pour manger il y avait encore des bêtes, et puis ont allait pêcher, bien sûr, les maisons avaient été visitées, mais rien de casser. »

Interview réalisée par SAMANTHA LARGOIS (EX-AEC)

Pour le compte de l’AEC Septembre 2014

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 09:59

Vendredi 28 Mars est un jour qui fera date dans l'Histoire de l'AEC avec la venue au collège de M.Raymond ZERLINE et de son épouse Nicole pour une conférence sur la Résistance et sur le vécu de M.Zerline dans celle-ci.

Pour l'occasion les élèves de l'AEC ont invité des camarades de 3è volontaires et interessés et une dizaine d'entre eux ont répondu à l'appel.

Deux heures durant, devant un public qui posait des questions préparées à l'avance par le groupe avec M.Broissard, M.Zerline nous a offert une leçon d'Histoire mémorable, suscitant chez les élèves étonnement et admiration.

"La conférence nous a impressionné. M.Zerline a dit les choses comme il les a vécues, ce qu'il a fait sans en rajouter. Il a très bien raconté son Histoire en y mettant même des traits d'humour. Il nous a expliqué son point de vue. Il nous a dit qu'il ne disait pas "Allemands" mais "Nazis". Il a été choqué par ce qui s'est passé à Oradour -sur-Glane en 44"

"C'était un témoignage émouvant qui nous replonge dans le cours de l'Histoire et qui nous fait réaliser à quel point la jeunesse de l'époque était impliquée. "   Quentin   Arnaud   Jordan

A la fin de la conférence; M.Zerline nous a offert un livret qu'il a écrit sur la Resistance dans le Valois.

UN TRES MERCI A M.Raymond ZERLINE pour son témoignage et à son épouse.

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                                                                                         La traditionnelle photo de groupe

                                                               Scan0008.jpg

A LIRE: Raymond ZERLINE : "LE CHAGRIN ET LA FIERTE"

                                       "La Résistance dans le Valois" Pages de la Résistance Publiées par l'ANACR-OISE  n°21   2014

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 18:02

C'est un très beau témoignage que nous propose Emilie, celui de son grand-père Paul BOUVIER; 95 ans; habitant Villers-les-Potées et qui fut prisonnier de guerre en Allemagne durant toute la Seconde Guerre Mondiale.

Né à Cuvergnon en 1918, Paul Bouvier partit au service militaire en 1938 et enchaînera avec la guerre. Intégré au 160è Régiment d'Infanterie de Forteresse, il fut en service sur la Ligne Maginot dans le secteur de Boulay en Moselle, sous-secteur de Narbéfontaine sur les petits ouvrages de Coume.

C'est là que le 4 Juillet 1940; il fut fait prisonnier par les Allemands.

Envoyé en Allemagne, il fut prisonnier de guerre dans plusieurs fermes situées en Bavière à la frontière autrichienne dans le village de Fridolfing et de Klebham appartenant au Stalag VII de Moosburg.

A la fin de la guerre, et après une expérience de 7 ans, il rentra enfin à Cuvergnon.

Au terme d'une interview et d'un travail de longue haleine, Emilie nous propose le témoignage encore très présent dans la mémoire de son grand-père, ainsi que des documents personnels.

 Livret-militaire--2-.jpg                Livret-militaire-copie-1.jpg

 "Quel est votre nom? Votre prénom?

-BOUVIER Paul François Léon.

-Quel âge aviez-vous en 1939?

-J'avais 21 ans.

-Que faisiez-vous lorsque la guerre a éclaté?

-J'étais au service militaire.

-Où étiez-vous?

-Au Coin du Bord Saint-Jean.

-À côté de Compiègne?

-Non! À Boulay, en Moselle. J'avais été appelé en 1938. En 38, il y a déjà eu une alerte. Donc nous avons évacué. Comme nous n'étions pas instruits, nous avons évacué à Novéant S/Moselle. Nous sommes restés presque 15 jours là-haut. Sans manger. Enfin, ils avaient fait à manger, mais dans les cuisines ambulantes de 14-18 qui avaient été graissées avec de la graisse d'arme. Ils n'ont jamais été capables de faire à manger dedans. L'odeur était imprégnée puisque c'était de la fonte. Et dans la fonte, l'odeur reste. Alors nous avons mangé... Nous n'étions pas riches. Nous allions manger du raisin. C'était interdit mais nous y allions quand même. Novéant, c'est au bord de la Moselle mais c'est joli. Mais quand tu es comme ça tu n’apprécies pas complètement. Au début, nous avons campé dans une ferme. Il y avait de beaux chevaux. Ça je m'en souviens. Mais, l'un dans l'autre nous n'étions plus à la vie de château...avec rien à manger. Oh, la corvée! Et après, nous sommes repartis pour le camp, mais à pied, par étapes.

-Après que vous soyez revenus au camp, qu'est-ce qui s'est passé?

-Nous avons fait notre instruction. Nous avons fait l'instruction militaire. Puis le maniement d'armes.

-Qu'est-ce que vous aviez comme armes à l'époque?

-Un Lebel

-Un fusil?

-Le fusil Lebel...de 14-18. Nous étions armés! Faire les manœuvres avec ça! Tu l'entendais souvent le gars qui faisait l'instruction:"Autant pour les crosses!" Ah oui! Elles ne tombaient pas toutes ensembles. Alors là, j'ai appris comment il fallait faire. Si tu t'étais aperçu de ton retard, tu la laissais glisser tout doucement sur ton pied. Et après, nous avons eu l'instruction dans les blocs. C'était pas rien! Surtout quand il fallait qu'ils rabâchent pendant je ne sais combien de fois. Le plus beau c'était l'instruction en chambre sur les armes. Quel désastre! Vraiment il y en a qui ne sont pas doués. C'est tout ce que je peux dire. Oui, mais tout de suite, il fallait démonter l'arme, la remonter après, puis ainsi de suite. Personnellement, pour moi, c'était rien du tout. Mais il y en a... Après tu sais ce qu'il faisait l'instructeur, il passait derrière. Nous étions jeunes. Nous allumions une cigarette en pleine instruction. Et les autres, fallait qu'il répète, fallait qu'il répète. Alors lui, il rouspétait. C'était pas marrant. Après, nous avons pris le camp dans les blocs. C'était pareil. Je me rappelle, nous allions dans un petit bloc, ils appelaient ça le bistère 1. Il fallait mettre un moteur en route...avec un peu d'idée...on te le montre une fois, puis c'est parti. Oui mais il y en a, ils sortaient dehors. Quand il faisait beau, c'était rien, mais quand il faisait frisquet dehors. Et puis après, je suis resté là-haut, au bloc, c'est-à-dire au baraquement. Et puis après, c'était les rondes, il fallait monter la garde, etc. Les rondes, c'était pas marrant non plus. Quand il faisait beau, ça allait. Les rondes, c'était toujours de nuit, alors, tu avais toutes les chicanes dans les barbelés. C'était pas écrit que tu arrives à suivre dans le noir, à tâtons. Un soir, je m'en rappellerais toujours, il tombait des fourches et il y avait un caporal qui était borné, un dénommé Camprespine, son nom, je m'en souviendrais toute ma vie.

"Il pleut trop, on va pas faire la ronde, disait-il.

-Si, on va faire la ronde, répondis-je, la ronde doit être faite."

Nous sommes rentrés...pourris. Nous sommes allés signer au baraquement, parce que c'était toujours pareil, les blocs étaient là-bas mais tu venais signer au baraquement ici. Nous faisions du bruit, comme ça, l'officier qui était de détachement, qui couchait à côté, savait que nous étions passés. Jusqu'à la déclaration de guerre, j'ai toujours monté la garde et la garde de nuit. En même temps, j'étais garde magasin pour les frontaliers, parce que eux, ils avaient leurs tenues dans le baraquement. Alors, aussitôt qu'il y a eu la guerre en 39, une alerte sévère, ils ont pris leurs bagages. Alors là, le baraquement a été occupé par d'autres compagnies. Mais ces compagnies-là, moi je ne les connais pas. C'était les gens d'intervalles. La ligne Maginot était là, il y avait un bloc là, un autre plus loin là-haut, mais derrière le bloc, il y avait ce qu'ils appelaient les intervalles. Alors tu pouvais avoir de l'artillerie ou toutes sortes de choses. Il avait mis les 155 mm. De toute manière, ils n'ont servi à rien, puisque les autres ont fait le tour. Et nous ne pouvions rien pour les arrêter.

                                                                 Ligne Maginot

 

Le 21, je suis tombé sur une admission, ils ont donné toutes les explications. Les soldats allemands pouvaient rester 3 jours sans dormir et marcher...avec des pilules. Et ils prenaient la pilule.

-Et après, que c'est-il passé?

-Après, on nous a annoncé que la déclaration de guerre était faite. Alors, il fallait armer. Et puis après, c'était la drôle de guerre. Tu allais faire les rondes, et puis c'est tout.

-Et à ce moment-là, où étiez-vous?

-J'étais dans le bloc. Il y avait l'annexe sud, mais l'annexe sud n'avait rien à voir. Après, tu avais le bloc avec la tour et l'éclipse, c'est-à-dire, ça montait. Là, tu n'avais pas besoin de viser, c'était gradué. Les armes suivaient la graduation. Moi, j'ai pas servi là-haut. Moi, j'étais à l'annexe, je passai au travers du créneau.

-Avant que les Allemands arrivent et vous fassent prisonniers, vous êtes resté là combien de temps?

-Toute la guerre. Nous sommes allés au repos à Failly, en Lorraine, où il y avait un très grand viaduc. Nous sommes allés là-haut, mais nous ne nous reposions pas. Après, il y a eu la guerre. Nous avons eu quelques alertes. Et puis un beau jour, le capitaine avait décrété qu'il allait mettre le drapeau blanc. Je rencontre un gars du Nord, il me dit:

"Si jamais il le met, je vais le tuer!"

Pourquoi se rendre? Nous n'avions pas combattu. Pourquoi se rendre? Il n'y a pas été. Et ça a traîné comme ça. Puis il y a eu l'armistice. Après nous avons attendu, nous allions être rapatriés en zone inoccupée pour être démobilisés. Pourquoi pas. J'attends, j'attends, j'attends...Du 22 Juin où l'armistice a été signé, nous sommes sortis du bloc que le 4 juillet. Alors tout le monde était content. Du moment que nous allions être démobilisés tout le monde était content. Seulement, moi je n'étais pas très loin, et il y avait le grand lieutenant Sousbriller, je ne l'ai pas en photo. L’Allemand s'est avancé, lui il s'est mis au garde-à-vous, il l'a salué, l'autre lui a tendu la main et il lui a dit:

"Je ne sers pas la main à mes ennemis d'hier!"

Ça je l'entends encore, j’étais pas loin, je me dis:"Ça va barder!". Et allez hop! au pas. Nous marchions... Des blocs à la route, il y avait un peu près 2,5 km. Je cogne un collègue qui était là, au moment où nous allions prendre la route. Je lui dis:

"Regarde, on est fait comme des rats!

-Quoi? dit-il

-Tiens, regarde."

Il y avait une mitrailleuse de chaque côté de la route. Et là, nous avons gagné Boulay. Nous avons fait un stage dans le camp du 16-2. Un stage court. Je me suis fait porter malade, je suis allé à l'infirmerie. 3-4 heures après, ils ont battu le rappel et en route pour Sarrelouis. Là, j'ai mangé des pommes vertes et nous n'avions rien à boire. Nous sommes arrivés à Sarrelouis, nous avons couché la nuit là et le lendemain matin, nous sommes partis pour Sarrebruck. Et à Sarrebruck, nous avions toujours l'intention de nous évader. Il y avait un toit pas très haut, nous avions l'intention de monter dessus à deux. Nous voulions sauter de l'autre côté, puis partir. Rien à craindre. Ce n'était pas la peine de bouger. Il y avait des gardiens partout, en rang serré. Et nous avons attendu le lendemain. Et le lendemain matin, ils ne nous ont rien donné à manger, et vers 10-11 heures, ils ont commencé à faire des wagons. Alors, ils appelaient: "Fünf Personen" (Cinq personnes). Mais il y avait toujours des déplacements. Ils n'y arrivaient pas, un coup, ils n'en retrouvaient plus que 4, puis 6 à côté. À un moment donné, ça c'est calmé un peu et c'est à ce moment-là, qu'un Allemand qui faisait le va-et-vient avec son fusil, le long de nous nous dit: "Surtout, ne faîtes pas de bêtises, tenez-vous à carreau, ils n'hésiteront pas à vous descendre."

Mais un Français dit:

"Moi, j'ai été prisonnier plusieurs fois, j'ai été prisonnier en France à la dernière guerre et je raccommodais des chaussettes pour les soldats. J'étais très bien soigné."

Et avec ça, tu étais servi, tu savais à quoi t'en tenir après. Et c'était vrai. Ils ont formé les wagons et en route pour l'Allemagne. Nous sommes passés par Stuttgart, (C'est grand! C'est immense!) mais en revenant, je ne l'ai pas vue car nous n'avons pas pris le même chemin. Nous avons descendu la Forêt Noire.

                                                                               LA CAPTIVITE

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-Une fois arrivé dans la ferme, qu'avez-vous fait? Avez-vous travaillé?

-Nous faisions de tout. Comme dans une ferme. La seule chose que je n'ai pas fait, c'était de répandre du fumier. Mais, j'en ai gratté au printemps parce qu'ils mettaient le fumier dans leur pré. Et au printemps, nous prenions le râteau et nous ramassions la paille.

-Combien de temps êtes-vous resté dans cette ferme?

-Dans la première, je suis resté un peu près deux ans. Lorsque j'ai quitté la ferme en 1943, je n'étais pas encore transformé en travailleur libre. C'est après, quand j'étais dans l'autre ferme, que j'ai été transformé.

-Et dans la première ferme, les patrons, les fermiers, comment se comportaient-ils avec vous qui étiez des prisonniers de guerre?

-Pas toujours très bien. Ce n'était pas le paradis. Même pour la nourriture. J'ai trouvé que dans la deuxième ferme où je suis allé c'était mieux. Peut-être pas énormément mieux, mais c'était mieux. Et puis, nous étions tranquilles pour travailler. Tandis que dans la première, le fermier était toujours à sa fenêtre en train de nous surveiller. Et ça, c'est quelque chose qui me déplaît. Nous savions ce que nous avions à faire. Ils étaient les maîtres. Tandis qu'après, quand je suis monté là-bas, c'était différent. Un jour, je suis rentré au camp, là où nous couchions, et j'ai dis au gardien:

"Demain, je ne vais pas travailler dans cette ferme-là!

-Vous en connaissez une autre, me dit-il.

-Oui, à tel endroit, là-bas.

-Bon, on ira voir ça."

Le lendemain, je suis parti avec lui, nous y sommes allés et je me suis mis à travailler là-haut. On te disait: il y a ça à faire, puis c'est tout. Quand nous avons été transformés en travailleur libre, la paye était un peu juste. Après, lorsqu'il n'y avait pas de rallonge, le travail était fait doucement. Il y avait l'histoire des battages. Nous allions à la batteuse, nous mangions chez l'un, nous mangions chez l'autre. Le jour où nous battions chez celui-là, nous mangions là. Il y en a chez qui c'était l'idéal, mais chez d'autre, c'était maigre. Un peu plus loin de là où j'étais à la première ferme, il y en avait une autre. Là, on nous nourrissait bien. Le dernier jour, tous les gâteaux qui restaient, et il y en avait beaucoup, nous avons dû les emmener. Nous avions nos musettes et nous les remplissions. C'est dommage de ne pas avoir revu ces gens-là. À la deuxième ferme, nous allions à la batteuse et nous montions du grain au grenier, nous étions deux pour le faire. Nous vidions les sacs dans les casiers et lui, je ne sais pas ce qu'il a fait, il tombe dans un casier. Il a senti quelque chose de dur, il a regardé, c'était du lard fumé. Il était dans le blé. Il y en a manqué au gars. Nous redescendions le sac vide, pourquoi ne pas descendre autre-chose. C'est dommage de l'avoir fait car ils n'étaient pas méchants. C'est après que j'ai appris à les connaître comme il faut. C'est lui, que j'ai tamponné en vélo. Mais le pire, c'est que je n'avais plus de vélo après, le pneu était fichu. Remarquez, moi, je suis revenu à pied, mais lui aussi il est reparti à pied. Ce sont les principaux trucs qui sont arrivés. Après la libération, nous descendions pour leur dire que l'on partait le lendemain. Nous marchions, nous ne discutions pas, nous nous en allions. Il y avait déjà quinze jours que nous attendions. Nous marchions tranquillement et tout à coup, nous voyions des soldats, alors nous nous sommes tous mis sur le côté. Nous avons eu peur, j'ai eu peur, mais les autres aussi ont eu peur. Il n'y a que quand nous avons vu l'étoile, que nous avons été soulagés. Il y avait une colonne qui montait et nous étions tellement pris dans cette colonne-là que nous n'avons pas vu la colonne qui descendait à travers champs. Après, nous sommes descendus en bas, à Fridolfing. Nous sommes arrivés à Fridolfing, il y avait des Américains et un groupe de Polonais, les Américains s'approchent, allez ouste!, éjectés. Nous nous disions que nous allions être éjectés nous aussi. Ils arrivent:

"French, French"

Qu'est-ce que ça veut dire "French"? Après lorsque nous avons compris, il nous a expliqué:

"Oui, oui, on est Français!

-Bon, bon, vous pouvez rester, nous a-t-il dit".

Pourquoi une telle différence entre les Polonais et les Français? C'était la même cause. C'est la question que nous nous sommes posés. Le groupe comprenait plus de cinquante prisonniers, mais répartis en plusieurs factions. Nous discutons un peu, puis nous décidons de rentrer. La soirée commençait et nous remontons en haut, là où nous habitions, et nous décidons d'aller boire une bière. Celui qui tenait la brasserie, allait bien nous servir une bière. Nous arrivons là, une jeep américaine arrive, elle s'arrête et ils sortent une flûte de vin d'Alsace. Ils croyaient que nous pensions qu'il était peut-être mauvais, alors ils l'ont débouché et ils ont en bu un coup. Après, nous en avons bu, nous avons trinqué avec eux. Et c'est à ce moment-là, qu'il est arrivé un Allemand, que l'on connaissait très, très, très bien et qui nous a dit en pur français:

"Alors, ça y est, vous allez la revoir, la France."

C'est qu'eux, ils jouaient aux cartes à une table et nous, nous jouions aux cartes  juste à côté et comme pour nous, il ne comprenait rien en français... Imaginez-vous le choc. Il n'y avait pas que moi qui était choqué, il y avait aussi Chiron qui était beaucoup plus vieux. Il n'en revenait pas, et pourtant, lui il avait eu plus l'occasion de voir ce bonhomme que moi qui était éloigné. Mais, nous ne savions pas quoi lui répondre. Il était avec son vélo. Il ne nous est pas venu à l'idée de lui demander pourquoi lui, il circulait alors que les autres Allemands ne le pouvaient pas. Nous l'avons su après, c'était un gars qui allait prendre la place du maire à Fridolfing certainement, comme le maire était un nazi... Ce jour-là, avec le peu que nous avions bu, nous aurions cru que nous étions saouls. Ce n'est pas la moitié d'un quart qui peut rendre saoul. Après, nous nous sommes séparés, moi, je voulais retourner à mon lit, et c'est là, que j'ai rencontré une bonne femme qui m'a demandé si je ne pouvais pas l'héberger, etc. C'était une Française.

Je lui est demandé:

"D'où venez-vous?

-Il y a un moment que je suis en Allemagne.

-Je ne vous ai jamais vu.

-Je ne sais pas où aller.

-Vous n'avez qu'à chercher!"

Et comme la nuit commençait à arriver, je suis parti. Le lendemain, j'ai vu où elle avait dormi. Elle avait dormi sur le bord de la route, un peu plus loin. Elle avait été ramassée par les Américains. Encore, nous l'aurions connu avant, mais nous ne l'avions jamais vu et elle disait qu'il y avait pas mal de temps qu'elle était là. Nous avons attendu pendant quinze jours quand même. Un soir, nous avions décidé de partir, nous disons à Chiron, en discutant:

"Tu sais, on voudrait bien se faire la malle".

Il y avait un dénommé Cachin qui était avec moi tout le temps, nous étions à peu près du même âge et nous nous sommes dits:

"Tant pis, on va finir par se faire la malle."

Et Chiron nous dit:

"Moi, demain, de toute manière, je vais prendre le vélo, je vais aller à Lauffen, voir au quartier général là-bas ce qui se passe."

À sept heures, le matin, il était déjà parti. Oui, mais à sept heures du soir, il n'était pas encore rentré. Nous commencions à nous inquiéter pour lui. Qu'est-ce qu'il y avait pu lui arriver? Il aurait pu crever en vélo. Tout à coup, il arrive. Il nous dit:

"Vous savez les gars, on n'est pas sorti de l'auberge. J'ai contacté à plusieurs places, ils m'ont dit: "Il faut encore au moins attendre une bonne dizaine de jours."

Nous lui disons:

"De toute manière, demain au plus tard, on se décide puis on s'en va."

Le lendemain, comme d'habitude, de bonne heure, nous étions en bas et tout à coup, nous entendons:

"Est-ce qu'il y a des Français ici?"

Le gars crie plus fort, une deuxième fois, une troisième fois. Alors, nous lui répondons: "Oui!" Il s'approche. Il avait une feuille de papier et c'était écrit en gros dessus que nous devions nous regrouper et qu'à midi, nous partions. Oui, mais il était onze heures passées, le temps de regrimper en haut, coudes au corps, il y avait de l'eau et nous pataugions, mais nous courions quand même. Je suis allé chercher ma valise et un Allemand me la ramenée, parce qu'il y avait des prisonniers allemands qui étaient arrivés à la ferme où j'étais. Ils sont venus à deux, ils m'ont pris ma valise, moi, j'avais mes musettes. Puis, nous sommes descendus. Oui, mais nous ne sommes pas partis à onze heures, nous sommes partis à seize heures. Il y avait du monde. Et c'est là, qu'un dénommé Manhol, il travaillait dans une ferme pas très loin de la mienne et nous nous connaissions très peu, dit:

"Ah, si j'avais su j'aurais amené mes affaires et je serai parti avec vous.

-Tu as peut-être le temps d'aller les chercher et de revenir avec, lui répondis-je."

Il ne l'a pas fait et à seize heures, lorsque nous sommes montés dans les voitures, il pleurait. Moi, j'ai dit quand nous sommes montés dans les voitures:

"Toi, tu serais retourné chercher tes affaires, tu partais avec nous. Faut toujours y croire."

Après, nous sommes allés à Traunstein. Tout le monde descendait des camionnettes et on nous a mis dans un amphithéâtre, embêtés avec les musettes et la valise, nous étions à peine assis:

"Allez, les camions sont là, vous partez!"

Du moment que c'était pour partir, nous y allions. Nous sommes ressortis, nous sommes montés dans les camions et nous avons roulé longtemps. Nous avons pris un peu l'autoroute et nous sommes arrivés à Rosenheim. Tout le monde descendait et on nous a dit:

"De toute manière, vous allez prendre l'avion".

Nous étions sur le champ d'aviation et nous nous apprêtions à manger, lorsque l'on nous appelle:

"Il y a des camions qui passent, allez hop, en route, vous partez par les camions."

Ils n'avaient pas pour longtemps à se débarrasser, ils arrêtaient les camions et ils nous chargeaient dedans. Le camion a roulé longtemps. Il y avait toute une file de camions. Et nous sommes allés à Ulm. Nous y sommes arrivés dans la nuit et on nous a descendu dans la citadelle de Ulm. Ça puait. Alors, lorsqu'il a fait jour nous avons décidé de nous documenter. Nous voyions des gars qui étaient là. Il y en a un qui dit:

"Ne vous cassez pas la tête, ils brûlent les cadavres."

Les Américains croyaient que la citadelle de Ulm était formidable. C'était formidable! Ils ont mis une bombe, la plus grosse bombe qu'ils avaient. Elle a tout traversé et elle a explosé. Il y avait énormément de monde, des civils qui étaient à l'abri,... Ils cachaient les cadavres avec de la chaux, puis ils brûlaient. Nous avons formé des camions. Et il y avait un gars que nous avions abandonné, son camion était resté en panne, qui est passé à Ulm, nous l'avons entendu crier. Il s'en allait sur Saverne. Il est allé à Saverne et nous le lendemain, nous avons repris les camions et nous sommes allés jusqu'à Corre, c'est-à-dire à la frontière. Au bout d'un moment, tout le monde a dût descendre pour un contrôle car il y avait des gars de la division bleue qui appartenait à Marcel Déat (il a été fusillé). On nous a fait rentrer dans les murs de la prison, et ils étaient hauts les murs, nous sommes restés là à attendre pendant quatre heures. Alors quelqu'un a dit:

"Amenez les valises, on va faire un escalier."

Mais, au moment où nous finissions l'escalier, une petite porte s'ouvre. C'était des femmes, il n'y avait plus de gendarmes, rien que des femmes. Et l'une nous annonce:

"On va vous héberger un peu plus loin, vous n'avez qu'à nous suivre."

Nous y sommes allés. Nous sommes arrivés dans un genre de château. Mais au sol, il y avait du carrelage. Alors, nous avons déclaré:

"Nous n'allons quand même pas dormir sur du carrelage."

On ne nous a pas répondu. Et on nous avait dit:

"Demain matin, vous passerez de bonne heure à la douche, à l'épouillage et vous passerez la frontière."

Avec Joseph, je décide d'aller voir où est la douche pour y aller de bonne heure le lendemain. Lorsque nous sommes revenus, il y avait de la paille partout. Nous nous sommes allongés, mais nous n'avons pas dormi. Nous sommes restés un peu allongés quand même et de bonne heure au matin, nous sommes allés à la douche. Nous sommes passés à l'épouillage, Joseph, au moment de remettre sa ceinture, il ne la retrouvait plus. Il a dit:

"J'ai une ficelle, ça ira comme çà pour rentrer."

Personne n'était fier. Nous sommes montés dans le car, mais le car ne partait pas. Il fallait que tout le groupe soit prêt pour passer. Alors, à la frontière, les douaniers nous ont arrêté pour nous demander si nous n'avions rien à déclarer. Nous n'avions rien. Puis, nous sommes repartis, nous avons traînés dans Strasbourg. Nous sommes arrivés devant une grande propriété et c'est là que nous avons fait nos papiers de rapatriement. Nous avons dû attendre longtemps. Au bout d'un moment, quelqu'un crie à l'arrière:

"On peut casser la croûte et le vin est à discrétion!"

Moi, ce n'était pas le vin qui m'intéressait, c'était que nous n'avions pas mangé comme il faut depuis un moment. Nous sommes allés manger dans une pièce très propre, nous avions une assiette, un couteau, une fourchette... Ils servent. C'était le plat du jour. Nous commençons à manger et il y en a un qui crie:

"Mais on est en France ou on est encore en Allemagne?"

Nous ne comprenions pas et même celui qui comprenait l'allemand, ne pouvait pas les comprendre: ils parlaient patois. Ils s'en vont et lorsqu'ils reviennent, ils parlent français. Puis nous sommes repartis pour faire nos papiers. Quand nous sommes retournés là-haut, il n'y avait plus personne. Nous n'avons eu qu'à rentrer pour faire les papiers. Moi, comme j'avais mon livret militaire comme pièce d'identité, il me dit:

"Voulez-vous servir de témoin, pour tous ceux que vous connaissez?"

Qui ne l'aurait pas fait? Et là, nous pouvions changer des Deutsch Marks contre des Francs. Mais nous ne pouvions tout changer. Alors le reste des Deutsch Marks a été mis à la poubelle.

Un gars me dit:

"Moi, je n'ai rien.

-Regarde, il y en a plein la poubelle, lui répondis-je."

Çà n'a pas fait plaisir à ceux qui changeaient. Mais le gars n'a pas hésité, il en a pris. Moi, j'ai pris ma musette et je suis sorti. Mais nous étions entrés par une porte et nous devions sortir par une autre. Nous étions perdus. Joseph et René étaient avec moi et nous avons retrouvé un copain. Il attendait pour aller faire ses papiers. Il gardait les affaires. Du coup, nous sommes restés là et il est parti faire ses papiers. Il n'est pas parti longtemps. Il était instituteur. Une fois que nous avons eu nos papiers, nous sommes allés à pieds à la gare. Lorsque nous sommes montés, il y avait trop de monde dans le wagon. Nous sommes partis. Puis nous sommes redescendus pour monter dans d'autres wagons plus loin, et nous sommes revenus. Nous avons voyagé dans des wagons à bestiaux, et nous étions tellement nombreux que nous ne pouvions pas nous allonger. Nous étions encore loin. Nous sommes descendus et nous sommes rentrés dans un camp pour faire viser nos papiers. Ils mettaient une étiquette rose et nous disaient:

"Vous attendrez que l'on vous appelle pour embarquer."

Tout à coup, le haut-parleur se met à hurler:

"Toutes les étiquettes bleues sont priées de se présenter au portail."

Nous avons regardé, nous étions assez loin. Nous avons décidé d'y aller et nous sommes passés avec notre étiquette rose. Nous sommes passés en force. Il y avait du monde, personne ne voulait rester là. Oui, mais après, nous avons su que certains étaient là depuis 8 jours et ils n'arrivaient pas à sortir. Ils n'étaient pas pressés. Nous sommes remontés dans les wagons. Et c'est là que nous avons vu de la misère: il y avait des gamins en haillons qui étaient prêts à porter ta valise, toutes tes affaires, pas pour te les voler. Au bout, ils te demandaient une petite pièce. Puis, nous nous sommes arrêtés dans une gare où l'on nous a apporté des baguettes de pain, une boîte de sardine ou de pâté. Mais la baguette était dure, nous avons mangé quand même. Nous commencions à être sales. Puis, nous sommes passés à Villers-Cotterêts, je dis:

"Mais, je connais çà!"

Je déclare à un copain qui était là:

"Tu as vu où l'on est passé?

-Je sais pas, me répondit-il, je n'ai pas eu le temps de voir."

Je me suis mis à la porte et je n'ai plus bougé. Le train continuait et au bout d'un moment, je me dis: je viens de passer devant ma porte. J'ai reconnu Crépy-en-Valois au tas de charbon derrière le passage à niveau et je dis:

"Allez en route pour Paris, gare de l'Est.

-Penses-tu on va descendre gare de Lyon, me répondent les autres.

-Je te dis que l'on va à la gare de l'Est."

Comme de fait. Nous sommes arrivés à Paris, gare de l'Est. Des jeunes militaires présentaient les armes. Je sors du wagon. Tout à coup, il y en a un qui était à côté de moi, il me dit:

"Mes parents et ma fiancée sont là!

-Qu'est-ce-que tu attends vas-y!"

Ils étaient venus là, ils l'attendaient parce qu'à une place, nous avions pu envoyer des télégrammes. Nous avons été emmenés dans un théâtre et c'est là que j'ai été séparé de mes camarades. Nous sommes partis chacun dans une direction. Moi, je n'avais plus de train. Nous sommes allés manger et il y avait ce gars, Manhol, qui était là, il avait quitté Rosenheim depuis 2 heures.

-Vous, vous aviez mis combien de temps pour revenir à Paris?

-4 jours. Sans se laver, sans rien. À Paris, nous avons pris une bonne douche. Nous étions contents, mais nous avons été obligés de remettre nos habits sales. Quelqu'un est venu nous proposer d'aller nous coucher. Il était environ 1 heure du matin. Il nous a prévenu que vers 4 heures, il viendrait nous réveiller. Nous lui avons dit que ce n'était pas la peine d'aller se coucher. Nous sommes retournés à la gare du Nord. Je me suis retrouvé avec un gars qui descendait à Crépy-en-Valois. Nous avons voulu nous mettre dans le dernier wagon, mais c'était le wagon postal. Nous sommes arrivés à Crépy-en-Valois. Moi, je commençais à remonter vers Villers-les-Potées à pied. Quand quelqu'un m'a appelé:

"On vient vous chercher!"

Mr Pierre Ancelin arrive avec sa camionnette. Le lendemain, je l'ai revu. Il était en colère, il me dit:

"Tu n'aurais pas pu voir qu'il y avait Marcelin? J'ai été obligé de retourner le chercher.

-Je ne l'ai pas vu."

À cette époque, il y avait les tickets de rationnement pour l'essence. C'était pour cela qu'il rouspétait. Quand je suis rentré, l’accueil n'a pas été très chaleureux. Je me suis aperçu qu'il manquait une roue à mon vélo. Elle avait été prêtée à quelqu'un. Je n'étais pas content. Ils ont prêté la roue de vélo le jour où je suis rentré.

-Est-ce qu'ils savaient que vous rentriez ce jour-là?
-Mais oui, ils le savaient! Ils avaient reçu un télégramme.

-Quand vous étiez travailleur libre, avez-vous eu des contacts avec la population? Comment vous accueillait-elle?

-Çà dépendait des endroits. Là où nous avons été le mieux accueillis, c'était en Autriche. De là où j'étais, il n'y avait qu'un pont à traverser et tu étais en Autriche. Là tu entrais dans un café, boire un bol de bière et tu pouvais demander des cigarettes.

À la guerre, moi, je n'ai tué personne. Je n'ai pas tiré un seul coup de fusil. Remarque que si on m'avait envoyé des pruneaux, j'en aurais envoyé. J'ai plongé pour éviter des coups de feu. Je devais aller chercher la moto du sergent. C'était quand j'étais à l'annexe. À l'entrainement, lorsque l'on te dit de plonger, tu regardes, mais là, tu ne regardes pas."

                                    EMILIE ET PAUL BOUVIER      VILLERS-LES-POTEES         DECEMBRE 2013

                                                                            Scan0061.jpg

Carnet de prisonnier de guerre:

Passeport-etranger-provisoire.jpg                          Passeport-etranger-provisoire--2-.jpg

Passeport-etranger-provisoire--3-.jpg   Passeport-etranger-provisoire--4-.jpg

Passeport-etranger-provisoire--5-.jpg

Livret Caisse d'Epargne du prisonnier:


Livret-Caisse-d-Epargne-Prisonnier.jpg  

Instructions aux prisonniers de guerre français mis en congé de captivité:


                                        Instructions-retour-de-captivite.jpg  Instructions-retour-de-captivite--2--copie-1.jpg


 

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